‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 131 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

coniMume: mais je dy qu'ils suffisent pour prouver ce que je preten, c'est que Dieu toutes fois et quantes qu'il veut donner voye à sa providence, mesnies es choses externes, fleschit et tourne la velouté des hommes à son plaisir : et (jue leur élection à choisir n'est pas tellement libre, que Dieu ne domine pardessus. Vueillons ou non, l'expérience journelle nous contraindra d'estimer que nostre cœur est plustost conduit par le mouvement de Dieu, que par son élection et liberté : veu que souvent la raison et entendement nous défaut en choses qui ne sont point trop difficiles à cognoistre, et perdons courage en choses qui sont aisées à faire : au contraire, en choses tresobscures et douteuses nous délibérons sans difficulté, et savons comment nous en devons sortir : en choses de grande conséquence et de grand danger, le courage nous y demeure ferme et sans crainte. D'où procède cela, sinon que Dieu besoigne tant d'une part (jue d'autre : Et de fait, j'enten enceste manière ce que dit Saloraon, Le Seigneur fait que l'oreille oye, et que l'œil voye. Car il ne me semble i)oint advis que là il parle de la création, mais de la grâce spéciale ((ue Dieu fait aux hommes de jour en jour. Davantage, quanti il dit que le Seigneur tient le cœur des Rois en sa main, comme un ruisseau d'eau, et qu'il les fait couler quehpie part que bon luy semble (Prov. 20, 12; 21, 1) : il n'y a point de doute qu'il ne comprenne tous hommes sous une espèce. Car s'il y a honune duquel la volonté soit exemp tée de toute sujettion. ce privilège là appartient au Roy par dessus tous, duquel la volonté gouver ne les autres. Si donc la volonté du Roy est conduite par la main de Dieu, la nostre ne sera point exemptée de ceste condition. De quoy il y

a une belle sentence en sainct Augustin, ^* l'Escriture, dit-il, si on la regarde diligemment, monstre que non seulement les bonnes volontez des hommes, lesquelles Dieu a créées en leur coHU', et les ayant créées, les conduit à bonnes œuvres et à la vie éternelle, sont en la puissance de Dieu : mais aussi toutes celles qui appartiennent à la vie présente : et tellement y s(nit, qu'il les incline selon son plaisir cà ou là : ou pour profiter à leurs prochains, ou pour leur nuire, quand il veut faire quelques chastimens : et tout cela fait-il par son jugement occulte, et neantmoins juste.

8. Or il faut ici que les lecteurs se souviennent, ([u'il ue faut \nis estimer la faculté du libéral arbitre de l'homme par l'événement des choses, comme font aucuns ignorans. Car il leur semijle bien advis qu'ils peuvent prouve r la volonté des hommes estre en servitude, d'autant ([ue les choses ne viennent point au souhait des plus grans Princes du monde et que le plus souvent ils ne peuvent venir à bout de leurs entreprinses. Or la puissance et liberté dont il est question maintenant, doit estre considérée en l'homme, et non pas estimée par les choses de dehors. Car quand on dispute du libéral arbitre, on ne débat point s'il est loisible à l'homme d'accomplir et exécuter ce qu'il a délibéré, sans que rien le puisse enq^escher : mais on demande si en toutes choses il a libre élection en son jugement, pour discerner le bien et le mal, et approu^ er l'un et rejetter l'autre : ou pareillement s'il a libre affection en sa volonté pour appeter, chercher et suyvre le bien, hair et éviter le mal. Car si cela pouvoit estre en l'homme, il ne seroit pas moins libre estant enfermé en une prison, que dominant par toute la terre.

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