‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 133 sur 703 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

celle que nous avons desja amenée : que si les houimes esUins asservis a peclié, ne peuvent vouloir que mal. cela ne vient point de leur création preinierc. mais de la corruptinii qui est survenue. Car dont vient la débilite liont les malins se couvriroyent volontiers, sinon qu'Adam de son li(in gré s'est assujetti à la tyrannie du diable ? Vdila donques dont vient la perversité lac|uelle nous lient t(tus serrez en ses liens : c'e.st que le premier homme s'est révolté de son créateur. Si tous sont à bon droit tenus cuulpables de telle rébellion, qu'ils ne pensent point s'excuser sous ombre de necess ité, en la- (pielle on voit cause tresevidente de leur damnation. Ce que jay exposé par cy devant: et ay amené l'exemple des diables, par lequel il appert que ceux qui pèchent par nécessité ne laissent pas de pécher volontairement : comme à Topposite, condden que les saincts Anges ayent une volonté indéclinable du bien, si ne laisseelle pas d'estre volonté. Ce que sainct Bernard a prudenunent considéré, en disant que nous sommes d'autant plus misérables, pourcc que la nécessité est volontaire : laquelle ncantmoins nous tient estraints sous son joug, en sorte que nous sommes serfs de peclié.=' L'autre partie de leur argument n'est pas vallable, entant qu'ils prétendent cpie tout ce qui se fait volontairement, soit fait en pleine liberté. Car cy dessus nous avons prouvé que plusieurs choses se font volontairement, desquelles l'élection n'est pas libre.

i. Ils disent après, que si les vices et vertus ne procèdent de libre élection, il n'est point convenable que l'homme soit rémunéré ou puni. Combien que cest argument soitprins d'Aristote, toutesfois je confesse ([ue sainct Chrysostome et sainct llierome en usent quelque part.*^" Combien que Hieromc ne dissimule pas qu'il a esté aussi bien familier aux Pelayiens, desquels il recite les paroUes qui s'ensuyvent : Que si la grâce de Dieu besoigne en nous, icelle sera rémunérée, et non pas nous, qui ne travaillons point. Quant est des punitions que Dieu fait des maléfices, je respon qu'elles nous sont justement deues, puis que la coulpe de péché réside en nous. Car il ne chaut si nous péchons d'un jugement libre ou servile, moyennant que ce soit de cupidité volontaire : principalement veu que l'honune est conveincu d"estre pécheur, entant qu'il est sous la servitude de péché. Quant est du loyer de bien faire, quelle absurdité estce, si nous confessons qu'il nous soit donné plus par la bénignité de Dieu, que rendu pour nos mérites ? Combien de fois est répétée ceste sentence en sainct Augustin, Que Dieu ne couronne point nos mérites en nous, mais ses dons ? et que le loyer qui nous vient n'est pas ainsi appelle, pource qu'il soit deu à nos mérites, mais pource qu'il est rétri-

bué aux grâces qui nous avoyent esté aupara vaut conférées ? C'est bien regardé a eux, d'entendre que les mérites n'ont plus de lieu, sinon (|ue les bonnes o'u\ res proceiient de la propre vertu de l'honune. .Mais de trouver cela tant estrange. c'est une moquerie. Car sainct Augustin ne doute point d'enseigner i»our un article certain, ce qu'ils trouvent tant hors de raison : connue quand il dit, Quels sont les mérites de tous hommes ? Quand Jésus Christ vient, non point avec un loyer, qui fust deu, mais avec sa grâce gratuite, il les trouve tous pécheurs, luy seul franc de péchez, et en alfranchissant les autres. ''• Item, Si ce qui t'est deu t'est reuiiu, tu dois estre puni : mais qu'est-ce qui se fait ? Dieu ne te rend point la peine (jui t'estoit deue, mais il te donne la grâce qui ne t'appartenoit point. Si tu te veux exchirre de la grâce de Dieu, vantetoy de tes mérites.®- Item, Tu n'es rien de toy : les péchez sont tiens, les mérites sont k Dieu. Tu dois estre puni : et (juand Dieu te rendra le loyer de vie il couronnera ses dons, non pas tes mérites.®^ A ce mesnie propos il enseigne ailleurs que la grâce ne vient point de mérite, mais le mérite vient de la grâce. Et tantost après il conclud que Dieu précède tous mérites par ses dons, afin que ses autres mérites suivent: et que du tout il donne gratuitement ce qu'il donne, pource qu'il ne trouve nulle cause de sauver.®* Mais c'est chose superflue d'en faire plus long récit, veu que ses Hvres sont pleins de telles sentences. Toutesfois encore l'Apostre les délivrera de ceste folle fantasie, s'ils veulent escouter de quel principe il déduit nostre béatitude et la gloire éternelle que nous atteuilons. Ceux que Dieu a eleus, dit-il, il les a appelez: ceux qu'il a appelez, il les a justifiez : ceux qu'il a justifiez, il les a glorifiez. Pourquoy donc sont couronnez les fidèles (Rom. 8, i29: i Tim. 4, 8)? Certes selon l'Apostre, d'autant que par la miséricorde du Seigneur, et non par leur industrie, ils ont esté eleus, appelez et justifiez. Pourtant, que ceste folle crainte soit ostée, (ju'il n'y aura plus nul mérite si le franc-arbitre n'est soustenu. Car c'est une moquerie de tu\T ce à quoy l'Escriture nous meine. Si tu as receu toutes choses, dit sainct Paul, pourquoy te glorifies-tu comme si tu ne les avois point receues (1 Cor. 4. 7) ? Nous voyons (pi'il oste toute vertu au libéral arbitre, afin de destruire tous mérites : neantmoins selon que Dieu est riche et libéral à bien faire, et que sa libéralité ne s'espuise jamais, il rémunère les grâces cju'il nous a conierées, comme si c'estoyent vertus venantes de nous : pource qu'en nous les donnant, il les a faites nostres.

3. Ils allèguent consequemment une objection, laquelle semble estre prinse de sainct Chrysostome: Que s'il n'estoit en nostre faculté d'elirc le bien et le mal, il faudroit que tous hommes

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