‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 134 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

fussent bons, ou tous meschans: vcu qu'ils ont une mesme nature. ®^ A quoy s'accorde le dire de celuy qui a escrit le livre intitulé De la vocation des Gentils, qu'on attribue à sainct Ambroise : c'est que nul jamais ne declineroit de la foy, sinon que la grâce de Dieu laissast la volonté de l'Iiomme niuable. "" En (|uoy Je m'esmerveille comment si yrans personnages se sont abusez. Car comment Chrysostome n'a-il réputé (lue c'est l'élection de Dieu, laquelle discerne ainsi entre les honnnes ? Certes nous ne devons avoir honte de confesser ce que sainct Paul afferme tant certainement, que tous sont pervers et adoimez à malice (Uom. 3, 10): mais nous adjoustons quant et quant avec luy, que la miséricorde de Dieu subvient à aucuns, afin que tous ne demeurent point en perversité. Comme ainsi soit donc que naturellement nous soyons atteints d'une mesme maladie, il n'y en a de garentis sinon ceux ausquels il plait à Dieu de remédier. Les autres, que par son juste jugement il abandonne, demeurent en leur pourriture jusques à ce qu'ils soyent consumez: et ne procède d'ailleurs, (lue les uns poursuyvent jusques à la fin, les autres défaillent au milieu du chemin. Car de fait, la persévérance est un don de Dieu, lequel il n'eslargist pas à tous indifferennuent, mais à qui bon luy semble. Si on demande la raison de ceste différence, pourquoy les uns persévèrent constamment, et les autres sont ainsi muables : il ne s'en trouvera point d'autre, sinon que les premiers sont maintenus par la vertu de Dieu, à ce qu'ils ne périssent point: les seconds n'ont point une mesme force, d'autant qu'il veut monstrer en eux exemple de l'inconstance humaine.

4. Ils arguent ainsi, que toutes exhortations seront frustratoires, qu'il n'y a nulle utilité en admonitions, que les reprehensions sont ridicules, s'il n'est en la puissance du pécheur d'y obtempérer. Pource qu'on objectoit jadis ces choses à sainct Augustin, il fut contrainct de publier le livre intitulé De correction et grâce ; auquel combien qu'il responde amplement cà tout, neantmoins U réduit la question à ceste sonune : 0 honune, recognoy en ce qui est commandé, que c'est que tu dois faire : en ce que tu es repris de ne l'avoir fait, cognoy que la vertu te défaut par ton vice : en priant Dieu, cognoy dont il te faut recevoir ce qui t'est mestier. Le livre qu'il a intitulé De l'esprit et de la lettre, revient quasi à une mesme fin : c'est que Dieu n'a point mesuré ses commandemens selon les forces humaines : mais après avoir commandé ce qui estoit juste, ff donne gratuitement à ses eleus la faculté de le pouvoir accomplir: de quoy il n'est ja mestier de beaucoup débattre. Premièrement nous ne sommes point seuls à soustenir ceste cause, mais Christ et tous ses Apostres. Pourtant, que nos adversaires re-

gardent conmient ils viendront au dessus, entreprenans ce combat contre telles parties. Combien que Christ ait declairé que sans luy nous ne pouvons rien (Jean, 13, o): neantmoins il ne laisse pour cela de reprendre ceux (pii font mal hors luy, et ne laisse d'exhorter un chacun à bonnes onivres. Combien sainct Paul reprendil asprement les Corinthiens, pource (pi'ils ne vivoyent point charitablement (1 Cor. 3, 3): toutesfois après il prie Dieu de les rendre charitables. Il testifie aux Romains que la justice n'est point au vouloir ny en la course de l'homme, mais en la miséricorde de Dieu(Roin. 9. 1(3) : toutesfois il ne laisse pas après de les admonnester, exhorter et corriger'. Que n'advertissent-ils donc le Seigneur de ne perdre sa l)eine, en requérant des honmies sans propos ce que luy seul leur peut donner, en les reprenant de ce qu'ils commettent par le seul défaut de sa grâce? Que ne remonstrent-ils à sainct Paul, qu'il doit pardonner à ceux qui n'ont point en leurs mains de vouloir le bien ou l'accomplir, sinon i)ar la miséricorde de Dieu, la(juelle leur défaut (juand ils taillent ? Mais toutes ces folies n'ont point de lieu, veu que la doctrine de Dieu est fondée en trop bonne raison, mais qu'elle soit bien considérée. Il est bien vray que sainct Paul monstre que la doctrine, et exhortation, et objurgation ne profitent gueres de soy à changer le cœur de l'homme, quand iï dit que celuy qui plante n'est rien, et celuy qui arrouse n'est rien: mais que toute l'efficace gist au Seigneur, qui donne accroissement (1 Cor. 3, 7). Nous voyons aussi comment Moyse ratifie estroitement les préceptes de laLoy: comment les Prophètes insistent ardemment, et menacent les transgressem's : toutesfois pour cela ils ne laissent point de confesser que les hommes commencent d'estre bien entendus, quaml le cœur leur est donné pour entendre: que c'est le propre de Dieu de circoncir les cœm^s, et les convertir de pierre en chair: que c'est luy qui escrit sa Loy en nos entrailles: bref, que c'est luy qui en renouvellant nos âmes, donne efficace à sa doctrine.

o. De quoy donc servent les exhortations, dira quelcun ? Je respon que si elles sont mesprisées d'un cœur obstiné, elles luy seront en tesmoignage pour le convaincre, quand ce viendra au jugement de Dieu. Et mesme la mauvaise conscience en est touchée et pressée en la vie présente. Car combien qu'elle s'en moque, elle ne les peut pas reprouver. Si on objecte, Que fera donc le povre pécheur, veu que la promptitude de cœur, laquelle estoit requise pour obéir, luy est déniée ? Je respon à cela. Comment pourra-ff tergiverser, veu qu'il ne peut imputer la dureté de son cœur, sinon à soymesme ? Parquoy les meschans, combien qu'ils desireroyent d'avoir en jeu et risée les pre-

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