‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 144 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

nous rappelle à la foy de Jésus Christ, laquelle ayant apparence de folie, est en desdain aux incrédules. Combien donques que la prédication de la croix ne plaise point à l'esprit humain, tant y a que si nous desirons de retourner à nostre créateur, du(iuel nous sommes aliénez, afin que derechef il recommence de nous estre père, il nous faut embrasser cestc follie avec toute humilité. Et de fait, depuis la ruine d'Adam, nulle cognoissance de Dieu n'a peu profiter à salut sans médiateur : car Jésus Christ en disant que c'est la vie éternelle de cognoistre son Père pour seul vray Dieu, et luy qui est envoyé, pour Christ (Jean 17, ;i) : il n'applique pas le propos à son temps seulement, mais l'estend à tous aages. Dont la bestise d'aucuns est tant plus vilaine, lesquels ouvrent la porte de paradis ;i tous incrédules et gens profanes, sans la grâce de Jésus Christ : lequel toutesfois l'Escriture enseigne estre la seule porte pour nous faire entrer à salut. Si quelcun vonloit restreindre la sentence de Jésus Christ, que je vien d'amener, au temps que l'Evangile a esté publié, la réfutation est toute preste : pourcc que ceste raison a esté commune à tous siècles et nations, que ceux qui sont aliénez de Dieu ne lui peuvent i)laire de\ant qu'estre reconciliez, et sont prononcez maudits et enfans d'ire. Il y a aussi la response de nostre Seigneur Jésus à la Samaritaine, Vous ne savez ce que vous adorez : nous savons ce que nous adorons, d'autant que le salut est des Juifs (Jean 4, 22). Par lesquelles parolles il condamne toutes espèces de religions que lenoyent les Payens, d'erreur et de fausseté : et assigne la raison, Pource (lue le Rédempteur avoit esté promis sous la Loy au seul peuple eleu. Dont il s'ensuyt que nul service n'a jamais esté agréable à Dieu, sinon qu'il regardast en Jésus Christ. Et voila dont sainct Paul afferme que tous les Payens ont esté sans Dieu, et exclus de l'espérance de vie (Ephes. 2, 12). Outreplus, veu que sainct Jean (Jean 1, 4) enseigne que la vie a esté dés le commencement en Christ, et que tout le monde a esté retrenché d'icelle, il est nécessaire de retourner à ceste source. Parquoy Jésus Christ se nomme vie, entant qu'il est propiciateur pour appaiser son Père envers nous. D'autrepart l'héritage des cieux n'appartient qu'aux enfans de Dieu. Or ce n'est pas raison que ceux qui ne sont point incorporez au Fils unique soyent tenus d'un tel reng : comme sainct Jean testifle que ceux qui croyent en Jésus Christ ont ce titre et privilège, d'estre faits enfans de Dieu (Jean 1, 12). Mais pource que mon intention n'est pas de traiter maintenant entièrement de la foy, c'est assez d'en avoir touché ce mot comme en passant.

2. Quoy qu'il en soit, Dieu ne s'est jamais monstre propice aux Pères anciens, et ne leur

a donné nulle espérance de grâce, sans leur proposer un médiateur. Je laisse à parler des saciilices de la Loy, par lesquels les fidèles ont esté ouvertement enseignez, (lu'ils ne devoyent chercher salut, sinon en la satisfaction (jui a esté acconqjlie en Jésus Christ : seulement je di en somme, que la félicité que Dieu a promise de tout temps à son Eglise a esté fondée en la personne de Jésus Christ. Car combien que Dieu ait coinprins toute la race d'Abraham en sou alliance, toutesfois sainct Paul a bonne raison de conclurre, que ceste semence en laqueUe toutes gens devoyent estre bénites, à parler proprement, est Christ (Galat. 3, 16): veu que nous savons que plusieurs ont esté engendrez d'Abraham selon la chair, lesquels ne sont point reputez de sa lignée. Car encores (jue nous laissions Ismael et beaucoup d'autres, dont est-il advenu que des deux fils jumeaux d'Isaac, assavoir Esau et Jacob, du temps qu'ils cstoyent encores unis au ventre de la mère, l'un a esté rejette, et l'autre eleu"? Mesmes dont est-il advenu que l'aisné ait esté rebouté, et que le second ait tenu son lieu? Finalement, dont est-il advenu que la plus grand' part du peuple ait esté retrenchée comme bastarde ? Il est donc notoire que la race d'Abraham prend son tiltre du chef, et que le salut promis n'a point d'arrest jusques h ce qu'on vienne à Christ, duquel l'office est de recueillir ce qui estoil dissipé : dont il s'ensuyt que la première adoption du peuple eleu dependoit de la grâce du médiateur. Or combien que ceci ne soit pas du tout si clairement exprimé en Moyse : toutesfois il est certain qu'il a esté cogneu en gênerai de tous fidèles. Car devant qu'il y eust Roy créé au peuple, desja Anne la mère de Samuel parlant de la félicité de l'Eglise, dit en son cantique : Le Seigneur donnera force à son Roy, et exaltera la corne de son Christ (1 Sam. 2, 10). Par lesquelles parolles elle entend que Dieu bénira son Eglise. A quoy aussi s'accorde la prophétie donnée à Ely, qui est mise un peu après : assavoir. Le Sacrificateur que j'establiray cheminera devant mon Christ (1 Sam. 2, 35). Et n'y a doute que le Père céleste n'ait voulu pourtraire une image vive de Jésus Christ en la personne de David et de ses successeurs. Parquoy, luy voulant exhorter les fidèles à la crainte de Dieu, commande qu'on baise le Fils pour luy faire hommage. A quoy respond ceste sentence de l'Evangile, Qui n'honnore point le Fils, n'honnore point le Père (Ps. 2, 12 ; Jean o, 23). Partiuoy combien que par la révolte des dix lignées le règne de David ait esté fort abattu, toutesfois l'alliance que Dieu avoit faite avec luy et ses successeurs est tousjours demourée : comme il en a parlé par ses Prophètes : Je ne raseray point du tout ce royaume à cause de David mon serviteur, et de Jérusalem que j'ay eleue : mais il demeurera une 11-

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