‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 156 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

dit que le principal poinct estoit. (ju'ostans vuides de toute l'antasie de nostre propre vertu, estans despouillez de toute fiance de nostre justice : au contraire abbatus de la considération de nostre povreté, nous a]iprenions parfaite humilité, pour nous abaisser et démettre de toute î^^loire. L'un et l'autre nous est monstre en la Loy de Dieu : où le Seip;neur s'estaid attriitm* premièrement la puissance de conunander, nous enseigne de porter révérence à sa divinité, demonstrant en quoy gist et est située icelle révérence. Puis après, ayant ordonné la reiyle de justice, nous l'edargue tant de nostre foiblesse comme d'injustice : d'autant qu'à la reigle d'icelle nostre nature, selon (pi'elle est corrompue et perverse, est entièrement contraire et répugnante : et qu'à la perfection d'icelle nostre faculté, selon qu'elle est débile et inutile à bien faire, ne peut respondre. Or tout ce qu'il nous faut apprendre des deux tables, nous est aucunement enseigné par la loy intérieure, la(iuelle nous avons cy dessus dit estre escrite et quasi imprimée au cœur il'un cbacun. Car nosti'c conscience ne nous laisse point dornnr un somme peri)etuel sans aucun sentiment. (|u"elle ne nous rende tesmoignage au dedans, et admoneste de ce que nous devons à Dieu : qu'elle ne nous monstre la diiïerence du liien et du mal : ainsi, qu'elle ne nous accuse quan(l nous ne faisons nosti'e devoir. Toutesfois l'homme est tellement embrouillé en oljscureté d'ignorance, ({u'à grand'peine peut-il par ceste loy naturelle un bien petit gouster quel service est plaisant à Dieu : pour le moins il est bien loin de la droite cognoissance d'iceluy. Davantage, il est tant entlé de fierté et ambition, tant aveuglé de l'amour de soy-mesine. (ju'il ne peut encore se regarder, et quasi descendre eu soy, pour ap|irendre de s'abaisser et confesser sa misère. Pourtant selon qu'il estoit nécessaire à la grosseur de nostre esprit et à nostre arrogance, le Seigneur nous a baillé sa Loy escrite, pour nous rendre plus certain tesmoignage de de ce qui estoit trop obscur en la loy naturelle : et en chassant la nonchalance, toucher plus vivement nostre esprit et mémoire.

2. Maintenant il est aisé d'entendre que c'est qu'il faut apprendre de la Loy : c'est assavoir que Dieu, comme il est nostre créateur ainsi à bon droit tient envers nous le lieu de Seigneur et Père : et qu'à ceste cause nous luy devons rendre gloire, révérence, amour et crainte. Par ainsi, que nous ne sommes ])as libres pour suyvre la cupidité de nostre esprit, par tout où elle nous incitera: mais que du tout dépendons de nostre Dieu, et devons nous arrester seulement en cela qu'il luy plaira. Davantage, que justice et droiture luy sont plaisantes : au contraire, iniquité aliominable. Parquoy si nous ne voulons d'une penerse ingratitude nous des-

touriHM' de nostre Ci-eateur. il nous faut toute nostre vie aimer justice, et appliquer nostre estude à icelle. Car' si lors tant seulement nous luy rendons la révérence qu'il faut, quand nous préférons sa volonté à la nostre : il s'ensuit qu'on ne luy peut porter autre honneur légitime, qu'en observant justice, saincteté et pureté. Et n'est loisible à l'bomme de s'excuser, entant qu'il n'a Ijoint la puissance, et comme un povre detteur, n'est pas suffisant de payer. Car il n'est pas convenal)le de mesurer la gloire de Dieu selon nostre faculté, veu que quels que nous soyons, il est tousjours semblable ii soy-mesme: amy de justice, enneiny d'iiii(iuité: et quelque chose (ju'il nous demande, veu qu'il ne peut rien demander que justement, nous sommes par naturelle obligation tenuz d'obéir. Ce que nous ne le pouvons faire, c'est de nostre vice. Car si nous sommes détenus comme liez de nostre cupidité, en laquelle règne péché, pour n'estre libres à obéir a nostre Père, il ne nous faut pour nostre défense alléguer ceste nécessité, de laquelle le mal est au dedans de nous, et nous esta imputer.

;{. Quand nous aurons profité par la doctrine de la Loy jusques là, alors icelle inesine nous conduisant il faut descendre en nous : dont nous rapporterons deux choses. Premièrement, en comiiarageant la justice de la Loy avec nostre vie. qu'il y a beaucoup à dire que ne satisfacions a la volonté de Dieu: et pourtant que nous sommes indignes de retenir nostre lieu et ordre entre ses creatui'es, tant s'en faut que méritions d'estre reputez ses enfans. Puis en considérant noz forces, que non seulement ne les reputions suffisantes à l'accomplissement de la Loy, mais du tout nulles. De la nécessairement s'ensuit une delïiance de nostre propre vertu: puis une angoisse et tremblement d'esprit. Car la conscience ne peut soustenirle faix de péché, qu'incontinent le jugement de Dieu ne vienne en avant : et le jugement de Dieu ne se peut sentir, qu'il n'apporte une horreur de mort. Semblablement. la conscience estant conveincue par expérience de sa foiblesse ne peut ([u'elle ne tombe en desespoir de ses forces. L'une et l'autre affection engen(lre déjection et bumilité. Ainsi advient en la fin, que l'homme estonné du sentiment de la mort éternelle, laquelle il se voit prochaine pour les mérites de son injustice, se convertit à la seule miséricorde de Dieu, comme à un port unique de salut: et que sentant qu'il n'est pas en sa puissance de payer ce qu'il doit à la Loy. désespérant de soy, il respire pour attemlre et demander aide ailleurs.

4. Mais le Seigneur non content d'avoir monstre en quelle révérence nous devons a^s oir sa justice, afin aussi d'adonner noz cœurs à famour d'icelle, et à une haine d'iniquité, il adjoint des promesses et menaces. Car pource que ro'il de nostre entendement voit si trouble, qu'il

Page 1