CHAPITRE VIII
ne se peut esmouvoir de la seule beauté et honnesteté lie voitu. ce pore plein de clémence, selon sa bénignité, nous a \oulu attirer a l'aimer et désirer par la douceur du loyer qu'il imiis propose. Il nous dénonce donc (pi'il veut renuinerer la vertu. (U que celuy qui nbcira à ses conuiiandemens. ne travaillera en vain. Au contiaire, il fait assavoir (ju'injustice non seulement luy est exécrable, mais aussi (pi'clle ne pourra L'scbapper qu'elle ne suit punie, pource (piil a déterminé de venger le contenuiement de sa majesté. Kt jxiur en toutes sortes nous inciter, il jiromet tant les bénédictions de la vie présente. t|ue l'éternelle béatitude à ceux qui garderont ses comniandemens: et d'autre costé ne menace pas moins les transgresseurs de calamitez coriiorelles. ipie du tourment de la mort éternelle. ('.ar ceste promesse, assavoir. Qui fera ces choses, Aivra en icelles: et aussi la menace cones])ondante:L'ame qui aura jjeclié mourra de mort (Levit. 18. o: Kzecb. 18. 4. 20): sans aucune doute appartient à la mort ou inunortalité future, ipu' jamais ne finira. (Combien ipie par tout où il est fait mention de la benevolence ou ire du Seigneur: sous la première est contenue éternité de vie : sous la seconde. ])erdition éternelle. (Jr en la Loy est recité un grand roUe de bénédictions et malédictions présentes (Lev. 'lii. 4: Deut. 28. i). Es jieines (pi'il dénonce, il npparoit combien il est d'une grande pureté, veu (|u'il ne i)eut soutlrir iniquité. l)'autre[iart, aux promesses il est demonstré combien il aime justice, veu (pi'il ne la veut point laissiM" sans renmneration. Pareillement y est demonstré une merveilleuse bénignité, t^ar veu i[ue nous et tout ce qui est nostie sonunes obligez à sa majesté, il bon droit tout ce qu'il requiert de nous, il le deman le comme ce (pii luy est deu. Or le payement d'une telle dette n'est pas digne de remunei'ation aucune. Parquoy il quitte de son droit, ipiand il nous propose (juelque loyer i)our nostre obéissance, laquelle nous ne luy rendons pas de nostre bon gré, comme une chose qui ne luy seroit point deue. Or que c'est que nous peuvent profiter les promesses d'elles-mesmes 11 a esté desja dit en partie et en partie il apparoistra encore mieux en son lieu. Il snftit pour le présent que nous entendions et reputions, qu'aux promesses de la Loy il y a une singulière recommandation de justice : afni qu'on voye plus certainement combien l'observation d'icelle plaistà Dieu. D'autrepail, que les jjeines sont mises en i)lus grande exécration d'injustice: atui (lue le pèche ur ne s'enyvre en la douceur de son péché, jus f|u'a oul)lier que le jugement du législateur luy est appareillé.
o. Or ce (pie le Seigneur, voulant doruier la reigle de parfaite justice, a réduit toutes les |)arties d'icelle à sa volonté, en cela il est demonstré qu'il n'a rien plus agréable qu'obeis.sa nce. Ce qu'il
faut d'autant plus diligemment noter, pource que la liai'diesse et intenqierance de l'entenilenient humain est trop enclinée à in\ enter nouveaux honneurs et services pour luy rendre, afin d'ac- (pierir sa grâce. Car ceste allectation folle de religion desi-eiglée, pource (pi'elle est naturellement enracinée en nosh'e esjjrit, s'est tousjours monstrée, et se monstre encore de présent en tout le genre humain: c'est que les hommes appetent tousjours de forger (piehpie manière d'acquérir justice sans la parolle de Dieu. Dont il ad\ieiit (pi'entre les bonnes (euvres,(pie comnuuiement on estime, les comniandemens de la Loy tiennent le plus bas lieu: cependant une multitude infinie de préceptes humains occupent le premier rang et la plus giantle ])lace. Mais qu'est-ce que Moyse a plus voulu refréner que ceste cupidité, (piand après la pulilication de la Loy il parle ainsi au jjeuple ? Note et escoute ce (jue je te comniaiule, à ce (jue tu prospères toy et tes enfans après toy, quand tu auras fait ce qui est bon et plaisant devant ton Dieu. Fay seulement ce que je te commande, sans y adjouster ne diminuer (Deut. 12. 28). Et auitaravant, après avoir protesté (pie ceste cstoit la sagesse et intelligence du peu[)le d'Israël, devant toutes les nations de la terre, ira\ oir receu du Seigneur les jugemens, justices et cérémonies: il leur dit quant et quant. Carde toy et ton ame s(mgneuseinent : n'oublie point les parolles (jue tes yeux ont veu, et que jamais elles ne tombent de ton cœur (Deut. 4, 9). Certes pource (pie Dieu prevoyoit que les Israélites ne se tiendroxent point après avoir receu la Loy, (pi'ils ne désirassent d'inventer nouvelles manières de le servir, sinon qu'il leur tint la bride roide. il prononce qu'en sa parolle est contenue toute perfection de justice : ce qui les devoit tresbien retenir. Et neantmoins il n'ont point désisté de ceste audace qui leur avoit esté tant défendue. Et nous, (luoy ? certes nous sommes britlez de ceste mesme parolle. Car il n'y a doute (pie cela n'ait tousjours lieu, fpie le Seigneur a voulu attribuer à sa Loy une parfaite doctrine de justice. Et toutesfois non contens d'icelle, nous travaillons à merveilles à controuver et forger des bonnes (puvres les unes sur les autres. Le meilleur (jui soit pour corriger ce vice, est d'avoir ceste cogitation plantée en nostre cœur, que la Loy nous a esté baillée du Seigneui'. pour nous enseigner parfaite justice: et (ju'en icelle n'est point enseignée autre justice, sinon de nous reigler et conformer à la volonté divine : et ainsi (pie c'est pour ni\ant (pie nous imaginons nouvelles formes d'o'uvres i)our acquérir la grâce de Dieu, duquel le droit service consiste seulement en obéissance: et que plustost au contraire, l'estude des bonnes ipuvres (jui sort hors la Loy de Dieu, est une pollution intollerable de la divine et vraye justice. Et sainct Augustin dit
bien vray,quand il appelle l'obéissance qu'on rend a Dieu, Mère et gardienne de toutes vertus: quelque foisaussi, La source et racine de tout bien. *^ 6. Mais quand la Loy du Seigneur nous aura esté expliquée, alors ce que j'ay cy dessus enseigné de l'office d'icclle, sera confermé. Or avant qu'entrer à traiter particulièrement un chacun article, il est bon de premièrement cognoistre ce qui appartient à la cognoissance universelle d'icelle. Pour le premier, que cela soit arresté, que la vie de l'homme doit estre reiglée par la Loy, non seulement à une honnesteté extérieure, mais aussi à la justice inteiieure et spirituelle. Laquelle chose combien qu'elle ne se puisse nier, neantmoins est considérée de bien peu. Cela se fait, pource qu'on ne regarde point le Législateur, de la nature duquel celle de la Loy doit estre estimée. Si quelque Roy dcfendoit par edict, de paillarder, de meurtrir et de desrober : je confesse que celuy (|ui auroit seulement conceu en son cœur quelque cupidité de paillarder, ou desrober, ou meurtrir, sans venir jusques à l'œuvre, et sans s'etïorcer d'y venir, ne sera point tenu de la peine laquelle sera constituée. Car pource que la providence du législateur mortel ne s'estend que jusques à l'honnesteté externe, ses ordonnances ne sont point violées, sinon que le mal vienne en elîect. Mais Dieu, devant Tœil duquel rien n'est caché, et lequel ne s'arreste point tant a l'apparence extérieure de bien, qu'à la pureté de cœur, en défendant paillardise, homicide et larrecin, défend toute concupiscence charnelle, haine, convoitise du bien d'autruy, tromperie, et tout ce qui est semblable. Car entant qu'il est Législateur spirituel, il ne parle pas moins a l'ame qu'au corps. Or ire et haine est meurtre, (|uant a l'ame: convoitise, est larrecin : amour desordonné, est paillardise. Mais quelcun pourra dire qu'aussi bien les loix humaines regardent le conseil et la volonté des honmies, et non pas les evenemens fortuits. Je le confesse. Mais cela s'entend des volontez lesquelles viennent en avant. Car elles considèrent a quelle intention une chacune œuvre a esté faite : mais elles ne sondent point les cogitations secrètes. Pourtant celuy qui se sera abstenu de transgresser extérieurement, aura satisfait aux loix politiques : au contraire, pource que la Loy de Dieu est donnée à noz âmes, si nous la voulons bien observer, il faut que noz âmes soyent principalement reprimées. Or la pluspart des hommes, mesme quand ils veulentdissimuler d'estre contempteurs d'icelle, conforment aucunement leurs yeux, leurs pieds et leurs mains, et les autres parties de leurs con^s, à observer ce qu'elle commande : cependant leur cœur demeure tout aliéné de l'obéissance d'icelle. Ainsi, ils se pensent bien acquitter, s'ils ont caché devant les hommes ce qui apparoit devant Dieu. Ils oyent, Tu ne meurtriras point,
Tu ne paillarderas point, Tune desroberas point. Pourtant ils ne desgainent point leur espée pour meurtrir, ils ne se meslent point avec les paillardes, ils ne jettent point la main sur les biens d'autruy. Tout cela est bon. Mais leur cœur est plein de meurtre, et brusle de concupiscence charnelle : ils ne peuvent regarder le bien de leur prochain (pie de travers, le dévorant par convoitise. En cela ce qui estoit le principal de la Loy leur défaut. Dont vient, je vous prie, une telle stupidité, sinon que laissans derrière le Législateur, ils plient et conforment la justice <à leur entendement? A rencontre de ceste opinion sainct Paul crie fort et ferme, disant que la Loy est spirituelle (Rom. 7, 14). En quoy il signifie que non seulement elle requiert obéissance de l'ame, de l'entendement et volonté, mais une pureté Angelicjue, laquelle estant purgée de toute macule charnelle, ne sente autre chose qu'esprit.
7. En disant que le sens de la Loy est tel, nous n'apportons point une nouvelle exposition de nous-mesmes : mais nous suyvons Christ, qui en est tresbon expositeur. Car pource que les Pharisiens avoyent semé entre le peuple une opinion perverse, assavoir que celuy qui ne commettroit rien par œuvre externe contre la Loy, estoit bon observateur d'icelle : il redargue cest erreur, assavoir fju'un regard impudique d'une femme, est paillardise : et que tous ceux qui baissent leur frère, sont homicides (Matth.5, 21. ii. 28. 44). Car il fait coulpables de jugement tous ceux qui auront conceu seulement quelque ire en leur cœur: coulpables devant le Consistoire, tous ceux qui en murmurant nions trent quelque offense de courage: et coulpables de géhenne de feu, tous ceux qui par injure auront apertement declairé leur malveillance. Ceux qui n'cntendoyent point cela, ont imaginé que Christ estoit un second Moyse, qui avoit apporté la Loy Evangelique, pour suppléer le défaut de la Loy Mosaïque. Dont est procedée ceste sentence comme vulgaire, Que la perfection de la Loy Evangelique est beaucoup plus grande qu'efie n'estoit en l'ancienne Loy: qui est un erreur trespervers. Car quand nous réduirons cy après en somme les préceptes de Moyse, il apparoistra par ses parolles mesmes combien on fait grande injure à la Loy de Dieu,, en disant cela. Davantage, de ceste opinion ils s'ensuyvroit (jue la saincteté des Pères anciens ne differoit gueres d'une hypocrisie. Finalement, ce seroit pour nous destourner de la reigle unique et perpétuelle de justice, que Dieu a lors baillée. Or l'erreur est facile à réfuter, pource que telle manière de gens ont pensé ([ue Christ adjoustast à la Loy, ou tant seulement qu'il la restituoit en son entier, assavoir en la purgeant de mensonges, et du levain des Pharisiens, dont elle avoit esté obscurcie et souillée.