LIVRE
le nom d'un si horrible crime. Par ainsi estans advertis par le ju,i;ement de Dieu, nous apprenons de mieux reputerla grandeur des fautes, lesquelles auparavant nous sembloyent légères.
11. Tiereement, nous avons à considérer que c'est (jue veut dire la division de laLoy en deux Tables, desquelles il n'est point fait si souvent mention en l'Escriture sans propos : comme tout homme de bon esprit peut juger. Or la raison est si facile à entendre, qu'il n'est ja mestier d'en faire nulle doute. Car le Seigneur voulant enseigner toute justice en sa Loy. l'a tellement distinguée, ([u'il a assigné la première aux offices dont nous luy sommes redevables, pour honnorer sa majesté: la seconde, à ce que nous devons à nostre prochain, selon charité. Certes le premier fontlement de justice est l'honneur de Dieu : lequel renversé, toutes les autres parties sont dissipées, comme les pièces d'un édifice ruiné. Car quelle justice sera-ce, de ne nuire point à nostre prochain par larrecins et rapines, si cependant par sacrilège nous ravissons à la majesté de Dieu sa gloire? Item, de ne point maculer iiostn^ corps par paillardise, si nous polluons le nom de Dieu par blasphèmes ? Item, de ne point meurtrir les hommes, si nous taschons d'esteindre la mémoire de Dieu? (-e seroit donc en vain que nous prétendrions justice sans religion: tout ainsi comme si quelcun vouloit faire une belle monstre d'un corps sans teste. Combien qu'à dire vray. religion non seulement est le chef de justice et vertu, mais est quasi l'ame. pour luy donner vigueur. Car jamais les hommes ne garderont entre eux équité et dilection, sans la crainte de Dieu. Nous appelions donc le service de Dieu, Principe et fomlement de justice : veu que celuy osté, tout ce que peuvent méditer les hommes pour vivre en droiture, continence et tempérance, est vain et frivole devant Dieu. Pareillement, nous l'appelions La source et esprit de justice: pource que les hommes en craignant Dieu, comme Juge du bien et du mal, apprennent de cela à vivre purement et droitement. Pourtant le Seigneur en la première Table nous instruit à pieté et religion, pour honnorer sa majesté: en la seconde, il ordonne comment à cause de la crainte que nous luy portons, il nous faut gouverner ensemble. Pour laquelle raison nostre Seigneur Jésus, comme recitent les Evangelistes. a reiluit toute la Loy sommairement en deux articles: assavoir, que nous aymions Dieu de tout nostre cœur, de toute nostre ame, et de toutes noz forces, que nous aymions nostre prochain comme nous-inesmes(Mattli.2;2,:37: Luc 10.:27). Nous voyons comment des deux parties esquelles il comprend toute la Loy, il en adresse l'une à Dieu, et l'autre aux hommes.
12. Toutesfois combien que la Loy soit entièrement contenue en deux poincts, si est-ce que
nostre Seigneur, pour oster toute matière d'excuse, a voulu plus amplement et facilement declairer en dix préceptes, tant ce qui appartient a la crainte, amour et honneur de sa divinité, comme à la charité, laiiuelle il nous commande d'avoir à nostre i)rocliain pour l'amour de soy. Pourtant, ce n'est pas e.stude inutile, que de chercher quelle est la division des préceptes, moyennant qu'il nous souvienne que c'est une chose en laquelle chacun peut avoir son jugement libre: et pourtant que nous n'esmouvions point contention contre celuy qui n'accordera point à nostre sentence. Cecy, dis-je, afin que personne ne s'esmerveille de la distinction que je su^Tray, comme si elle estoit nouvellement forgée. Quant au nombre des préceptes, il n'y a nulle doute, d'autant que le Seigneur en a osté toute controversie par sa paroUe. La dispute est seulement à la manière de les tliviser. Ceux qui les divisent tellement, qu'il y ait en la première Table trois préceptes, et sept en la seconde, effacent le précepte des images du nombre des autres, ou bien le mettent sous le premier: comme ainsi soit que le Seigneur 1 ait mis comme un commandement spécial. Davantage, ils divisent inconsidérément en deux parties le dixième précepte : qui est de ne point convoiter les biens de nostre prochain. Il y a une autre laison i)our les réfuter: que leur division a esté incognue en l'Eglise primitive, comme nous verrons tautost après. Les autres mettent bien comme nous, quatre articles en la première Table : mais ils })ensent que le premier soit une simple promesse sans commandement. Or de ma part, pource que je ne puis prendre les dix paroUes dont Moyse fait mention autrement que pour dix préceptes, sinon (pie je soye conveincu du contraire par raison évidente: davantage, pource qu'il me semble que nous les pouvons distinctement par ordre marquer au doigt, leur laissant la liberté d'en penser comme ils voudront, je suyvray ce qui me semble le plus proltable, c'est (pie la sentence dont ils font le premier précepte, tienne comme un lieu de Proeme sur toute la Loy : puis après que les dix préceptes s'ensuyvent: quatre en la première Table, et six en la seconde, selon l'ordre que nous les coucherons. Ceste division est mise d'Origene sans difficulté, comme receue communément de son temps. ^^ Sainct Augustin aussi l'approuve escrivant à Boniface. Il est Ijien n'ay (pi'en un autre lieu la première division luy plaist mieux: mais c'est pour une raison trop légère : assavoir, pource que si on mettoit seulement trois préceptes en la première Table, cela representeroit la Trinité : combien qu'en ce lieu-là mesme il ne dissimule pas que la nostre luy plaist mieux quant au reste. *' Nous avons aussi un autre ancien Père, qui accorde à nostre opinion, celuy qui a escriî les Commentaires