‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 158 sur 703 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

8. n nous faut secondement observer, que les préceptes de Dieu cmUicnnent (pielque chose plus que nous n'y voyuns exprimé par parolles. Ce qu'il faut neantmoins tellement modérer, (jue nous ne leur dnmiidns point tel sens ipie bon nous semblera, les tournant çàetlaa nostre plaisir. Car il y en a d'aucuns, qui par telle licence font que l'authorité de la Loy est vilipendée, connue si elle estoit incertaine, ou Itien qu'on désespère d'en avoir saine intelli;,aMice. Il faut donc, s'il est possible, trouver (piehiuc voye laquelle nous conduise seurement et sans doute à la volonté de Dieu : c'est a dire, il laut rejrarder combien l'exposition se doit estendre outre les parolles: tellement (ju'il apparoisse que ce ne soit j)oint une adilition ailjoustée à la Loy de Dieu, des f,^loses humaines, mais (jue ce soit le pur sens natm'el du Législateur, fidèlement declairé. Certes en tous les préceptes il est si notoire (prune partie est mise pour le tout. que celuy qui en voudroit restreindre l'intelligence selon les parolles, seroit digne d'estre moqué. Il est donc notoire (jue l'exiiosition de la Loy, la plus sobre (ju'on la puisse faire, passe outre les parolles, mais il est obscur juscjues où, sinon qu'on définisse quelque mesure. Or je pense que ceste-cy sera tresbonne, si on adresse sa pensée à la raison pour laquelle le précepte a esté donné : assavoir qu'en un chacun précepte on considère à «pielle lin il nous a esté donné de Dieu. Exemple : Tout précepte est pour conunander, ou pour défendre. Nous aurons la vraye intelligence de l'un et de l'autre, en regardant la raison ou la fin où il tend. Comme la fin du cinquième précepte est, (piil faut rendre honneur à ceux ausquels Dieu l'a voulu attribuer: ceste sera donc la somme, qu'il plaist à Dieu qu3 nous honnorions ceux ausquels il a donné quel(|ue prééminence : et que contemnenient et contumace à rencontre d'iceux. luy est en abomination. La raison du premier précepte est (jue Dieu seul soit honnoré: la somme donc sera que la vraye pieté est agréable à Dieu, c'est a dire l'honneur que nous rendons à sa majesté : au contraire, qu'impiété luy e.st abonùnable. Ainsi faut-il regarder en tous préceptes de quoy il est traité. Apres, il faut chercher la fin, jus(|ues à ce que nous trouvions que c'est que le Législateur veut testifier luy estre plaisant ou desplaisant: puis de ce qui est dit au prece[)te, il nous faut former un argument au contraire, en ceste manière : Si cela plaist à Dieu, le contraire luy desplaist. Si cela luy desplaist, le contraire luy plaist. S'il commande cela, il défend le contraire. S'il défend cela, il commande le contraire.

9. Ce qui est maintenant obscur en le touchant brièvement, sera {)lus familièrement esclaircy par l'expérience, quand nous exposerons les préceptes. Pourtant il suffira de l'avoir tou-

ché, shion qu'il nous faut confermer le dernier que nous avons dit. (pii autrement ne seroit point entendu, ou sembleroit advis desraisonnable. Ce que nous avons dit, que là où le Itien est cummandé. le mal qui est contraire est défendu, n'a ja mesliei' de probation : car il n'y a personne (pii ne le concède. Pareillement, le jugement commun recevra volontiers, que (juand on défend le mal on commande le bien qui est au contraire. Car c'est une chose vulgaire. i|ue quand on condanme les vices, on recommande les vertuz. Mais nous demandons (piehiue chose da\antage, que les hommes n'entendent communément en confessant cela. Car par la vertu contraire au vice, ils entendent seulement s'abstenir de vice: mais nous passons outre, assavoir en exposant (jue c'est faire le contraire du mal. Ce qui s'entendra mieux par exemple. Car en ce précepte. Tu ne tueras point : le sens conunun des lionunes ne consisidere autre chose, sinon qu'il se faut abstenir de tout outrage et de toute cupidité de miire: mais je dy cpi'il y faut entendre i)ius, assavoir (jue nous aidions à conserver la vie de nostre prochain, par tous moyens ([u'il nous sera possible. Et afin qu'il ne semble que je parle sans raison, je veux approuver mon dire. Le Seigneur nous défend de blesser et outrager nostre prochain, pource ([u'il veut que sa vie nous soit chère et précieuse : il requiert donc semblablement les offices de charité, par lesquels elle peut estre conservée. Ainsi, on peut appercevoir comment la fin du précepte nous enseigne ce qui nous y est conuuandé ou défendu de faire.

10. Si on demande la raison pourquoy le Seigneur a voulu seulement a demy signifier son vouloir, plus que l'exprimer clairement, pour response à cela on peut alléguer plusieurs raisons : mais il y en a une ([ui me contente par dessus toutes: c'est, pource que la chair s'efforce tousjours de colorer, ou de cacher par vaines couvertures la turpitude de son péché, sinon qu'on la puisse toucher au doigt, il a voulu proposer pour exemple ce qui estoit le plus vilain et desordonné en chacun genre de péché : afin que l'ouye mesme en eust hoireur, pour nous faire détester le péché de plus grand courage. Cela nous trompe souvent en estimant les vices, que nous les exténuons s'ils sont quelque peu couvers. Le Seigneur donc nous retire de ceste tromperie, nous accoustumant à réduire une chacune faute à un genre, dont nous puissions mieux cognoistre en quelle abomination elle nous doit estre. Exenq)le : Il ne nous semble point advis que ce soit un mal fort exécrable que haine ou ire, quand on les nomme de leurs noms : mais (|uand le Seigneur les défend sous le nom d'homicide, nous voyons mieux en quelle abomination il lésa, veu qu'il leur donne

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