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LE PREMIER COMMANDEMENT

Je suis l'Eternel ton Dieu, qui t'ay retiré de la terre d'Egypte, de la maison de servitude. Tu n'auras point de dieux estranges devant ma face.

y II ne peut chaloir, si nous prenons la première sentence comme partie du premier précepte, ou si nous la mettons séparément, moyennant que nous entendions que c'est comme un Proeme sur toute la Loy. Premieremejit, quand on fait quek|ues loix. il faut donner ordre qu'elles ne s'abolissent par mespris nu contemnement. Pour ceste cause le Seigneur au conunencement remédie a ce danger, en pourvoyant que la majesté de sa Loy ne soit contemnée: ce qu'il fait, la fondant sur trois raisons. Car il s'attribue le droit et puissance de commander: en (juoy il astreint son jieuple esleu à la nécessité d'ohcir. Puis après il promet sa grâce, pour attirer ses lideles par douceur à suyvre sa volonté. Finalement il réduit eu mémoire le bien (pi'il a fait aux Juifs, pour les redarguer d'ingratitude, s'ils ne respondent à sa libéralité qu'il leur a monstrée. Sous ce nom d'Eternel, est signiiié son Empire et Seigneurie légitime (|u'il a sur nous. Car si toutes choses viennent de luy, et consistent en luy. c'est raison (pi'elles soyent référées à luy, comme dit saiiict Paul (Rom. 11, :5G). Par ce. mot donc il nous est monstre ([u'il nous faut suniettre au joug du Seigneur: veu que ce seroit un monstre, de nous retirer du gouvernement de celuy hors le<|uel nous ne pouvons estre.

i'i. Apres ([u'il a enseigné le droit qu'il a de cnnuuander, et que toute obéissance luy est deue,/afm qu'il ne semble qu'il vueille contreindre seulement par nécessité, il ameine aussi par douceur, se dcdairant estre le Dieu de son Eglise, (^ar en ceste locution il y a une correspondance mutuelle, laquelle est exprimée en ceste promesse où il dit, Je seray leur Dieu, et ils nu,' seront pour [leuple. De kujuelle Jesus Christ prouve qu'Abraham, Isaac et Jacob ont obtenu salut et vie éternelle, pource que Dieu

leur avoit promis (ju'il seroit leur Dieu (Jer. M. ;]3; Matth. :2:2, :J2). Pourtant ce mot vaut autant comme s'il disoit, Je vous ay eleuz pour mon peuple : non seulement pour vous bien faire en la vie preseiUe. mais pour vous con<luire à l'éternelle béatitude de mctn Royaume. Ur a (pielle fin tend ceste grâce, il est dit en plusieurs passages. Car (juand nostre Seigneur nous aj)pelle en la conq)agnie de son peuple, il nous élit, ainsi que dit Moyse, pour nous sanctifier à sa gloire, et afin que nous gardions ses commandemens (Deul. 7. 6; 14, i; 26, 18). Dont vient ceste exhortation ([ue fait le Seigneur a son peuple, Soyez saine ts, car je suis sainct. Or de ces deux est déduite la renionstraiice (pie ftiit Dieu par son Prophète, Le fds honnore le père, et le serviteur son maistre. Si je suis vostre maistre, où est la crainte (Levit. 19, 2 ; Malach. 1, 6)? Si je suis vostre père, où est l'amour ?

lo. Consequemment il recite le bien (pi'il a fait à ses serviteurs : ce qui les doit d'autant plus esmouvoir, ([u'ingratitude est un crime plus détestable que tous autres. Or il remonstroit lors au peuple d'Israël le bénéfice qu'il leur avoit fait, le(ptel estoit si grand et admirable, que c'estoit bien raison iiu'il fust en éternelle mémoire. Davantage, la mention en estoit

' convenable, du temps que la Loy devoit estre publiée. Car le Seigneur signihe que pour ceste cause il les a délivrez, afin qu'ils le recognoissent autheur de leur liberté, luy rendaus honneur et obéissance. Semblablement quanil il nous veut entretenir en son service, il a accous-

j tumé de s'orner de certains filtres, par lesquels il se discerne d'avec les idoles t\Qs Payons. Car comme j'ay dit au paravant, nous sommes si enclins à vanité, et avec cela si audacieux, (Ui'incontinent qu'on nous parle de Dieu, nostre entendement ne se peut tenir qu'il ne décline à ([uelque folle fantasie. Le Seigneur donc pour remédier à ce mal, orne sa divinité de certains filtres, et par ce moyen nous enclost conuue dedans des bornes: ahn (jue nous n'extravaguions ne çà ne la, et que nous ne forgions témérairement (piehpie dieu nouveau en le délaissant, luy (pii est le Dieu vivant. Pourtant les Prophètes, en le voulant proprement descrirc et demonstrcr, mettent tousjours en avant les marques et enseignes, par tcs(piels il s'estoit manifesté au peuple d'Israël. Car ijuand il est nommé le Dieu d'Abraham, ou d'Israël: ci. quand il est assis en son temple de Jérusalem au milieu (ics Chérubins (Exode 3, 6; Amos 1,2; Hab. 2, 28: Ps. 80, 2; 99, 1; Is. 37, 16): telles formes de parler ne sont pas mises pour l'attacher à un lieu, ou à un peuple : mais pour arresîer la pensée des fidèles à ce Dieu seul, lequel s'estoit tellement représenté par son alliance qu'il avoit faite avec son peuple d'Israël, qu'il

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