‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 162 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

n'esloit point licite de destourner son esprit autrepart pour le chercher. Toutestois que cela nous demeure conclu, qu'il est notamment paiié de la rédemption, afin que les Juifs s'adonnassent plus alaif-rement à servir Dieu, puis (jue les ayant acijuis il les tenoit à juste tiltre en sa sujection. Mais alin (ju'il ne nous semble (jue cela ne nous appartient de rien, il nous faut reputer ([ue la servitude d'Egypte, où a esté le peuple d'Israël, estoit une figure de la captivité spirituelle en laquelle nous sommes tous détenus, jusques à ce que le Seigneur nous délivrant par sa main forte, nous transfère au règne de liberté. Tout ainsi donc qu'anciennement voulant remettre son Eglise sus en Israël, il a délivré ce peuple-là de la cruelle seigneurie de Pharaon, d(mt il estoit opprimé: en telle manière il retire aujourdhuy tous ceux desquels il se demonstre estre Dieu, de la malheureuse servitude du diable, laquelle a esté figurée par la captivité corporelle d'Israël. Pourtjuit, il n'y a nulle créature dont le cœur ne doive estre enflambé à escouter ceste Loy, entant qu'elle procède du souverain Seigneur: du(]uel comme toutes choses ont leur origine, aussi c'est raison que leur fin s'y rapporte. Davantage, il n'y a nul qui ne doive estre singulièrement incité à recevoir ce Législateur, pour les commandemens duquel observer il se cognoit estre eleu : et de la grâce duquel il attend non seulement tous biens temporels, mais aussi la gloire de la vie immortelle. Finalement cecy nous doit bien aussi esmou- Yoir à obtempérer à nostre Dieu, quand nous entendons que i)ar sa miséricorde et vertu nous avons esté délivrez du gouiïre d'enfer.

16. Apres avoir fondé et estably l'authorité de sa Loy, il donne le premier précepte,

Que nous n'ayons point de dieux estranges devant sa face :

La fin duquel est, que Dieu veut avoir seul prééminence, et veut entièrement jouir de son droit entre son peuple. Pour ce faire il veut que toute impieté et superstition, par laquelle la gloire de sa divinité est amoindrie ou obscurcie, soit loin do nous : et par mesme raison il veut estre honnoré de nous par une vraye affection de pieté, ce qu'emporte quasi la simplicité des parolles. Car nous ne le pouvons pas avoir pour nostre Dieu, sans luy attribuer les choses qui luy sont i-iropres. Pourliuit, en ce qu'il nous défend d'avoir des dieux estranges : en cela il signifie que nous ne transferions ailleurs ce qui luy appartient. Or combien que les choses que nous devons à Dieu soyent innumerables, toutesfois elles se peuvent bien rapporter à quatre poincts, assavoir adoration, qui tire avec soy le service spirituel de la conscience comme un

accessoire: fiance, invocation, et action de grâces. .l'appelle Adoration, la révérence que luy fait la créature, se submettant à sa grandeur. Pourtant ce n'est pas sans cause que je mets comme une partie d'icelle, l'honneur que nous luy portons, nous assujettissans à sa Loy; car c'est un hommage si)irituel qui se rend à luy comme souverain Roy, et ayant toute supériorité sur noz âmes. Fiance, l'asseurance de cœur que nous avons en luy par le bien cognoistre: quand luy attribuant toute sagesse, justice, bonté, vertu, vérité, nous estimons que nostre béatitude est de communiquer avec luy. Invocation, est le recours que nostre ame a à luy, comme à son espoir unique, quand elle est pressée de quelque nécessité. Action de grâces, est la recognoissance par laquelle la louange de tous biens luy est rendue. Comme Dieu ne peut souffrir qu'on transfère rien de cela ailleurs, aussi il \ eut que le tout luy soit rendu entièrement. Car il ne sufflroit point de nous abstenir de tout dieu estrange, sinon que nous nous reposions en luy: comme il yen a aucuns meschans, lesquels pensent estre leur plus court d'avoir en moquerie toutes religions. Au contraire, si nous voulons bien observer ce commandement, il faut que la vraye religion précède en nous, par laquelle noz âmes soyent attirées pour s'appliquer du tout à Dieu : et l'ayant cognu, soyent induites à honnorer sa majesté, à mettre leur fiance en luy, à requérir son aide, à recognoistre toutes ses grâces, et magnifier toutes ses œuvres : finalement, tendre à luy comme à leur but unique. Apres, que nous nous donnions garde de toute mauvaise superstition, à ce que noz âmes ne soyent transportées (;à et là à divers dieux. Or si en nous tenant à un seul Dieu, nous prenons nostre contentement en luy, réduisons aussi en mémoire ce qui a esté dit, qu'il nous faut chasser tous dieux controuvez, et qu'il n'est licite de couper par pièce le service que le vray Dieu se reserve : pource qu'il faut que sa gloire luy demeure, et (jue tout ce qui luy est propre réside en luy. Ce qu'il adjouste. Qu'on n'ait point d'autres dieux devant sa face, est pour aggraver tant plus le crime. Car ce n'est point peu de chose, que nous mettions en son lieu les idoles que nous aurons forgées, comme pour le despiter, et le provoquer à jalousie : tout ainsi que si une femme impudique, pour navrer davantage le cœur de son niary, devant ses yeux faisoit chère à son paillard. Or comme ainsi soit que Dieu par la présence de sa grâce et vertu qu'il monstroit, ait donné ample certitude qu'il regardoit son peuple esleu, pour le mieux divertir et retirer de tous erreurs, il prononce qu'il n'y peut avoir idolâtrie ne superstition de laquelle il ne soit tesmoin, puis qu'il habite au milieu de ceux qu'il a prins en sa garde. Car l'impiété se desborde en plus grande hardiesse, pource qu'elle pense tromper

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