‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 164 sur 703 · LE SECOND COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

LE SECOND COMMANDEMENT

Tu ne te feras point image taillée. ne semblance aucune des choses qui sont en haut au ciel, ne çà bas en la terre, n'es eaux dessous la terre. Tu ne les adoreras, ny honnoreras.

Comme il s'est declairé au prochain connnandement estre le seul Dieu outie lequel il n'en faut point avoir n'imaginer d'autre : ainsi il demonstre plus clairement quel il est, et comment il doit estre honnoré, afin que nous ne forgions nulle pensée charnelle de luy. La fin du précepte est. que Dieu ne veut point le droit honneur (jue nous luy devons estre profané par observations superstitieuses. Pourtant en somme, il nous veut revofiuer et retirer de toutes façons charnelles de faire, lesquelles nostre entendement controuve après qu'il a conceu Dieu selon sa rudesse : et consequemment il nous réduit au droit service (jui luy est deu, assavoir spirituel, et tel qu'il l'a institué. Or il marque le vice qui estoit le plus notable en cest endroit, c'est l'idolâtrie externe. Toutesfois le commandement a deux parties. La première reprime nostre témérité, à ce que ne présumions d'assujettir à nostre sens Dieu, qui est incompreliensible, ou de le représenter par aucune image. La seconde partie défend d'adorer aucunes images par manière de religion. Or il touche en bref les espèces d'idolâtries (|ue les Payens a\oyent. En disant. Les choses qui sont au ciel : il signifie le soleil, la lune et toutes les estoilles : possible aussi les oiseaux. Comme de fait au ipiatrieme cha]). du Dentoronome (4, l'i) exprimant son intention, il iionuiie tout cela. A quoy je ne me fusse point arresté, n'estoit pour corriger l'abus d'aucuns ignorans, qui interprètent ce passage des Anges. Pourtant je ne touche point a l'exposition des mots qui s'ensuyvent après, veu qu'ils sont assez patens. Et desja au jiremier livre nous avons assez evidemn)ent enseigné, que toutes les formes visibles de Dieu que l'homme controuve, répugnent du tout à la nature d'iceluy : par ainsi, si

tost qu'on met en avant quelque idole, que la vraye religion est corronq)ue et abastardie.

18. La menace (ju'il adjousle doit valoir à coiiiger nostre stupidité : c'est quand il dit.

Qu'il est l'Eternel nostre Dieu, ^^ Dieu jaloux, visitant l'iniquité des pères sur les enfans en la tierce et quatrième génération à ceux qui haysscnt son nom : et faisant miséricorde en mille générations à ceux qui l'aiment et gardent ses commandemens.

Ce qui est autant comme s'il disoil, qu'il est luy seul auquel il nous faut arrester. Et pour nous induire à cela, il nous monstre sa puissance, hupielle il ne peut soutlrir estre mesprisée ou amoindrie. 11 est vray que le nom d'EL, est icy mis, (jui signifie Dieu : mais jxturce (ju'il est ainsi appelle a cause de sa force, pour mieux exprimer le sens j'ay usé du mot de Fort, ou bien l'ay entrelacé en second lieu. Puis il se nomme Jaloux, pour signifier qu'il ne peut endurer compagnon. Tiercement il dénonce qu'il vengera sa majesté et sa gloire, si quelcun la transfère aux créatures ou aux idoles : et que ce ne sera point une simple vengeance qui passe de léger, mais qu'elle s'estendra sur les enfans, neveux et arriere-neveux, lesquels ensuyvront l'impiété de leurs prédécesseurs : comme dautrepart il promet sa miséricorde et libéralité en mille générations à ceux qui l'aimeront et garderont sa Loy. Ce n'est pas chose nouvelle au Seigneur, de prendre la personne d'un mary envers nous : car la conjonction par laquelle il nous conjoint à soy en nous recevant au sein de l'Eglise, est comme un mariage spirituel, le(iuel requiert mutuelle loyauté. Pourtant conuue en tout et par tout il fait l'office d'un fidèle mary, aussi de nostre part il ijemande (pie nous luy gardions amour et chasteté de mariage : c'est à dire, que noz âmes ne soyent point abandonnées au diable et aux concupiscences de la chair : qui est une espèce de paillardise. Pour hupiellc cause (|uand il reprend les Juifs de leur infidélité, il se complaind cpi'ils ont par leurs adultères violé la loy du mariage (Jer. :{; Osée "2}. Panjuoy connue un bon mary, d'autant qu'il est plus Ikiele et loyal, est d'autant plus coiToucé s'il voit sa femme décliner à (juelque paillard : en telle sorte le Seigneur, lequel nous a espousez en vérité, tesmoigne qu'il a une jalousie merveilleuse toutes fois et (juantes (|u'en mesprisant la chasteté de son mariage, nous nous contaminons de mauvaises concupiscences : et principalement quand nous transferons ailleiu:"s sa gloire, laquelle sur tou-

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