LIVRE II
tes cliosos luy doit ostrc conservée en son entier : uu bien que nous la polluons de (iuel(|ue superstition. Car en ce faisant, non seulement nous rompons la foy que nous luy avons donnée en mariaj^^e, mais aussi nous polluons nostre ame par paillardise.
19. Il faut voir que c'est (pi'il entend en la menace, quand il dit (pi'il visitera l'iiiicpiité des pères sur les enlans eu la tierce et (|uatrieme génération. Car outre ce ([ue cela ne conviendroit point à l'équité de la justice divine, de punir l'innocent pour la faute d'aulruy : le Seigneur mesme dénonce, qu'il ne soulirira que le fils porte rini(|uité du père (Ez. 18, 20). Et neantmoins ceste sentence est souvent répétée, (lue les péchez des pères seront punis en leurs enfans. Car Moyse parle souvent en ceste sorte : Seigneur, Seigneur, qui rétribues le loyer à l'iniquité des pères sur les enfans (Nomb. 14, 18). Pareillement Jcremie, Seigneur, qui fais miséricorde en mille générations, et rejettes rini(piité des pères au sein des enfans (.1er. 32, 18). Aucuns ne se pouvans despesclier de ceste difficulté, entendent cela des peines temporelles, lesquelles il n'est pas inconvénient que les enfans soutirent pour leurs pères, veu que souvent elles sont salutaires. Ce qui est bien vray : car Isaie denoncoit au Roy Ezecliias, (pi'à cause du peclié par luy commis, le royame seroit osté à ses enfans : et seroyent transportez en pais estrange (Is. :59. 7). Pareillement, les familles de Pharaon et Abimelecli ont esté affligées à cause de l'injure (pi'avoyent fait les maistres à Abraham : et plusieurs autres exemples semblables (Gen. 12, 17; 20, 3). Mais si par cela on veut soudre ceste question, c'est un subtei'fuge plustost ({u'une vraye exposition de ce lieu. Car le Seigneur dénonce icy une vengeance si grieve. ((u'elle ne se peut restreindre à la vie présente. Il faut donc ainsi prendre ceste sentence, (jue la malédiction de Dieu non seulement tombe sur la teste de l'inique, mais est espanduc sur tout son lignage. Quand cela est, (|ue peut-on attendre, sinon ([ue le pei'C estant délaissé de l'Esprit de Dieu, vive meschaunnent? Le fils estant aussi abandonné de Dieu pour le péché de son père, suyve un mesme train de perdition? Le neveu et les autres successeurs, estans exécrable lignée de meschans gens, aillent après en mesme ruine ?
2(>. Premièrement voyons si telles vengeances répugnent a la justice de Dieu. Or puis que tome la nature des houunes est danmable, il est certain (jue la ruine est appareillée a tous ceux ausquels le Seigneur ne communique point sa grâce : et neautmoins ils périssent par leur propre iniquité, et non point par quehpie haine inique de Dieu : et ne se peuvent plaindre de ce que Dieu ne les aide point île sa grâce en s;ilut comme les autres. Quand donc ceste punition
advient aux meschans pour leurs péchez, que leurs maisons par longues années sont privées de la grâce de Dieu : qui jtourra vitui)erer Dieu pour cela? Mais le Seigneur, dira quelcun, prononce au contraire, que l'enfant ne soulfrira point la peine pour le péché de son père (Ezech. 18, 20). Il nous faut noter ce qui est là traité. Les Israélites ayans esté longuement affligez de diverses calamitez, avoyent un proverbe commun, que leurs pères avoyent mangé du verjus, et que les dens des enfans en esloyent agacées. En quoy ils signifioyent que leurs parens avoyent connnis les fautes pour les(juelles ils enduroyent tant de maux sans les avoir méritez : et ce par une ire de Dieu trop rigoureuse, plustost que par une juste sévérité. Le Prophète leur dénonce qu'il n'est pas ainsi, mais qu'ils endurent pour leurs propres fautes : et qu'il ne convient pas à la justice de Dieu, que l'enfant juste et innocent soit puny pour les fautes do son père, ce qui n'est pas aussi dit en ce passage. Car si la Visitation dont il est icy parlé, est lors accomplie (juand le Seigneur retire de la maison des ini([ues sa grâce, la lumière de sa vérité et tous autres aides de salut : en ce que les enfans estans abandonnez de Dieu en aveuglement, suyvent le train de leurs prédécesseurs, en cela ils soustiennent la malédiction de Dieu pour les forfaits de leurs pères : ce (lu'apres il les lamit tant par calamitez temporelles, que par la mort éternelle, cela n'est point pour les péchez d'autruy, mais pour les leurs. 21. D'autre costé est donnée une promesse, que Dieu estendra sa miséricorde en mille générations sur ceux qui l'aimeront : laquelle est souventesfois mise en l'Escriture: et est insérée en l'alliance solennelle que Dieu fait avec son Eglise, Je seray ton Dieu, et le Dieu de ta lignée après toy (Gen. 17,7). Ce qu'a regardé Salomon, disant qu'après la mort des justes leurs enfans seront bien-heureux (Prov. 20, 7): non seulement à cause de la bonne nourriture et instruction, laquelle de sa part aide beaucoup à la félicité d'un homme, mais aussi pour ceste bénédiction que Dieu a promise à ses serviteurs, que sa grâce résidera éternellement en leurs familles. Ce qui apporte une singulière consolation aux fidèles, et doit bien estonner les iniques. Car si la mémoire tant de justice comme d'iniquité a telle vigueur envers Dieu après la mort de l'homme, que la bénédiction de la première, et la malédiction de la seconde s'estende jusques à la postérité : par plus forte raison ceiuy qui aura bien vcscu, seia bénit de Dieu sans lin, et celuy qui aura mal vescu, maudit. Or à cela ne contrevient point, que de la race des meschans aucunesfois il en sort de bons : et au contraire, de la race des fidèles, qu'il en sort de meschans : car le Législateur céleste n'a pas voulu icy establir une reigle perpétuelle, laquelle deroguast à