LE QUATRIEME COMMANDEMENT
Qu'il te souvienne de sanctifier le jour du repos. Tu besoigneras six jours, et feras toutes tes œuvres. Le septième est le repos du Seigneur ton Dieu. Tu ne feras aucune tienne œuvre, ne toy, ne ton fils, ne ta fille, ne ton serviteur, ne ta chambrière, ne ton bestail, ne l'estrangier qui est entre tes portes. Car en six jours, etc.
La fin du précepte est, qu'estans morts à nos propres affections et œuvres, nous méditions le royaume de Dieu : et qu'à ceste méditation nous nous exercions par les moyens qu'il a ordonnez : neantmoins pource qu'il a une considération particulière et distincte des autres, il requiert une exposition un peu diverse. Les anciens Docteurs ont coustume de le nommer Ombratile, pource qu'il contient observation externe du jour, laijuelle a esté abolie à l'advenement de Christ, comme les autres figures, ce qui est bien véritable : mais ils ne touchent la chose qu'à demi. Pourtant il ftiut prendre l'exposition
de plus haut, et considérer trois causes lesquelles sont contenues sous ce commandement. Car le Législateur céleste, sous le repos du septième jour a voulu figurer au peuple d'Israël le repos spirituel : c'est que les fidèles se doyvent reposer de leurs propres œuvres, afin de laisser besoigner Dieu en eux. Secondement, il a voulu qu'il y eust un jour arresté, auquel ils convinssent pour ouir la Loy, et user de ses cérémonies : au moins lequel ils dédiassent spécialement à considérer ses œuvres : afin d'estre incitez par cela à le mieux honnorer. Tiercement^ il a voulu donner un jour de repos aux serviteurs et gens de travail, qui sont sous la puissance d'autruy: afin d'avoir quelque relasche de leur labeur.
29. Toutesfois il nous est monstre en plusieurs passages, que ceste figure du repos spirituel a eu le principal lieu en ce précepte. Car Dieu n'a jamais requis plus estroitement fobeissance d'aucun précepte, que de cestuy cy. Quand il veut dénoter en ses Prophètes toute la religion estre destruite, il se conipleind que son Sabbath a esté pollué et violé, ou qu'il n'a pas esté bien gardé ne sanctifié : comme si en délaissant ce poinct, il ne restoit plus rien en quoy il peust estre honnoré. D'autre part, il magnifie grandement l'observation d'iceluy : pour laquelle cause les fidèles estimoyent par dessus tout, le bien qu'il leur avoit fait en leur révélant le Sabbath (Nomb. lo, 33; Ezeeh. 20, 12 ; 22, 8; 23, 38 ; Jer. 17, 21. 22. 27; Is. o6, 2). Car ainsi parlent les Lévites en Neliemiah : Tu as monstre à nos Pères ton sainct Sabbath, tes commandemens et cérémonies, et leur as donné la Loy par la main de Moyse (Neh. 9, 14). Nous voyons comment ils l'ont en singulière estime par dessus tous les autres préceptes : ce qui nous peut monstrer la dignité et excellence du Sabbath, laquelle est aussi clairement exposée par Moyse et Ezechiel. Car nous lisons ainsi en Exode, Observez mon Sabljath : pource que c'est un signe entre moy et vous en toutes voz générations, pour vous donner a cognoistre que je suis le Dieu qui vous sanctifie; gardez donc mon Sabbath : car il vous doit estre sainct. Que les enfans d'Israël le gardent et le célèbrent en leurs aages : car c'est une alliance perpétuelle, et im signe à toute éternité (Ex. 31. 13; 3o, 2). Cela est encore plus amplement dit d'Ezechiel ; toutesfois la somme de ses parolles revient là, que c'estoit un signe dont Israël devoit cognoistre que Dieu est sanctificateur (Ezech. 20,12). Or si nostre sanctification consiste au renoncement de nostre propre volonté, de là desja apparoit la similitude entre le signe externe et la chose intérieure. Il nous faut du tout reposer, afin que Dieu besoigne en nous : il nous faut céder de nostre volonté, resigner nostre cœur, renoncer et quitter toutes les cupiditez de nos-