‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 175 sur 703 · LE SIXIEME COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

LE SIXIEME COMMANDEMENT

Tu n'occiras point.

La fin est, d'autant que Dieu a conjoint en unité tout le genre humain, que le salut et la conservation de tous doit estre en recomman-

dation à un chacun. Parquoy en somme, toute violence et injure et nuisance, par laquelle le cori)s de nostre prochain est blessé, nous est interdite. De là nous faut venir au commandement : c'est que si nous pouvons quelque chose pour conserver la vie de nostre prochain, il nous y faut fidèlement employer tant en procurant les choses qui y appartiennent, qu'en obviant à tout ce qui y est contraire : pareillement s'ils sont en quelque danger ou perplexité, de leur aider et subvenir. Or s'il nous souvient que Dieu est le Législateur qui parle en cest endroit, il faut penser qu'il donne ceste reigle à nostre ame: car ce seroit chose ridicule que celuy qui contemple les pensées du cœur, et s'arreste principalement à icelles, n'instruysist à vraye justice que nostre corps: parquoy l'homicide du cœur est ici défendu, et nous est commandée l'affection intérieure de conserver la vie de nostre prochain, ('ar combien que la main enfante l'homicide, toutesfois le cœur le conçoit, quand il est entaché d'ire et de haine. Regarde si tu te peux coun'oucer à ton frère, que tu n'appetes de luy nuire : si tu ne te peux courroucer, aussi ne le peux-tu hair que tu n'ayes ce mesme désir, veu que haine n'est qu'ire enracinée, combien que tu dissimules et tasches par couvertures obliques d'eschapper, il est certain que haine et ire ne peuvent estre sans cupidité de mal faire. Si tu veux encore tergiverser, desja il a esté prononcé par le sainct Esprit, que tout homme qui hait son frère en son cœur, est homicide. Il est prononcé par la bouche de Christ, que celuy qui hait son frère, est coulpable de jugement: qui montre signe de courroux, est coulpable d'estre condamné par tout le Consistoire : quicon<jues luy dit injure, est coulpable de la géhenne du feu (1 .lean 3, io ; Matth. o, 22.

40. L'Escriture note deux raisons sur lesquelles est fondé ce précepte: c'est que l'homme est image de Dieu: i»uis aussi est nostre chair. Pourtant si nous ne voulons violer l'image de Dieu, nous ne devons faire aucune offense à nostre prochain : et si nous ne voulons renoncer toute humanité, nous le devons entretenir comme nostre propre chair. L'exhortation qui se peut tirer pour cela du bénéfice de la rédemption de Christ, sera traitée ailleurs : mais le Seigneur a voulu que nous considérions naturellement ces deux choses ja dites en l'homme, lesquelles nous induisent à luy bien faire: c'est qu'en un chacun nous rêverions son image, laquelle y est imprimée: et aimions nostre propre chair. Parquoy celui qui s'est abstenu d'effusion de sang, n'est pas pourtant innocent du crime d'homicide. Car quiconque ou commet par œuvre, ou s'efforce et estudie, ou conçoit en son cœur aucune chose contraire au bien de son prochain, est tenu de Dieu pour homicide. D'autrepart, sinon

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