LIVRE II
de la bonté de Dieu. S'il advient donc que quelque enfant bien obéissant à ses parens trespasse en sa jeunesse (comme souvent il advient) Dieu ne laisse pas de demeurer constant en sa promesse : mesmes ne l'accomplit pas moins que s'il donnoit cent arpens de terre à quelcun auquel il en auroit promis deux arpens. Le tout gist en cela, que la longue vie nous est icy promise entant qu'elle est bénédiction : davantage qu'elle est bénédiction de Dieu, entant qu'elle nous testifie sa grâce, laquelle il declaire cà ses serviteurs cent mille fois plus en la mort.
38. Au contraii-e. quand le Seigneur promet sa bénédiction en la vie présente à ceux qui se seront rendus obeissans à pères et à mères, semblablement il signifie que sa malédiction adviendra à tous ceux qui auront esté desobeissans et afin que son jugement soit exécuté, il ordonne en sa Loy qu'on en face justice : et s'ils eschapi»ent de la main ries hommes en quelque manière que ce soit, il en fera la vengeance. Car nous voyons de ceste manière de gens, combien il en meurt ou en guerres, ou en noises, ou en autre façon : tellement qu'on apperçoit que Dieu y besoigne, les faisant mourir malheureusement. Et si aucuns y en a qui eschappent juscjues à la vieillesse, veu qu'estans privez en ceste vie de la bénédiction de Dieu, ils ne font que languir, et pour l'advenir sont reservez à plus grand'peine, il s'en faut beaucoup qu'ils soyent participans de ceste promesse. Pour faire fin, il faut brièvement noter qu'il ne nous est point commandé d'obéir à nos parens sinon en Dieu (Ephes. 6,1): ce qui n'est point obscur par le fondement que nous avons mis: car ils président sur nous entant que Dieu les a eleus, leur communiquant (pielqae portion de son honneur. Pourtant la sujettion qui leur est rendue, doit estre comme un degré pour nous conduire à la révérence de luy, qui est le souverain Père : parquoy s'ils nous veulent faire transgresser sa Loy, ce n'est pas raison que nous les ayons pour pères, mais nous doyvent estre lors pour estrangiers ([ui nous veulent destourner de l'obéissance de nostre vray Père. Il faut avoir un mesme jugement de nos Princes, seigneurs et supérieurs : car ce seroit une chose trop desraisonnable, que leur prééminence vausist quehiue chose pour abbaisser la hautesse de Dieu, veu qu'elle en dépend : et la doit plustost augmenter, qu'amoindrir: confermer, que violer.