‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 177 sur 703 · U. LK SEPTIEME COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

U. LK SEPTIEME COMMANDEMENT

Tu ne paillarderas point.

I.a fin est, pource que Dieu aime pureté et chasteté, que toute inunondicité doit estre loin de nous. La somme donc sera, que nous ne soyons entjichez d'aucune souillure, ou intemjierance de la chair. A cpioy respond le précepte affirmatif: c'est que nostre vie en toutes ses parties soit reiglée à chasteté et continence. Or il defenil nommément i»aillardise, à laquelle tend toute incontinence: afin (|ue par la turpitude et deshonnesteté qui est en paillardise plus apparente et plus énorme, entant qu'elle deshonniire nostre corjis, il nous rende toute incontinence abominable: pource que l'iiounne a esté créé il ceste condition, de ne vivre point solitaire, mais avoir une aide sendjlable à soy : davantage, que jiar la malédiction du péché il a esté encores plus assujetty à ceste nécessité: d'autant qu'il estoit expédient, le Seigneur nous a donné remède en cest endroit, en instituant le mariage: lequel après l'avoir ord(Hiné de son authorité, l'a sanctifié de sa bénédiction. Donc il ajjpert que toute compagnie d'homme et de femme hors mariage est maudite devant luy: et que la compagnie de mariage nous est donnée pour remède de nostre nécessité, afin que nous ne laschions la bride à nostre concupiscence. Ne m tus tlattons point donc, quand nous oyons que l'homme ne peiu cohabiter avec la femme hors mariage sans la malédiction de Dieu.

M. Or comme ainsi soit que nous ayons doublement mestier de ce remède: assavoir tant pour la condition de nostre première nature, que pour le vice qui y est survenu, et (pie de cela iml ne soit excepté, sinon celuy a qui Dieu a fait particulièrement grâce, qu'un chacun reganle bien ce (jui luy est donné. Je confesse bien que virginité est une vertu qui n'est pas à mespriser : mais d'autant (lu'elle n'est pas donnée a chacun, et aux autres elle n'est donnée que pour un tenqis, ceux qui sont tormentez d'inconUnence et ne la peuvent surmonter, doyvent recourir au remède de mariage, afin de

garder chasteté selon le ilegré de leur vocation. f^r si ceux qui n'ont point receu un tel don O'enten de continence) ne subviennent à leur

fragilité par le remède qui leur est olîert et permis de Dieu, ils résistent à Dieu et à son ordonnance. Et ne faut que (luelcun objecte ici ce qu'ont accoustume plusieurs de faire, que par l'aide de Dieu il pourra toutes choses: car ceste aille n'est point donnée sinon à ceux qui cheminent en leurs voyes, c'est a dire en leur vocation: de lacjuelle se destournent tous ceux qui en delais.'^ans les moyens que Dieu leur baille, veulent par folle témérité surmonter leur nécessité (Ps. 91, 1. 14). Le Seigneur prononce que continence est un don singulier, lequel n'est point donné inditlVrenuaent a tout le corps de son Eglise, mais a bien peu de ses membres. Car il nous propose un certain genre d'hcmimes, lequel s'est chastré pour le royaume des deux: c'est à ilire pour vaquer plus librement a servir à la gloire de Dieu (Mattli. 19, 1:2). Et afin que nul ne pensast que cela fust en nostre vertu, il avoit auparavant dit que tous n'en sont point capables, mais tant seulement ceux ausquels il est donné du ciel. Dont il conclud que celuy qui en pourra user, en use. Sainct Paul enseigne le mesme plus clairement, quand il dit qu'un chacun a receu sa propre grâce de Dieu, l'un en une sorte, l'autre en l'autre (1 Cor. 7, 7).

i:i Puis donc que nous sommes si expressément advertis iiu'il n'est pas en la puissance d'un chacun de garder chasteté hors mariage, mesme qu'on y eust dévotion, et (]u'on s'eiïorçast de le faire : puis aussi rpi'il nous est dénoncé, que c'est une grâce spéciale de Dieu, laquelle il ne donne qu'à certaines personnes, à fin de les avoir plus promptes et plus à délivre a son service: ne combatons nous point contre Dieu et contre la nature qu'il a instituée, si nous n'accommodons nostre façon de vivre à la mesure de nostre faculté ? Dieu défend paillardise en ce commandement : il requiert donc de nous pureté et chasteté. Or le seul moyen de la garder est, qu'un chacun regarde sa i)ovreté : que nul ne mesprise le mariage comme inutile ou superfiu: que nul ne désire de s'en passer, sinon qu'il se puisse abstenir de femme: que nul ne regarde en cest endroit, ou son repos, ou sa tranquillité charnelle, mais qu'il cherche seulement d'estre mieux disposé a servir Dieu, estant depesché de tout lien (pii l'en puisse distraire. Davantage, pource (|ue plusieurs n'ont le don de continence: sinon pour un temps, comme nous avons dit. que celuy (|ui l'a. s'abstienne de se marier cependant qu'il s'en peut passer, et non plus. Si la force luy défaut pour domter et veincre la concupiscence de sa chair, qu'il entende par cela que Dieu luy impose nécessité de se marier: ce que demonstre l'apostre, quand il commande qu'un chacun pour éviter paillardise ait sa femme, et qu'une chacune femme ail son mari. Item, que celuy (jui ne se peut contenir, se marie en Dieu (1 Cor. 7, 2. 9). Pre-

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