LIVRE II
mierenicnt il signifie par cela, que la pluspart des hommes est sujette au vice d'incontinence : secondement, il n'en excepte nul de ceux qui y sont sujets, qu'il ne commande à tous de recourir à ce remède unique (ju'il propose pour obvier à impudicité. Parquoy, quiconciue ne se contient, s'il mesprise de remédier à son inlirmité par ce moyen, il pèche: mesme en ce (ju'il n'obtempère point à ce commandement de l'Apostre. Et ne faut pas que celuy qui se contient de paillarder actuellement, se tlatte comme s'il n'estoit point coulpable d'impudicité, si son cœur brusle de mauvaise concupiscence, (^ar sainct Paul defmit que la vraye chasteté contient pureté de l'ame, avec l'honnestcté du corps: Celle, dit-il, qui est hors mariage, pense à Dieu comment elle sera sainctc tic corps et d'esprit (1 Cor. 7, 34). Et pourtant (juand il aJjouste la raison pour confermer ceste sentence, que celuy qui ne se jieut contenir se doit marier: il ne dit pas seulement qu'il est meilleur de prendre une femme, que de souiller son corps avec une paillarde: mais qu'il est meilleur de se marier, que de brusier.
44. Maintenant si les gens mariez recognoissent que leur compagnie est bénite de Dieu, cela les doit admomiester de ne la point contaminer par intempérance dissolue. Car condjien que l'honnesteté du mariage couvre la honte d'incontinence, ce n'est pas à dire que c'en doyve estre une incitation. Pourtant ils ne doyvent pas penser que toutes choses leur soyent licites, mais un chacun se doit tenir sobrement avec sa fenune. et la femme mutuellement avec son mari; se gouvernans tellement qu'ils ne facent rien contraire h la saincteté du mariage. Car ainsi doit estre reiglée, et à telle modestie se doit réduire l'ordonnance de Dieu : et non pas se desborder en dissolution. Sainct Ambroise reprenant ceux qui abusent du mariage en intempérance lascive, use d'un mot assez dur, mais non [las sans ])ropos: c'est. (ju'il appelle ceux qui ne gardent nulle modestie ne honte. Paillards de leurs femmes. *' Finalement, il nous faut regarder quel Législateur c'est qui condamne paillardise : c'est assavoir celuy qui nous possède entièrement. El pourtant a bon droit requiert de nous intégrité, tant au corps qu'en l'ame et en l'esprit. Oiiand donc il défend de paillarder, il défend aussi, ou par habillemens inunodestes, ou par gestes et contenances impudi(pies, ou par vileines parolles tendre a induire les autres à mal. Car un Philosophe nommé Archelaus ne dit point sans raison à un jeune homme trop délicatement vestu, (lue c'estoit hAit un en (pielle partie du corps il monstrast son inq)udicité: cela, dis-je, a raison devant Dieu, Icfiuel a en abomination toute ordure, en ([uekjue partie qu'elle soit, ou de l'ame, ou du corps. Et à fm que nul ne doute
de cela, considérons que Dieu nous commando ici chasteté: s'il l'a commandée, il condamne tout ce (pii y contrarie. Parquoy si nous voulons obéir à ce commandement, il ne faut point que le cœur brusle intérieurement de mauvaise concupiscence, ou que le regard soit impudi(jue, ou que la face soit ornée comme pour maquerellages, ou que la langue par vileines parolles attire à paillardise, ou que la bouche par intempérance en donne matière : car tous ces vices sont comme macules par lesquelles chasteté et continence est entachée, et sa pureté est souillée.
4o. LE HUITIEME COMMANDEMENT.
Tu ne desrobberas point.
La fin est, pource que toute injustice est des- ])laisante à Dieu, que nous rendionsà un chacun ce (lui luy appartient. La somme donc sera, qu'il nous défend de tascher à attirer à nous les biens d'autruN : et pourtant nous commande de nous employer fidèlement à conserver le sien à un chacun. Car il nous faut estimer que ce qu'un chacun possède, ne luy est point advenu par cas fortuit, mais par la distribution de celuy qui est le sou^ eraiii maistre et Seigneui' tle tout : et a ceste raison qu'on ne peut frauder personne de ses richesses, que la dispensation de Dieu ne soit violée. Or il y a plusieurs espèces de larrecin : l'une gist en violence, quand par force et quasi par une manière de briganderie, on voile et pille le bien d'autruy : l'autre gist en fraude et malice, quand cauteleusement on apovrit son prochain, en le trompant et décevant : l'autre en une astuce encore plus couverte, cpiand sous couleur de droit ou prive (pielcan de ses biens : l'autre en flatterie, (juand par Ijelles parolles on attire a soy, ou sous tiltre de donation ou autrement, ce (pii devoit appartenir à un autre. Mais pour ne point trop nous arrester a raconter les genres divers, il nous faut brièvement noter que tous moyens dont nous usons pour nous enrichir au dommage d'autruy: (luand ils déclinent de la syncerité Chrestieune, laquelle doit estre gardée en dileetion, et se desvoyent à quelque obliquité d'astuce ou de toute autre nuisance, doyvent estre tenus pour larrcciiis. Car combien que ceux qui y procèdent en telle façon, souvente fois gagnent leur cause devant le Juge, neantmoins Dieu ne les a pour autres que larrons, car il voit les embusches que font de loin les fines gens pour attrapper les simples en leurs rets, il voit la rigueur des exactions que font les plus grans aux plus petits, pour les fouler : il voit combien sont venimeuses les tlatteries dont usent ceux qui veulent emmieller quelcun pour le tromper : lesquelles choses ne viennent point à la cognoissance des hommes.