CHAPITRE VIII
Davantage, la transgression de ce précepte ne gist pas seulement en cela, (inand on fait tort à quelcun en son argent, en marcliandiso ou possession : mais aussi en (luelque droit (pie ce soit; car nous fraudons nostre prochain de son bien, si nous liiy dénions les offices aus(piels nous luy sommes tenus. ParquoN si un receveur, ou métayer, ou fermier, au lieu de veiller sur le bien de son maistre. vit en oisiveté, sans se soucier de procurer le bien île celuy ((ui le nourrit: s'il dissipe mal ce qui luy est commis, ou en abuse en supertluité : si un serviteur se moque de son maistre, s'il divulgue ses secrets, s'il machine rien contre son bien ou sa renonunée, ou sa vie : si d'autrepart le maistre traite inhumainement sa famille, c'est larrecin devant Dieu. Car celui qui ne s'a(|uitte point envers les autres du devoir ([ue porte sa vocation, retient ce qui appartient à autruy.
iO. Nous obéirons donc au commandement, si est^ms contens de nostre condition nous ne taschons à faire gain, sinon qu'honneste et légitime : si nous n'appelons point lie nous enrichir, en faisant tort a nostre prochain: si nous ne machinons point de le destruire pour attirera nous son bien: si nous ne mettons point nostre estude à assembler richesses du sang ou de la sueur d'autruy : si nous n'attirons point de çà et de là, à tort et à travers tout ce qu'il est possible pour renqilir nostre avarice, ou despendre en supertluité : mais au contraire si nous avons tousjours ce but d'aider à un chacun tant que nous pouvons de nostre conseil et de nostre substance à conserver le sien, et s'il advient que nous ayons à faire avec meschans gens et trompeurs, que nous soyons prests plustost de quitter du nostre, (|ue de combatre avec eux par mesme malice : et non seulement cela, mais (juand nous verrons aucuns en povreté, nous communiipiions à leur indigence, et soulagions leur nécessité par nostre abonilance. Final ement qu'un chacun regarde en quoy il est oljligé du devoir de son office envers les autres, afin de s'acquiter loyaument. Par ceste raison, que le peuple porte honneur à ses supérieurs, se soumettant à eux de bon cœur, obeis.sant a leurs lois et commandemens, ne refusant rien (pi'il puisse faire sans offenser Dieu : J'autrejiart, que les supérieurs ayent soin et solicitude de gouveiner leur peuple, de conserver la paix par tout, défendre les bons, chastier les mauvais, et gouverner comme ayans à rendre conte de leur office a Dieu souverain Juge. Que les Ministres ecclésiastiques administrent fidèlement la pai'olle «le Dieu, ne corrompans point la doctrine de salut, mais conservans la pureté d'icelle. Et que non seulement ils instruisent le peuple en bonne doctrine, mais aussi en exemple de vie. Bref, (pi'ils président comme bons pasteurs sur les brebis : d'autrepart, ([uc le peuple les reçoyve pour messagiers et Apostres de
Dieu, leur rendant l'honneur que no.stre Seigneur leur attribue, et leur donnant il vivre. Que les parens s'employent à nourrir, instruire et gouverner leurs eufans, connue leur estans commis de Dieu, ne les traitans point trop rigoureusement pour leur faiic penii-e courage, mais les entretiennent en tlouceur et bénignité convenable à leur personne : comme il a esté dit, que nuituellement les enfans leur doyvent révérence et sujettion. Item, Que les jeunes portent honneur aux vieilles gens, connue nostre Seigneur a voulu cest aage-là estre honnorable : et aussi que les anci(Mis taschent de dn^sser les jeunes par leur prudence, ne les traitans point par trop grande rigueur, mais usans d'une gravité tempérée avec douceur et facilité. Que les serviteurs se rendent serviables a leurs maistres, et diligens à leur complaire et non point seulement à l'œil, mais aussi de cœur, comme servans à Dieu. Que les maistres aussi ne se rendent point trop difficiles et intraitables a leurs ser\ iteurs, les opprimans de trop grande rigueur, ou les traitans contumeiieusemeut : mais plustost (pi'ils les recognoissent pour frères et leurs con)paignons au service de Dieu, afin de les entretenir humainement. Qu'en ceste manière donc un chacun repute ce qu'il doit à ses prochains, en .son ordre et degré; et leur reuile ce ([u'il leur doit. Davantage il faut que tousjours nostre mémoire soit dressée au Législateur, afin (ju'il nous souvienne que ceste reigle n'est pas moins ordonnée à l'ame qu'au corps : à ce ([u'un chacun applique sa volonté à conserver et avancer le bien et utilité de tous honniies.