‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 189 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

l'a raconté (Jean 1, 18), n'exclud point ceux ([ui esloyent trespassez auparavant de rintelligence et clairté la(|uelle nous reluit en la personne de Jésus Christ: mais en acconiparant leur condition a la nostre, nous monstre (juc les mystères lesquels ils ont spéculé de loin eu ombres obscures, nous sont manifestez à veuc d'œil : comme l'autheur de lEpistre aux. Hei>rieux l'explique tresbien, c'est assavoir disant que Dieu a parlé jadis en plusieurs sortes et diverses manières par ses Prophètes : mais finalement en ces derniers temps par son Fils (He])r. 1, 1). Combien donques que ce Fils unique, lequel nous est aujourtlhuy la splendeur de la i^loire et vive pourtraicture de l'hypostase du Père, ait esté cognu anciennement des Juifs qui estoyent son peuple, comme nous avons ailleurs allégué de sainct Paul, (lu'il a esté le conducteur du peuple en la rédemption d'Egypte : toutesfois ce que dit le mesme Apostre est aussi bien vray, c'est que Dieu, qui a commandé que la clarté sortit des ténèbres, nous esclaire i)ar l'Evangile en noz cœurs, afm de nous faire contempler sa gloire en la face de Jésus Christ (2 Cor. 4, 6). Car quand il est apparu en ceste sienne image, il s'est fait aucunement visible, au pris de ce qu'il s'estoit monstre comme de loin et en obscureté. Et d'autant plus est vilaine et détestable l'ingratitude de ceux qui demeurent comme aveugles en plein midy. Et pourtant sainct Paul dit que leurs entendemens sont obtonebrez de Satan, pour ne point appercevoir la gloire de Christ laquelle luit en l'Evangile, sans qu'il y ait voile interposé pour empescher qu'elle ne soit toute patente.

2. Or je prend l'Evangile pour ceste claire manifestation de Jésus Christ, qui a esté délayée jusques à sa venue. Je confesse bien, entant que l'Evangile est nommé par sainct Paul Doctrine de foy (1 Tim. 4, 6), que toutes les promesses contenues en laLoy, de la remission des péchez, par laquelle les hommes sont reconciliez à Dieu, en sont estimées parties. Car sainct Paul oppose le mot de Foy à tous les tourmens, frayeurs et angoisses dont une povre ame est oppressée, cependant qu'elle cherche salut en ses œuvres : dont il s'ensuit qu'en prenant généralement le nom d'Evangile, tous les tesmoignages que Dieu a jamais donné de sa miséricorde et de sa favem' paternelle y sont compris : mais je dy qu'il est appliqué par dignité spéciale à la publication de grâce, telle que nous l'avons en Jésus Christ. Ce qui non seulement est receu par usage commun, mais est fondé en l'authorité de Jésus Christ et de ses Apostres. Pour laquelle raison cecy lui est attribué comme propre, d'avoir presché l'Evangile du royaume de Dieu (Matth. 4, 17 ; 9. 3o). Et sainct Marc use de ceste préface. S'ensuit l'Evangile de Jésus Christ (Marc 1, 1) : combien qu'il n'est ja besoin

d'amasser passages pom* prouver une chose si notoire. Jésus Christ donques à son advenement a produit et clairement mis en avant la vie et immortalité par l'Evangile. Ce sont les mots de sainct Paul [i Tim. 1, 10): aus(iuels il n'entend pas que les Pères ayent esté plongez en ténèbres de mort, jus(iues à ce que le Fils de Dieu eust vestu nostre chair : mais il reserve ce privelege d'honneur à l'Es^angile, que c'est une ambassade nouvelle et non accoustumée, par laquelle Dieu accomplit ce qu'il avoit promis, et nous représente évidemment la vérité de ses promesses. Car combien que les fidèles ayent tousjours expérimenté l'autre dire de sainct Paul estre véritable, c'est que toutes les promesses de Dieu sont Ouy et Amen en Jésus Christ (2 Cor. 1, 20), d'autant (lu'elles ont esté scellées en leurs cœurs : toutesfois pource qu"il a accompli toutes les parties de nostre salut en sa chair, c'est à bon droit qu'une telle monstre de la chose présente a son filtre nouveau et singulier selon sa dignité. A quoy tend la sentence de Jésus Christ, quand il dit, Vous verrez doresnavant les cieux ouvers, et les Anges de Dieu montans et descendans sur le Fils de l'homme (Jean 1, ol). Car condjien qu'il regarde à la vision (lui fut donnée au sainct Patriarche Jacob, de l'eschelle sur laquelle Dieu estoit assis, si est-ce qu'il veut magnifier par ceste marque combien sa venue est précieuse et désirable, c'est qu'elle nous a ouvert le royaume des cieux pour nous y faire entrer privément.

3. Toutesfois qu'on se garde bien de la resverie diabolique de Servet, lequel voulant exalter la grandeur de la grâce de Christ, ou bien faisant semblant d'y tendre, abolit du tout les promesses, comme si elles avoyent pris fin avec les figures. Il prétend ceste couverture, que par l'Evangile l'accomplissement des promesses nous est apporté, comme s'il n'y avoit nulle distinction entre Jésus Christ et nous. J'ay nagueres adverty que (Christ n'a rien obmis ne laissé derrière de tout ce qui estoit requis à la somme de nostre salut: mais c'est trop sottement argué, de dire que nous jouyssons desja des biens qu'il nous a acquis : comme si ce que dit sainct Paul estoit faux, que nostre salut est caché sous espérance (Rom. 8, 24). Je confesse bien qu'en croyant en Jésus Christ nous passons de mort à vie : mais il nous faut aussi de nostre costé retenir la sentence de sainct Jean (1 Jean 3, 2): combien que nous sachions que nous sommes enfans de Dieu, toutesfois qu"il n'est pas encore apparu, jusques à ce que nous soyons faits semblables cà luy, assavoir, quand nous le verrons face à face tel qu'il est. Combien donc (jue Jésus Christ nous présente en l'Evangile une vraye et droite plénitude de tous biens spirituels, toutesfois la jouyssance en est encore cachée sous la garde et comme sous le cachet

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