CHAPITRE IX
d'espoir, jusques à ce qu'estans devestus de nostre chair corruptible, nous soyons transfigurez en la gloire île celuy (jui nous précède en ordre. Cependant le sainct Esprit nous commamle île nous reposer sur les promesses : l'authorité duquel doit bien rabattre tous les abbays de ce chien niastin. Car comme dit sainct Paul, la crainte de Dieu a les promesses tant de la vie présente que île la vie à venir : pour huiuelle raison il se glorifie d'estre Apostre de Christ selon la promesse de vie qui est en luy (1 Tini, 4. 8: 2 Tim. 1, 1). Kt ailleurs il remonstre que nous avons les mesmes promesses (jui anciennement ont esté données aux saincts Pères (2 Cor. 7, 1). Bref, il constitue la somme de nostre salut en cecy, c'est que nous sommes scellez de l'Esprit de promesse : comme de fait nous ne possédons point Jésus Christ, sinon entant que nous le recevons et embrassons, estans revestus des promesses de l'Evangile. De là se fait qu'il habite en noz cœurs, et neantmoins nous sommes eslongnez de lui comme pèlerins, d'autant (pie nous cheminons eu foy et non pas par veue (2 Cor. o, 7). Et ces deux articles s'accordent bien : c'est que nous possédons en .lesus Christ tout ce qui api)artient à la perfection de la vie céleste, et neantmoins que la foy est une vision des choses qui ne se voyent point (Hebr. 11, 1). Seulement il est à notter que la diversité de la Loy et de l'Evangile gist en la nature ou qualité des promesses , poiu-ce que l'Evangile nous monstre au doigt ce qui a esté anciennement figuré sous ombres obscures.
4. Par mesme moyen est aussi conveincu l'erreur de ceux qui en opposant la Loy à l'Evangile, n'ont autre regard qu'à la diversité qui est entre les mérites des œuvres et la bonté gratuite de Dieu par laquelle nous sommes justifiez. Je confesse bien (jue telle comi)araison ne tloit point estre rejettée, pource que sainct Paul souvent par le nom de la Loy entend la reigle de bien vivre que Dieu nous a baillée, et par laquelle il requiert et exige ce que nous luy devons, ne nous donnant nul espoir de salut, si nous ne luy obeyssons en tout et par tout : et au contraire, nous menassant de malédiction, si nous défaillons tant peu que ce soit. Il suit ce stile voulant enseigner que nous ne plaisons a Dieu que de sa pure bonté, entant iju'il nous repute justes nous pardonnant noz fautes, pource qu'autrement l'observation de la Loy, à laquelle le loyer est promis, ne se trouveroit en homme vivant. Par(iuoy sainct Paul use dune façon de parler bien propre, faisant la justice de la Loy et de l'Evangile contraires lune à l'autre. Mais l'Evangile n'est point tellement succédé a toute la Loy, qu'il ait apporté une façon pleinement diverse de nous sauver : mais plustost pour asseurer et ratifier ce qui estoit la promis, et conjoindre le corps avec les
ombres. Car Jésus Christ en disant que la Loy et les Prophètes ont esté jusques à Jean (Mattli. il, 12; Luc K), 16), n'entend pas que les Pères soyent demourez plongez en la malédiction, laquelle tous ceux (pii sont serfs de la Loy ne peuvent eschapi)er : mais qu'ils ont esté entretenus sous les rudimens, et ne sont point montez jus(|ues à une instruction si haute comme elle est comprise en l'Evangile. Partjuoy sainct Paul appellant l'Evangile, La puissance de Dieu en salut a tous croyans, adjouste qu'il a tesmoignage de la Loy et des Prophètes (Uom. 1, 16). Et en la fin de la mesme Epistre, combien qu'il dise que c'est la publication du secret qui aA oit esté caché de tout temps : pour mieux liquider son sens, il adjouste que ce mystère a esté manifesté par les Ecritures des Prophètes. Dont nous avons a recueillir, (|uand il est fait mention de toute la Loy, que l'Evangile ne diffère d'icelle sinon au regard de la manifestation plus grande. Au reste, d'autant que Jésus Christ nous a desjjloyé une affluence inestimable de grâce, non sans cause il est dit ipi'à sa venue le royaume céleste de Dieu a esté dressé en terre.
o. Or Jean Baptiste a esté interposé entre la Loy et l'Evangile, ayant comme une charge moyenne et prochaine de l'une et de l'autre, (^ar combien fju'en nommant Jésus Christ l'Agneau de Dieu et sacrifice pour elïacer les péchez et nettoyer toutes macules, il ait compris la somme de l'Evangile, toutesfois pource qu'il n'a point expli(|ué ceste gloire et vertu incomparable (jui s'est monstrée en la résurrection de Christ, voila pourquoy il est fait inférieur aux Apostres. Car c'est ce qu'emportent les mots de Jésus Christ, combien qu'entre tous ceux qui sont nais de femme Jean Baptiste soit le plus grand, que toutesfois celuy (jui est moindre au royaume des cieux, est plus excellent que luy (Matth. 11, 11). Car il n'est point là question de priser les personnes : mais après avoir proféré Jean à tous les Prophètes, il exalte l'Evangile en degré souverain, et le nonune à sa façon commune. Royaume des cieux. Quant à ce ([ue Jean respondit aux messagiers des Scribes, qu'il n'estoit seulement (ju'une voix (Jean 1, 23), comme se mettant au dessous des Prophètes: ce n'estoit point par humilité feinte, mais il entendoit que Dieu ne luy avoit point commis quel(iue message particulier, mais seulement qu'il faisoit office de héraut, pour faire place au grand l\oy. et préparer le peuple à le recevoir : selon qu'il avoit esté prédit par Malachie, Voicy, j'envoye EUe mon Prophète devant que le grand jour du Seigneur et terrible vienne (Mal. 4, o; 3, 2:5). Et de fait, en tout le com's de sa prédication il n'a fait autre chose que d'apprester des disciples à Christ, comme il prouve par Isaie que ceste charge luy a esté commise