VI PRÉFACE
Il n'a i.oint j)arLi de traduction, en notre langue, de Tédition de 1536 ('). La i)rcmière édition française fut faite sur l'édition latine de 1539, et fut publiée en 1541 à Strasbourg, où était alors Calvin. Elle portait ce titre: a Institution de la religion Chrestienne composée en latin par Jean Calvin et translatée en françois par luy mesme. »
L'auteur dit dans la préface : « Voyant donc que c'estoit une chose tant nécessaire que d'ayder en ceste façon ceux qui désirent d'estre instruicts en la doctrine du salut, je me suis efforcé, selon la faculté que le Seigneur m'a donnée, de m'employer à ce faire : et à ceste fin j'ay composé ce présent livre. Et premièrement l'ay mis en latin, à ce qu'il peust servir à toutes gens d'estude, de quelques nations qu'ils feussent : puis après désirant de communiquer ce qui en povoit venir de fruict à nostre nation Françoise, l'ay aussi translaté en nostre langue.»
La dernière édition française que Calvin ait lui-môme revue et soignée (mais, on a lieu de le croire, en partie seulement), est celle de Genève 1560. L'ouvrage a donc eu trois rédactions principales en latin et deux en français (^).
L'Institution de la religion chrétienne est considérée ajuste titre comme le chef-d'œuvre de Calvin. Elle le met à la première place, non seulement parmi les théologiens de la Réforme, mais encore parmi les théologiens du seizième siècle en général. Parlant de cet ouvrage, le Hongrois Paul Thurius, est même allé jusqu'à dire :
Prœter apostolicas post Christi tempora chartas Huic peperere libro sa'cula niiUa parein.
(( Si l'on excepte les écrits apostoliques, aucun siècle, depuis le temps du Christ, n'a produit de livre égal à celui-là. »
Voilà pour le fond. Par la forme, on est en présence d'un des grands classiques de la langue Irançaise du seizième siècle. Le littérateur français Paul Lacroix, plus connu sous le surnom de « bibliophile Jacob, » dit: «Le style de Calvin est un des plus grands styles du seizième siècle : simple, correct, élégant, clair, ingénieux, animé, varié de formes et de tons, il a commencé à fixer la langue française pour la prose, comme celui de Clément Marot l'avait fait pour les vers (^). »
(') ILVient d'en paraître une traduction allemande sous ce titre: Joli. Calvin's christliche Glaubenslehre nach der altesten Ausgabe vom Jahre 1586 zum erstenmal in's Deutsche ûbersetzt, von Bernhard Spiess. Wiesbaden (Chr. Limbarth), 1887, 1 vol. 8".
(-) Ces diverses rédactions ont été reproduites par MM. Baum, Cunitz et Keuss dans leur magnifique édition des œuvres de Calvin, dont le premier volume a paru à Brunswick en 1863. Faisons des vœux pour que cette grandiose publication, digne du réformateur, puisse être menée à bonne fin.
(*) Voir page V des « Œuvres françoises de J. Calvin», recueillies pour la première fois, précédées de sa vie par Théodore de Bèze et d'une notice bibliograpliique par P.-L. Jacob, bibliophile. Paris (Charles Gosselin), 1842, 1 voL in-12. Il va sans dire que ce volume ne contient qu'un choix des œuvres françaises de Calvin.