‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 200 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Or entant que j'ay peu observer en considérant diligemment l'Eseriture, il y en a quatre, ausquellcs si quelcun veut adjouster la cinquième, je ne contrediray point. Je me fay fort de monstrer qu'elles appartiennent toutes, et se do\^'ent référer à la manière diverse que Dieu a tenue en dispensant sa doctrine, plustost qu a la substance. Ainsi, il n'y aura nul empescbement que les promesses du vieil et nouveau Testament ne demeurent semblables : et que Cbrist ne soit tenu pour fondement unique des uns et des autres. La première différence donc sera telle : Combien que Dieu ait voulu tousjours que son peuple eslevast son entendement en l'héritage céleste, et y eust son cœur arresté, toutesfois pour le mieux entretenir en espérance des choses invisibles, il les luy faisoit contempler sous ses bénéfices terriens, et quasi luy en donnoit quelque goust. Maintenant ayant plus clairement révélé la grâce de la vie future par l'Evangile, il guide et conduit nos entendemens tout droit à la méditation d'icelle, sans nous exerciter aux choses inférieures, comme il faisoit les Israélites. Ceux qui ne considèrent point ce conseil de Dieu, pensent que le peuple ancien n'ait jamais monté plus haut, que d'attendre ce (jui appartenoit à l'aise du corps. Ils voyent que la terre de Canaan est tant souvent nommée, comme le souverain loyer pour rémunérer ceux qui observeroyent la loi de Dieu: d'autrepart ils voyent que Dieu ne fait point de plus grieves menaces aux .luifs, que de les exterminer de la terre qu'il leur avoit donnée, et les espandre en nations estrauges. Ils voyent finalement que les bénédictions et malédictions que recite Moyse reviennent quasi toutes à ce but : de la ils concluent sans aucune doute, que Dieu avoit segregé les Juifs des autres peuples, non pas pour leur profit, mais pour le nostre, afin que l'église Chrestienne eust une image extérieure, en laquelle elle peust contempler les choses spirituelles. Mais comme ainsi soit que l'Escriture demonstre que Dieu par toutes les [iromesses terriennes (ju'il leur faisoit, les a voulu conduire comme par la main en l'espérance de ses grâces célestes: de ne considérer point ce moyen, c'est une trop grande rudesse, voir mesme bcstise. Voila donc le poinct que nous avons cà debatre contre ceste manière de gens : c'est qu'ils disent que la terre de Canaan ayant esté estimée du peuple d'Israël pour sa l)eatitude souveraine, nous figure nostre héritage céleste. Nous maintenons au contraire, (}u'en ceste possession terrienne dont il jouissoit, il a contemplé l'héritage futur qui luy estoit préparé au ciel.

2. Cela sera mieux esclaircy par la similitude que met sainct Paul en l'Epistre aux Galates. Il compare le peuple des Juifs à un héritier qui est encore petit enfant, lequel n'estant point capable de se gouverner, est sous la main de son

tuteur, ou de son pédagogue (Gai. 4, 1). Il est bien vray qu'il traite la principalement des cérémonies : mais cela n'empesche pas que nous n'appliquions ceste sentence a nostre propos. Nous voyons donc qu'un mesme héritage leur a esté assigné comme à nous: mais qu'ils n'ont pas esté capables d'en jouir pleinement.il y a eu une mesme Eglise entre eux, que la nostre : mais elle estoit cncores comme en aage puérile. Pourtant le Seigneur les a entretenus en ceste pédagogie : c'est de ne leur donner point clairement les promesses spiritucfies, mais de leur en présenter plustost quehjue image et figure sous les promesses terriennes.Voulant donc recevoir Abraham, Isaac et Jacol), et toute leur race en l'espérance de l'immortalité, il leur promettoit la terre de Canaan en héritage : non pas afin que leur affection s'arrestast là, mais plustost afin que par le regard d'icelle, ils se confermassent en certain espoir du vray héritage qui ne leur apparoissoit point encore, et afin qu'ils ne s'abusassent point, il leur adjoustoit aussi une promesse plus haute, laquelle leur testifloit que ce n'estoit pas Là le souverain et principal bien qu'il leiu" vouloit faire. Ainsi Abraham en recevant ceste promesse de posséder la terre de Canaan, ne s'amuse point à ce qu'il voit, mais est eslevé en haut par la promesse conjointe, entant qu'il luy est dit, Abraham, je suis ton protecteur, et ton loyer très ample (Gen. 15, 1). Nous voyons que la fin de son loyer luy est située en Dieu, afin qu'il n'attende point un loyer transitoire de ce monde, mais incorruptible au ciel. Nous voyons que la possession de la terre de Canaan luy est promise, non à autre condition, sinon afin qu'elle luy soit une marque de la benevolence de Dieu, et figure de l'héritage céleste. Et de fait, il appert parles sentences des fidèles, qu'ils ont eu un tel sentiment. Eu telle manière David estoit incité des- bénédictions temporelles de Dieu, cà méditer sa grâce souveraine, quand il disoit, Mon cœur et mon corps languissent du désir de te voir, Seigneur. Le Seigneur est mon héritage à jamais. Item, Le Seigneur est ma portion héréditaire, et tout mon bien. Item, J'ay crié au Seigneur, disant, Tu es mon espoir et mon héritage en la terre des vivans (Ps. 84, 3; 73, 26; 16, o; 142, 6). Certes tous ceux qui osent ainsi parler, monstrent qu'ils outrepassent ce monde et toutes choses présentes. Neantmoins les Prophètes le plus souvent descrivent la béatitude du siècle futur sous l'image et figure qu'ils enavoyent receu de Dieu. Selon laquelle forme il nous faut entendre ces sentences, où il est dit, Que les justes posséderont la terre en héritage, et les iniques en seront exterminez. Jérusalem abondera en richesses, et Sion en affiuence de tous biens (Ps. 37,9; Job 18, 17;Prov. 2,21. 22; souvent en Isaie). Nous entendons bien que cela ne compete

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