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CHAPITRE XI

point à ceste vie mortelle, qui est comme un pelerinajre, et ne con\ enoit pas à la cité terrestre (le Jérusalem : mais il convient au vraypays des fidèles, et à la cité céleste, en laquelle Dieu a prépare bénédiction et vie h tousjours (Ps. 132. 13— lo; 133,3).

3. C'est la raison pourquoy les saincts au vieil TesUament ont plus estimé ceste vie mortelle ([ue nous ne devons aujourdhuy taire. Car combien (ju'ils co!,^neussent très-bien qu'ils ne se devoyent point arrester à icelle, comme a leur dernier but : neantmoins pource (ju'ils reputoyent d'autrepart q\ie Dieu leur liguroit en icelle sa grâce, pour les conlermer en espoir selon leur petitesse, ils y avoyeut plus grande atlection que s'ils l'eussent considérée en ellemesme. Or comme le Seigneur en testifiant sa benev(jlence envers les fidèles, par bénéfices terriens leur figuroit la béatitude spirituelle à laiiuelle ils devoyent tendre, aussi d'autrepart, les peines corporelles qu'il envoyoit sur les malfaiteurs estoyent enseignes de son jugement futur sur les reprouvez. Par(iuoy comme les bénéfices de Dieu estoyent lors plus manifestes en choses temporelles, aussi estoyent les vengeances. Les ignorans ne considerans point ceste similitude et convenance entre les peines et rémunérations ({ui ont esté de ce temps-là, s'esmerveillent cdminent il y a une telle variété en Dieu: c'est puis qu'il a esté si prompt et subit anciennement à se venger rigoureusement des hommes, incontinent qu'ils l'avoyent otïen-. se: commenta présent, comme ayant modéré sa colère, il punist plus doucement et peu souvent. Et peu s'en faut que pour cela ils n'imaginent divers dieux du vieil et nouveau Testament: ce que mesme est devenu aux Manichéens. Mais il nous sera aisé de nous délivrer de tous ces scrupules, si nous pensons à la dispensation de Dieu, (jue nous avons notée : assavoir que pour le temps au(iuel il bailloit son alliance au peuple d'Israël aucunement enveloppée, il a voulu signifier et figurer d"une part la béatitude éternelle, qu"il leur promettoit sous ces bénéfices terriens : et de l'autre l'horrible damnati(jn que devoyent attendre les iniques sous peines corporelles.

4. La seconde différence du vieil et nouveau Testament gist aux figures. C'est que le vieil Testament, du temps que la vérité estoit encore absente la representoit par images, et a eu l'ombre au lieu du corps. Le Nouveau contient la vérité présente et la substance : et à icelle se doyvent réduire quasi tous les passages, ausquels le vieil Testament est opposé au Nouveau par comparaison : combien qu'il n'y ait point de passages où cela soit plus amplement traité qu'en l'Epistre aux Hebrieux. L'Apostre dispute là contre ceux qui pensoyent toute la reUgion estre ruinée, si on abolissoit les cérémonies de

Moyse. Pour réfuter cest erreur, il prend en premier lieu ce qui avoit esté dit par le Prophète touchant la sacrilicature de Jésus Christ. Car puis (jue le Père l'a constitué Sacrificateur éternel (Ps. 110, 1), il est certain (pie la sacrilicature Leviti(iue est ostée, en laquelle les uns succedoyent aux autres. Or que ceste prestrise nouvelle soit plus excellente (jue l'autre, il le prouve, entant qu'elle est establie par serment. Il aiJjouste puis après, que quand la prestrise a esté ainsi transférée, il y a eu translation d'alliance. Davantage, il remonstre que cela aussi estoit nécessaire, veu qu'il y avoit telle imbécillité en la Loy, ([u'elle ne pouvoit mener à perfection (Hebr. 7, 18. 19). Conse(pi('mment il poursuit quelle estoit ceste imbécillité, c'est pource qu'elle avoit des justices extérieures, lesquelles ne pouvoyent rendre leurs observateurs parfaits selon la conscience : veu fjue le sang des bestes brutes ne peut pas etî'acer les péchez, n'acquérir vraye saincteté (Hebr. 9, 9). Il conclud donc qu'il y a eu en la Loy une ombre des biens futurs, non pas une vive présence, laquelle nous est donnée en l'Evangile (Hebr. 10, 1). Nous avons icy a considérer en quel endroit c'est qu'il confère l'alliance Légale avec l'alliance Evangeliiiue : l'offlce de Moyse avec celuy de Christ. Car si ceste comparaison se rapportoit à la substance des promesses, il y auroit une grande répugnance entre les deux Testamens: mais puis que nous voyons que l'Apostre tend ailleurs, il nous faut suyvre son intention pour bien trouver la vérité. ^lettons donc au milieu l'alliance de Dieu, laquelle il a une fois faite pour avoir sa durée à tousjours. L'accomplissement auquel elle est ratifiée et confermée, c'est Jésus Christ: cependant (ju'il le falloit attendre, le Seigneur a ordonné par M(3yse des cérémonies lesquelles en fussent signes et représentations. Cela donc estoit en controversie : assavoir s'il faUoit que les cérémonies commandées en la Loy cessassent pour donner lieu a Jésus Christ. Or combien qu'elles ne tussent (|u'accidens ou accessoires du vieil Testament : toutesfois pource qu'elles esto\ent instrumens jiar lesquels Dieu entretenoit son peuple en la docUine d'iceluy, elles en portent le nom : comme l'Escriture a coustume d'attribuer aux Sacremens le nom des choses qu'ils représentent. Panjuoy en somme le vieil Testament est icy nommé la manière solennelle dont le Testament du Seigneur estoit confermé aux Juifs. la(iuelle estoit comprinse en sacrifices et autres cérémonies. Pource qu'en icelles il n'y a rien de ferme ne solide, si on ne passe outre, l'Apostre maintient (ju'elles devoyent avoir fin et estre abroguées pour céder a Jésus Christ, lequel est pleige et Médiateur d'une meillem-e alliance (Hebr. 7, 22): par lequel éternelle sanctification a une fois esté acquise

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