‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 215 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

toutes les généalogies que recite l'Escriture. Souvent elle fait mention des hommes : estce à dire que les femmes ne soyent rien? Or les petis enfans peuvent juger qu'elles sont comprinses sous les hommes. Pour ceste raison il est dit quelques fois, que les femmes enfantent à leurs maris : pource que le nom de la famille demeure tousjours vers les masles. Au reste, comme Dieu a donné ce privilège aux hommes pour la dignité de leur sexe, que selon la condition des pères les enfans soyent tenus pour nobles ou vileins, à l'opposite les lois civiles ordonnent que l'enfant, quant a la servitude, suyve la condition de la mère, connue un fruit provenant d'elle : dont il s"(>nsuit (|ue ce qu'elles portent est procrée en partie de leur semence. Et aussi c'est un langage recea de tous temps et entre tous peuples, que les mères soyent appellées génitrices. A quoy aussi s'accorde la Loy de Dieu, laquelle sans raison defendroit le mariage de l'onde avec la fille de sa sœur, veu qu'il n'y auroit autrement nulle consanguinité. II seroit aussi licite ;i un homme de prendre à femme sa sœur, fille seulement de sa mère : veu qu'elle ne luy seroit point parente. Je confesse hien que les femmes, quant à la génération, sont comme instrumens passifs : mais je dy que ce qui est prononcé des hommes, leur est aussi bien attribué, car il n'est pas dit que Jésus Christ soit fait par la femme, mais de la femme (Gai. 4, 4). Aucuns de ces hérétiques sont si vilains, que d'interroguer si c'est chose décente, que .lesus Christ ait esté procréé d'une semence qui est sujette au mal qui advient aux femmes : en quoy on voit qu'ils ont perdu toute honte. Je respon simplement en un mot, ([u'ils seront contraints de confesser, quoy qu'il en soit, que Jésus (Christ a esté nourry au sang de la Vierge, à quelque povreté qu'il fust sujet. Ainsi la question ipi'ils esmeuvent leur est contraire. On peut domjues droitement et à bonne raison conclurre des paroUes de saiiict Matthieu, puis (pie Jésus Christ est engendré de Marie, qu'il est créé et formé de sa semence : comme (piand il est dit que Booz est engendré de Rahab, une semblable génération est signifiée (Matth. 1, o. 16). Et de fait sainct Matthieu n'entend pas de faire seulement de la vierge un canal, par- lequel Jésus Christ soit passé : mais il discerne cest ordre admirable et incompréhensible d'engendrer, de celuy qui est vulgaire en nature, en ce que Jésus Christ par le moyen d'une vierge a esté engendré de la race de David. Car il est dit que Jésus Christ a esté engendré de la mère en mesme sens et selon une mesme raison qu'il est dit qu'Isaac a esté engendré d'Abraham, Salomon de David, et Joseph de Jacob. Car l'Evangeliste déduit tellement le fil de son texte, qu'en voulant prouver que Jésus Christ a eu son origine de David, il se con-

tente de ceste raison, qu'il a esté engendré de Marie. Dont il s'ensuit qu'il prenoit ce poinct pour résolu, que Marie estoit parente de Joseph, et par conséquent de la race de David.

4. Les absurditez qu'ils mettent en avant contre nous, sont pleines de calomnies puériles. Ils estiment que ce seroit grand opprobre à Jésus Christ d'estre sorty de la race dés hommes, pource ([u'il ne pourroit pas estre exempté de la loy commune, laquelle enclost sans exception toute la lignée d'Adam sous péché. Mais la comparaison que fait sainct Paul soud tresbien ceste difficulté : c'est que comme par un homme le péché est entré au monde, et par le péché la mort : aussi par la justice d'un homme la grâce a abondé (Rom. o, 12). A quoy respond l'autre passage, que le premier Adam a esté terrestre de terre, et en ame vivante (1 Cor. 13, 47) : le second est céleste du ciel, et en esprit vivifiant. Parquoy le mesme Apostre disant que Jésus Christ a esté envoyé en similitude de cliaii' pécheresse pour satisfaire à la loy, le sépare notanuuent du reng commun à ce qu'estant vray honuue il soit sans vice ne macule (Rom. 8, 3). Ils se monstrent aussi fort badins, en arguant que si Jésus Christ est pur de toute corruption, en ce qu'il a esté engendré par l'opération miraculeuse du sainct Esprit, de la semence de la vierge, qu'il s'ensuyvroit que la semence des femmes n'est pas impure, mais seulement celle des hommes. Car nous ne disons pas que Jésus Christ est exempt de toute tache et contagion originelle, pource qu'il a esté engendré de sa mère sans compagnie d'homme : mais pource qu'il a este sanctifié du sainct Esprit, afin que sa génération fust entière et sans macule, comme devant la cheute d'Adam. Bref, cela nous demeure tousjours arresté, que toutes fois et (juantes que l'Escriture nous parle de la pureté de Jésus Christ, cela se raporte à sa nature humaine : pource qu'il seroit superflu de dire que Dieu est parfait et sans macule. La sanctification aussi de laquelle il parle en sainct Jean, n'a point de lieu en sa divinité. Ce qu'ils répliquent, que nous faisons donc double semence d'Adam, si Jésus Christ, qui en est descendu, n'a eu en soi nulle contagion, est de nulle valeur. Car la génération de l'homme n'est pas immonde ne vitieuse de soy, mais la corruption y est survenue d'accident par la cheute et ruine. Parquoy il ne se faut esbahir si Jésus Christ, par lequel l'intégrité devoit estre restituée, a esté séparé du reng commun pour n'estre point enveloppé en la condemnalion. Ils usent aussi d'une gaudisserie, en laquelle ils monstrent qu'ils n'ont ne crainte de Dieu ny honnesteté : c'est que si le Fils de Dieu a vestu nostre chair, il aiu'oit esté enserré en une bien petite loge. Car combien qu'il ait uny son essence infinie avec nostre nature, toutes-

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