‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 214 sur 703 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

se doyve rapporter a la inesine nature que le Fils (le Dieu a coimmine avec nous, il a|tpertpar ce (lu'il adjouste incontinent : assavoir (ju'il n'a point lie honte île nous appeler Frères (Helir. 2, 11). Car si auparavant il eust dit que les. lidcles sont de Dieu. Jésus Christ n'auroit nulle occasion d'avoir honte en nous acct'ptant : mais pource que selon sa f;race infinie il s'acconipaj^ne avec nous, (pii sonunes lias et conteinpîibles, voila pounjuoy il est dit qu'il n'en a point honte. C'est en vain ((ue les adversaires répliquent que par ce moyen les incrédules seroyent frères de Jésus Christ : veu que nous savons (jue les enfans ik' Dieu ne sont point nais de chair et de sang, mais du sainct lîsprit par loy. Pourtant la seule chair ne t'ait point une conjonction fraternelle. Or condùen (pie l'Apostre face cest honneur aux fidèles tant seulement, d'estre d'une substance avec Jésus Christ, il ne s'ensuit j)as que les incrédules n'ayent une luesme origine de chair, connue quand nous disons que Jésus Christ a estt; fait homme pour nous faire enfans de Dieu, cela ne s'estend pas a tout chacun : car la foy doit entreveuir au milieu, pour nous entei' spirituellement au corps de Jésus Chri.st. Ils se monstrent aussi i)ien he-stes, en arj^uant que Jésus Cluist, puis ipi'il est appelk' l'icmier nay entre ses frères (Rom. 8, 29) devoit donc estre le Fils aisné d'Adam, et devoit naistre dés le commencement du monde, pour avoir telle priniogeniture. Car ce nom ne se rapporte point à l'aage, mais à la dignité et eminence de vertu que Jésus Christ a par dessus tous. Quant à ce qu'ils disiMit (jue Jésus Christ a [iiins la nature des hommes, non pas des Anges, pource qu'il a receu à soy en amitié le genre humain (Hebr. 2, 16): ceste escliappatoire ne leur sert de rien. Car l'Apostre, pour ami)lifier l'honneur que Jésus Christ nous a fait, nous compare avec les Anges, lesquels ont esté inférieurs a nous en cest endroit. Mesme si on poise droitement le tesmoignage de Moyse, où il dit que la semence de la femme brisera la teste du seriient (Gen. 3, lo), il suffit pour décider toute ceste dispute : car il n'est pas la (juestion seulement de Jésus Christ, mais de tout le genre humain. Pource que la victoire acipiise [)ar Jésus Christ nous appartient, Dieu prononce en gênerai que ceux qui seront descentlus du lignage de la femme, seront victorieux par dessus le dialde. Dont il s'ensuit que Jésus Christ a esté engendré de la race humaine, veu (lu'un tel bien est fondé en luy. Car l'intention de Dieu estoit de consoler Eve à laquelle il parloit, de peur qu'elle ne fust accablée de tristesse et desespoir.

3. Ces brouillons aussi monstrent leur sottise autant que leur impudence, enveloppans en alleg(jries ces mots tant clairs, que Jésus Christ est la lignée d'Abraham, et le fruit du ventre

de David. Car si ce nom de semence eust esté mis en tel sens, sainct Paul ne l'eust pas dissimulé, quand il prononce clairement et sans ligure. (lu'il n'y a point plusieurs rédempteurs de la lignée d'Abraham, mais Jésus (christ seul (Cal. 3, l(i). Autant vaut ce (pi'ils prétendent (pi'il n'est ap[ielle Fils de David, sinon que pource (lu'il luy avoit esté promis, et a esté manifesté en son temps. Car sainct Paul après l'avoir nommé Fils de David, adjoustant ce mot. Selon la chair (Kom. 1, 3), spécifie sans doute la nature d'homme. Pareillement au 9. chafiitre. après avoir dit (ju'il est Dieu lienil éternellement, il meta part (pi'il est descendu des Juifs selon la chair. Davantage, s'il n'estoit vrayement engendré de la race de Daviii, (jue signilieroit ceste taçon de parler, qu'il est le fruit de son ventre ? et qu'enqwrteroit ceste promesse, Il y descendra successeur de tes reins, (jui demeurera ferme en ton throne (Ps. 132,11)? Ils brouillent aussi par vaine sophisterie le récit que fait sainct Matthieu de la généalogie de Jésus (Christ. Car condiien qu'il ne raconte point le père et les ancestres de Marie, mais de Joseph, toutesfois pource qu'il traite d'une chose pour lors assez cognue de grans et petis, ce luy est assez de monstrer que Joseph estoit sorti de la lignée de David : veu mesme qu'on sa\ oit que Marie estoit de la mesme fanulle. Sainct Luc poursuit plus outi'c : c'est que le salut apporté par Jésus Christ est commun a tout le genre humain, d'autant ([u'il est engendré d'Adam père commun de tous. Je confesse que de la généalogie, connue elle est couchée, on ne pourroit pas conclurre (pie Jésus (Christ fust fils de David, sinon d'autant qu'il est nay de Marie : mais les nouveaux Marcionites se monstrent bestes, et par trop orgueilleux tout ensemble, quand pour colorer leur erreur, assavoir (|ue Jésus Christ s'est fait un corjis de rieu, ils disent que les femmes sont sans semence : en quoy ils renversent tous les elemens de nature. Or pource que ceste dispute n'est point theologique, mais plustost de Pliihtsophie et de Médecine, je m'en dejiorte : non pas i[u\\ soit difficile de les rembarrer-, veu (|ue les raisons (pi'ils ameinent peuvent estre aisément abbatues en trois mots : mais iiource «lue je ne me veux point divertir de l'instruction que j'ay proposé de donner en ce livre. Ainsi, pour nous tenir à l'Escriture, quant à ce (pie ces brouillons allèguent, qu'Aaidn et Joiadah ont prins femme de la lignée de Jiida : et pourtant si les femmes avoyent semence pour engendrer, que lors la discrétion des lignées eust esté confuse : Je respon que la semence virile, quant à l'ordre politiiiue, a ceste prérogative et dignité, que l'entant j)rend son nom du père : mais que cela n'empesche point que la femme n'engendre aussi de son costé. 42t ceste solution s'estend a

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