‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 217 sur 703 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Comment les deux natures font une seule personne au Médiateur.

1. Or ce qu'il est dit que la Parolle a esté faite chair (Jean i, I4),ne se doit tellement entendre, comme si elle avoit esté convertie en chair, ou confusément nieslée: mais d'autant qu'elle a prins du ventre de la vierge corps humain, pour un temple auquel elle habitast. Et celuy qui estoit fils de Dieu, a esté fait fils d'homme, non point par confusion de substance, mais par unité de personne: c'est a dire, qu'il a tellement conjoint et uni sa divinité avec l'humanité qu'il a prinse, qu'une chacune des deux natures a retenu sa propriété: et neantmoins Jésus Christ n'a point deux personnes distinctes, mais une seule. Si on peut trouver quelque chose semblable à un si haut mystère, la similitude de l'homme y semble propre, lequel nous voyons estre composé de deux natures : desquelles toutesfois l'une n'est tellement meslée avec l'autre, qu'elle ne retienne sa propriété. Car l'ame n'est pas corps, et le coqis n'est pas ame. Parquoy on dit de l'ame particulièrement ce qui ne peut convenir au corps : et i)areillement du corps, ce (]ui ne peut convenir à l'ame: de l'hûmme total, ce qui ne peut competer à l'une des parties, ny à l'autre à part soy. Finalement, les choses qui sont particulièrement à l'ame. sont transférées au corps, et du corps à l'ame mutuellement. Cependant la personne qui est composée de ces deux substances, est un homme seul et non plusieurs. Telle manière de parler signifie qu'il y a une nature en l'homme, composée de deux conjointes, et neantmoins qu'entre ces deux il y a dilTerence. L'Escriture parle selon ceste forme de Jésus Christ: car aucunesfois elle luy attribue ce qui ne se peut rapporter qu'à l'humanité, aucunesfois ce qui compete particuherement a la divinité, aucunesfois ce qui est convenable a toutes les deux natures conjointes, et non pas à une seule. Et mesme exprime si diligemment ceste union des deux natures, (jui est en Jésus Christ, qu'elle communi(|ue à l'une ce qui appartient à l'autre : laquelle forme de parler a esté nommée par les anciens Docteurs, Comnmnicalion des proprietez.

2. Ces choses pourroyent e.stre tenues pour mal seures, si nous n'avions en main des passages de l'Escriture tant et plus, pour prouver que rien de ce que nous avons dit n'a esté forgé

des hommes. Ce que Jésus Christ disoit de soy, qu'il estoit devant Abraham (Jean 8, o8), ne peut convenir à son humanité: Je say bien de quelle sophisterie les esprits erronés dépravent ceste sentence: c'est qu'il a esté devant tous siècles, pource que de.sja il estoit prédestiné rédempteur au conseil de son Père, et cognu tel entre les fidèles. Mais puis qu'ouvertement il distingue son essence etei-nelle du temps de sa manifestation en chair, et que notamment il se veut monstrer plus excellent qu'Abraham par son ancienneté, il n'y a nulle doute qu'il ne prenne à soy ce qui est propre à la divinité. Ce que sainct Paul l'appelle Premier nay de toutes creatm'es (Col. 1, 13), disant qu'il a esté devant toutes choses, et que toutes choses consistent par luy : ce que luy mesme prononce, qu'il a eu sa gloire avec le Père devant que le monde fust créé, et que dés le commencement il besongne tousjours avec le Père (Jean 17, 3: 3, 17): cela n'appartiendroit point à la nature humaine. Parquoy il convient attribuer le tout en particulier il la divinité. Ce qu'il est nonnné Serviteur du Père (Is. 42, 1 et autres passages) ; ce que sainct Luc recite, qu'il est creu en aage et .sagesse envers Dieu et envers les hommes: ce que luy mesme proteste de ne point chercher sa gloire, de ne savoir quand sera le dernier jour, qu'il ne parle point de soy. qu'il ne fait point sa volonté : ce que sainct Jean dit, (|u'on l'a veu et touché, cela e.st de la nature humaine seulement (Luc 2, 32: Jean 8, 30: Marc 13, :V2: Jean U, 10; 6, 38; Luc 24, 39). Car entant qu'il est Dieu, il ne peut augmenter ne diminuer, et fait toutes choses pour l'amour de soy mesme, rien ne luy est caché, il ordonne et dispose tout comme il luy Iilaist, il est invisible et ne se peut manier: et toutesfois il n'attribue point toutes ces choses simplement a sa nature humaine, mais il les prend a soy comme convenantes à la personne du Médiateur. La communication des proprietez se prouve par ce que dit sainct Paul, que Dieu s'est acquis l'E^dise par son sang. Item, que le Seigneur de gloire a esté crucifié. Mesmes ce que nous venons d'alléguer de sainct Jean, que la Parole de vie a esté touchée : car Dieu n'a point de sang et ne peut souffrir, nv estre touché des mains (Act. 20, 28 ; 1 Cor. 2, 8; 1 Jean 1, 1).

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