‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 218 sur 703 · LIVRE ir · texte numérisé non relu

LIVRE ir

Mais d'autant (ine Jésus Christ, qui estoit vray Dieu et vi'ay tiomn)e, a esté crucifié et a espan- (iu son sanjj; {lour nous: ce qui a esté t'ait en sa nature humaine est improj)reuient applique a la ilivinité, combien (pie ce ne soit pas sans raison. Il y a un pareil exemple en sainct Jean: quand il dit (jue Dieu a exposé sa vie pour nous ( 1 Jean li Di): car chacun void (pie ce (jui est inopre a rimmanité, est connnuni(pié avec l'autre nature. Deiechef, (piand Jésus Christ conversant encore au monde, disoit que nul n'estoit monté au ciel, sinon le Fils de l'homme qui estoit au r\o\ (J(\an :}, 13): il est notoire que selon l'homme et en la chair qu'il avoit vestue, il n'estoit pas au ciel: mais (l'autant (pie luy-mesme estoit Dieu et homme, au re^;ard de l'union des deux natures, il attrihuoit a l'une ce (pii estoit à l'autre.

3. Mais les passages (|ui com(»rennent les deux natures ensemble, sont les ]>lus clairs et faciles pour monstrer (|uelle est la vraye sul)stance de Jésus Christ. P^t de tels l'Evangile de .sainct Jean en est plein. Car ce (jue nous lisons la. assavoir qu'il a eu aulhorité du Père de remettre les péchez, de ressusciter ceux qu'il veut, de donner justice, saincteté et salut, d'estre establi Juge sur les vivans et sur les morts, et qu'il soit honnoré comme le Père, finalement ce (pi'il se dit estre la clarté du monde, bon i)asteur, le seul huis et la vraye vigne (Jean 1, ïJ9: o, "-ll^"}:): 8. 12 ; 9, o: 10, 7. 9. 11 ; 1."), 1). n'est })oint spécial ny a la deité, ny à l'humanité, d'autant (pie le Fils de Dieu a esté orné de ces privilèges estant manifesté en chair, lesquels combien (pi'il obtinsl avec le Père devant la création du monde, toutest'ois ce n'estoit pas en telle manière : et les- <piels ne pouvoyent conq)eter a un honnne, (pii n'eust esté qu'homme seulement. Il convient prendre en ce sens ce que dit sainct Paul ailleurs: assavoir que Jésus Christ, ayant accomply office de Juge, au dernier j((ur rendra l'enqtire a Dieu son Père (1 Cov. 15, :24). Or il est ceitain que le règne du Fils de Dieu, qui n'a point eu de commencement, n'aura aussi nulle lin. Mais comme il a esté humilie en chair, et qu'en prenant figure de serf il s'est aneanty, et s'estant demis de sa majesté en apparence, s'est assujetty a Dieu son Père pour luy obéir, et après avoir achevé le cours de sa sujection, il a esté couronné de gloire et honneur, et exalté en dignité souveraine, à ce (pie tout genouil se ployé devant luy(Pbil.!2,7.8: Hebr.i?; Phil. -2,10): aussi pareillement il assujettira au Père et ce haut nom d'Empire, et la couronne de gloire, et tout ce qui luy a esté donné en la personne du Médiateur, afin (pie Dieu soit tout en toutes choses (1 (^or. lo, 28). Car pourquoy luy a esté donnée telle puissance, sinon afin que le Père gouverne par sa main ? Et c'est en ce sens qu'il est dit, ((u'il est assis à la dextre du Père: ce qui est temporel, jusqu'à ce que nous jouissions du

regard présent de la divinité. Et en cecy ne se peut excuser l'erreui' des Anciens, de ce qu'ils n'ont point considéré assez près la personne du Médiateur, eu lisant ces passages de sainct Jean : (^t par ct> moyen en ont ol»scurcy le vray sens i>t naturel, et se sont enveloppez en beaucoup de lilets. Tenons donc ceste maxime comme une clef de droite intelligence: c'est que tout ce qui concerne l'office de Médiateur n'est pas simplement dit de la nature humaine, ne de la nature divine. Jésus Christ donc, entant qu'il nous conjoint au Père selon nostre jtetitesse et infirmité, regnei'a jus(iu'a ce (pi'il soit ajiparu pour juger le monde : mais après que nous serons faits participans de la gloire céleste, pour contempler Dieu tel qu'il est, lors s'estant acquité d'office de Médiateur, il ne sera plus ambassadeur de Dieu son Père, et se contentera de la gloire qu'il avoit devant la création du monde. Et de fait, le nom de Seigneur ne s'attribue particulièrement a Jésus Christ pour autre regard, sinon d'autant (pi'il fait un degré moyen entre Dieu et nous. (>e que sainct Paul a entendu disant, Il y a un Dieu duquel sont toutes choses, et un Seigneur par lequel s(mt toutes choses (1 Cor. 8, 6). Voire, d'autant que cest empire temporel que nous avons dit, luy a esté ordonné jusqu'à ce que sa majesté divine nous soit cognue face à face : à laquelle tant s'en faut que rien soit diminué (piand il rendra l'empire à son Père, qu'elle aura sa i)reeminence tant plus haut. Car alors Dieu ne sera plus chef de Christ, entant que la deité de Christ reluyra de soy mesme tout à plein, !a- (luelle est encore cachée comme sous un voile. 4. Ceste observation servira grandement à soudre beaucoup de scrupules, moyennant que les lecteurs en sachent faire prudemment leur [irofit. Les rudes, et mesmes aucuns qui ne sont pas despourveuz de savoir, se tourmentent à mi^rveille en ces formes de parler, lesquelles ils voyent estre attribuées à Christ, combien qu'elles ne soyent propres ny à sa divinité, ny à son humanité. Et c'est i)ource qu'ils ne considèrent [>as (ju'elles conviennent à sa personne, en laquelle il a esté manifesté Dieu et homme, et à son office de Médiateur. Et de fait on peut voir comment toutes les choses susdites s'accordent bien ensemble, moyennant que nous veuillions considérer un tel mystère avec révérence deue a sa grandeur. Mais il n'y a rien que les esprits furieux et phrenetiques ne troublent. Ils prennent ce qui est approprié à l'humanité de Jésus Christ, pou!' destruire sa divinité: et ce qui est de sa divinité, pour destruire son humanité, et ce qui est dit de toutes les deux natures ensemble pour renverser l'une et l'autre. Or qu'est-ce là autre chose, sinon vouloir débattre que Christ n'est pas homme, d'autant (ju'il est Dieu: et qu'il n'est pas Dieu, d'autant qu'il est homme : et qu'il n'est ne Dieu ny homme, d'autant qu'il

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