‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 224 sur 703 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Prophètes entre nous: il n"y a plus de voyant (Ps. 7't, 9). Or iiuand le ttMiips a esté tlotorniiné à Daniel de la venue de Jésus Christ, il luy est aussi ordonné de eachetter la vision et le Prophète {T)-dn. 9, 24): non pas seulement pour rendre la Prophétie qui est là contenue plus authentique, mais afin ([ue les fidèles soyent plus patiens, quand ils se ven'ont pour un temps desnuez de Prophètes, sachans (pie la plénitude et eonclusion Hnale de toutes révélations est prochaine. 2. Or il est à noter que le nom de Christ s'estend a ces trois ollices. Car nous savons que sous la Loy, tant les Prophètes que les Sacrificateurs et les Hois ont esté oincts d'huile, que Dieu avoit dédié à cest usage. Dont aussi ce nom de Messias, qui vaut autant comme Christ, ou Oinct, a esté imposé au Mediateui' promis. Combien que je confesse que du commencement il a esté en usage au regard du royaume (ce (pi'aussi j'ay declairé cy dessus) tant y a (pie l'onction Sacerdotale et Prophétique retiennent leur degré, et ne doivent pas estre laissées en arrière. Quant à la Prophétique, il en est fait mention -expresse en Isaie, où Jésus Christ parle ainsi, L'Esprit du Seigneur Dieu est sur moy, pourtant il m'en a oinct pour prescher aux humbles, apporter médecine aux affligez, prescher la délivrance aux captifs, publier l'année du bon plaisir de Dieu (Is. 61, 1), etc. Par cela nous voyons qu'il a esté oinct du sainct Esprit, pour estre héraut et tesmoin de la grâce de son Père, et non pas d'une facjon vulgaire : car il est discerné d'avec les autres docteurs desquels l'ofTice estoit semblable. 11 convient aussi noter derechef qu'il n'a pas receu l'onction seulement pour soy, afin d'enseigner de sa bouche : mais pour tout son corps, afin qu'en la prédication ordinaire de l'Evangile la vertu du .sainct Esprit resplendisse. Cependant que cela nous demeure conclu, que par la perfection de doctrine qu'il a apportée, il a mis fin à toutes prophéties: tellement que tous ceux qui veulent rien adjouster, deroguent à son authorité. Car ceste voix qui a resonné du ciel. Voici mon Fils bien-aimé, escoutez-le (Matth. 3, 17), l'a eslevé d'un privilège singulier par dessus tous autres, à ce que nul ne parle (jue sous luy. Au reste, ceste onction a esté espandue du chef sur les membres, comme il avoit esté prédit par Joël, Voz fils prophetizeront, et voz filles verront visions (Joël 2, 28). Quant à ce que sainct Paul dit que Jésus Christ nous a esté donné pour sagesse, et en un autre passage, que tous thresors de .sagesse et de savoir sont cachez en luy (1 Cor. 1, 30; Col. 2, 3), le sens est un peu divers de l'argument que nous traitons : assavoir qu'il n'y a rien utile à cognoistre que luy, et que tous ceux qui le comprennent par fuy tel qu'il est, ont l'accomphssement infiny des biens célestes. Pour laquelle raison sainct Paul aussi dit ailleurs, Je

ne prise point de rien savoir, sinon Jésus Christ, \oire crucifié (1 Cor. 2, 2). Car aussi il n'est point licite d'outrepasser la simplicité de l'Evangile: mesme ceste dignité prophétique, de laquelle nous disons que Jésus Christ a esté orné, tend Là, que nous sachions, que toutes les parties de .sagesse parfaite sont ('(nitenues en las(jmme de doctrine qu'il a enseignée.

3. Je vien au règne. du(|uel nous parlerions en vain et sans f'ruict, si les Lecteuis n'estoyenl auparavant advertis qu'il est de nature spirituelle; pource que de là on peut recueillir quel est son usage et de quoy il nous profite : bref, toute sa vertu et éternité. Or combien que l'Ange aussi en Daniel approprie l'éternité à la personne de Jésus (Christ, l'Ange aussi eu sainct Luc à juste filtre l'estend au sakit du peuple (Dan. 2, 44; Luc 1, 33). Cependant sachons que l'éternité mesme de l'Eglise est douljle, ou qu'il la faut considérer en deux sortes : la première s'estend à tout le corps de l'Eglise, l'autre est spéciale à chacun membre. Ce qui est dit au Pseaume se rapporte à la i)remierc : assavoir, J'ay juré par ma sainctcléa David, et ne luy inentiray point, (jue sa semence demeurera à jamais, que son throne sera comme le soleil devant moy, et qu'il seraestably éternellement comme la lune, laquelle me sera tesmoin fidèle au ciel (Ps. 89, 36 — 38). Car il n'y a doute que là Dieu ne promette qu'il sera protecteur et gouverneur de son Eglise, par la main de son Fils. Et de fait la vérité de ceste Prophétie ne sera trouvée qu'en Jésus Christ, veu que tantost après la mort de Salomon, la majesté du royaume d'Israël fut abbattue pour la plus grande partie, et translatée à un homme privé, avec grande ignominie et opprobre de la famille de David: et depuis a esté diminuée de plus en plus, jusques à ce qu'elle ait défailli du tout avec confusion honteuse. La sentence d'Isaie convient avec le passage que nous avons ailegué du Pseaume, Qui est-ce qui racontera son aage (Is. 33, 8) ? Car en disant que Jésus Christ ressuscitera après sa mort pour avoir vie de longue durée, il conjoint ses membres avec luy. Ainsi toutesfois et quantes que nous oyons que Jésus Christ a une puissance permanente, estimons que c'est la forteresse pour maintenir la pei-petuité de l'Eglise : afin qu'entre les revolufions si confuses dont elle est continuellement agitée, les tempestes et tourbillons espovantables qui la menacent de perdition, elle demeure sauve. Et vofia comment David se moque hardiment de l'audace des ennemis, qui s'efforcent de rompre le joug de Dieu et de son Christ: et dit (jue c'est en vain que les Rois et les peuples s'escarmouchent, pource que eeluy qui habite es cieux, est assez fort pour rompre toutes leurs impetuositez (Ps. 2, 1 — o). Par ces mots il exhorte les fidèles à prendre courage, quand ils verront l'EgUse estre opprimée : pource qu'elle

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