‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 225 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

a un Roy qui la gardera. Pareilloment quand le Père dit à son Fils, Sieds-toi à ma dextrc, jusques à ce que je face ton marchepied de tes ennemis (Ps. 110, 1): il declaire que combien qu'il y ait beaucoup d'ennemis puissans et robustes qui conspirent pour abysmer l'Eglise, toutesfois qu'ils n'auront pas la force d'anéantir le décret Immuable de Dieu, par lequel il a estably son Fils roy éternel. Dont il s'ensuyt qu'il est impossible que le diable avec tout l'appareil et équipage du monde, efface jamais l'Eglise, laquelle est fondée sur le throne éternel de Christ. Quant à l'usage particulier de chacun fidèle, ceste mesme éternité les doit eslever en l'espérance de l'immortalité qui leur est promise. Car nous voyons que tout ce qui est terrien et du monde est temporel, et mesme caduque. Et pourtant Christ afin de fonder nostre espérance sur les cieux, prononce que son royaume n'est pas de ce monde (Jean 18, 36). Bref, quand chacun de nous oyt dire que le règne de Christ est spirituel, estant esveillé de ce mot, il se doit transporter à l'espérance d'une meilleure vie, et se tenir asseuré, que ce qu'il est maintenant sous la proteclion de Jésus Christ, c'est pour en recevoir le fruict entier au siècle advenir.

4. Ce que nous avons dit, que la nature et utilité du règne de Jésus Christ ne se peut autrement comprendre de nous, que quand nous le cognoissons estre spirituel, se vérifie assez par ce que nostre condition est misérable tout le cours de la vie présente, où il nous faut batailler sous la croix. Que nous profiteroit-il donc d'estre assemblez sous l'empire du Roy céleste, si le fruict de ceste grâce ne s'estendoit plus loin que Testât de la vie terrienne? Il nous convient donc savoir, que tout ce qui nous est promis de félicité en Jésus Christ n'est point attaché aux commoditez externes, pour nous faire vivre joyeusement et en repos, nous faire florir en richesses, nous esgayer à nostre aise et sans soucy, et jouir des délices que la chair a accoustumé d'appeter : mais plustost que le tout se doit rapporter à la vie céleste. Toutesfois comme au monde Testât prospère d'un peuple sera estimé, partie quand il aura provision de tous biens à souhait, et sera paisible au dedans : partie quand il sera bien muni de force pour se défendre au dehors contre ses ennemis : aussi Jésus Christ garnit et prouvoit les siens de toutes choses nécessaires au salut de leurs âmes, et les arme et equippe pour avoir vertu inexpugnable contre tous assaux des ennemis spirituels. Dont nous sommes enseignez qu'il règne pour nous plus que pour soy, voire au dedans et au dehors : c'est qu'estans enrichis de dons spirituels, desquels naturellement nous sommes vuides, et en ayans receu telle mesure que Dieu cognoist estre expediente, nous sentions par telles prémices que nous sommes vrayement

conjoincts à Dieu pour parvenir à une félicité entière : secondement, qu'estans soustenus par la vertu de l'Esprit, ne doutions point que nous ne demeurions tousjours victorieux contre le diable, le monde et tout genre de nuisance. A (pioy tend la response de Jésus Christ aux Pharisiens : c'est que le royaume de Dieu ne devoit pas venir avec marques notables, pource qu'il est en nous (Luc 17, 20. 21). Car il est vraysemblable que les Pharisiens ayans entendu que Jésus Christ se portoit pour Roy et se faisoit autheur de la souveraine bénédiction de Dieu, Tinterroguoyent par moquerie, demandant qu'il en produist les enseignes. Or Jésus Christ voulant prévenir ceux qui autrement sont trop enclins à la terre, leur commande d'entrer en leur conscience : pource que le règne de Dieu est justice, paix et joye au sainct Esprit (Rom. 14, 17). Par cela nous sommes brièvement enseignez de quoy nous profite le règne de Christ. Car puisqu'il n'est ne terrien ne charnel, pour estre sujet à corruption, mais spirituel : il nous attire là haut et introduit à la vie permanente, afin que nous passions doucement et en patience le cours de ceste vie, sous beaucoup de misères, faim, froid, mespris, opprobres, toutes fascheries et ennuys, nous contentans de ce bien seul, d'avoir un Roy qui ne nous defaudra jamais qu'il ne nous subvienne en noz nécessitez, jusques à ce qu'ayans achevé le terme de guerroyer, nous soyons appeliez au triomphe. Car il tient une telle façon à régner qu'il nous communique tout ce qu'il a receu du Père. Or puisqu'il nous arme et munit de sa puissance, qu'il nous empare de sa beauté et magnificence, qu'il nous enrichit de ses biens : de là nous avons tresample matière de nous glorifier, mesmes nous sommes fortifiez en fiance, pour guerroyer sans crainte contre le diable, le péché et la mort. Et puis que nous sommes revestus de sa justice, fi y a bien occasion de surmonter vaillamment tous les opprobres du monde : et comme il nous remplit tant libéralement de ses dons, luy produire de nostre costé fruicts qui servent à sa gloire.

5. Parquoy son onction royalle ne nous est pas mise en avant, comme estant faite d'huyle ou d'onguents aromatiques : mais il est appelle le Christ de Dieu, pource que l'Esprit de sagesse, intelligence, conseil, force et crainte de Dieu est reposé sur luy (Is. 11, 2). C'est ceste huyie de joye, de laquelle il est prononcé au Pseaume, Il a esté oinct abondamment par dessus ses compagnons (Ps. 45, 8). Car s'il n'y avoit tefie fécondité et excellence en luy, nous serions tous povres affamez. Et de fait, comme nous avons dit, ce n'est pas pour soy qu'il a esté enrichy, mais pour eslargir de son abondance à ceux qui sont secs et altérez. Car comme il est dit que le

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