‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 226 sur 703 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Père n'a point donné Esprit par mesure à son Fils, aussi la raison est exprimée ailleurs, c'est afin que nous lecovions tous de sa plénitude, et j^race pour j^raee (Jean :{, iVi: 1, 10). De ceste fontaine nous découle la {grande lar<j;esse dont sainct Paul fait meiilioii, par laipielie la lira'ce est diversement distribuée aux lideles sulon la mesure de donation de Christ (Ephes. 4, 7). Par ces passa<îes est encore mieux conformé ce que j'ay dit : assavoir (jue le royaume de Christ {,MSt en Esprit, non pas en délices ou pompes terriennes. Et par conséquent si nous desirons y avoir jwrt. qu'il nous faut renoncer au monde. Il y a eu un sacrement \isilile de ceste onction au Baptesme de Jésus Christ, quand l'Esprit est reposé sur luy en forme de colomlie (Jean 1, 32; Luc '.]. 22). Or que l'Esprit avec ses dons soit sifiuifié par le mot d'Onction, il n'est pas nouveau, et ne le doit-on trouver hors de raison, veu que nous n'avons substance d'ailleurs pour estre végétez : sur tout, ({uant à la \ie céleste, il n'y a pas une seule goutte de vigueur en nous, sinon ce cpii nous est distillé par le sainct Esprit, lequel a esleu son siège en Jésus Christ, à lin que de luy sourdissent tous biens célestes pour nous en rassasier largement, desquels autrement nous sommes si vuides et indigens que rien plus. Parquoy d'autant que les fidèles sont maintenus par la vertu de leur Roy pour demeurer invincibles, et sont enrichis de ses biens spirituels, ils ne sont point nommez Chrestiens sans cause. Au reste, la sentence de sainct Paul (jue nous avons touchée cy dessus, assavoir que Jésus ('hrist rendi\a le royaume à Dieu son Père, et qu'il luy sera assujetty (1 Cor. 15, 24. 28), ne derogue rien à ce que nous avons «lit : pource qu'il n'entend autre chose, iinon que quand nostre gloire sera accomplie, il n'y aura pas une telle façon de gouverner qu'il y a aujourdhuy, car le Père a donné toute puissance a son Fils, afin de nous corn luire sous sa main, nourrir et sustenter, nous garder sous sa protection, nous subvenir à tout besoin. Parquoy cependant que nous sonunes comme elongnez de Dieu estans pèlerins au monde, Jésus Christ est entre deux pour nous mener petit à petit à une i)leine conjonction. Et de fait, ce qu'il es! assis a la dextre du Père, vaut autant à dire comme s'il estoit nommé son Lieutenant, lequel a vers soy toute authorité : car Dieu veut régner sur nous par tel moyen, qu'en la personne de son Fils il soit Roy et protecteur de son Eglise. Comme aussi sain.n Paul l'expose, fpi'il a esté levé à la dextre du Père, pour estre chef de l'Eglise, laquelle est son corps (Ephes. 1, 20 s.). Ce qu'il dit ailleurs tend à une mesme fin : assavoir, qu'il luy a esté donné un nom souverain par dessus tous noms, à ce qu'au nom de Jésus tout genouil se ployé, et que toute langue confesse

(pi'il est en la gloire de Dieu le Père (Phil. 2, 9— il). Mesme par ces mots il nous monstre l'ordre du règne de Christ, tel qu'il est nécessaire pour nostre infirmité présente. Ainsi le mesme Apostre argue tresbien, que Dieu au dernier jour sera pai' soy chef unicpie de l'Eglise : pource (pie Jésus Christ aura lors pleinement exécuté et achevé la charge qui luy est commise, de conserver son Eglise et l'amener à salut. Pour ceste raison (comme nous avons dit) l'Escriture l'appelle souventesfois Seigneur : pource que le Père céleste l'a constitué sur nous, k telle condition qu'il veut exercer par luy son enq)ire. Car combien (ju'il y ait plusieurs seigneuries au monde, -toutesfois nous n'avons (pi'un seul Dieu le Père, ducpiel sont toutes choses, et nous en luy : et un seul Seigneur Christ, par le(piel sont toutes choses, et nous par luy (1 Cor. 8, o. 6). Dont on peut aussi conclurre, que Jésus Christ est le mesme Dieu qui a prononcé par la bouche d'Isaie, (pi'il est Roy et Législateur de l'Eglise (Is. 33, 22). Car combien ([u'il proteste par tout, que ce (pi'il a de puissance est don et bénéfice de son Père, par cela il ne signifie autre chose, sinon qu'il règne en majesté et vertu divine : comme pour ceste cause il a vestu la personne du Médiateur, afin d'api)roclier de nous privément, en descendant du sein et de la gloire incompréhensible de son Père. Enquoy il nous a tant plus obligez à nous renger d'un conunun accord k son obéissance, et mesme luy offrir nos services d'une franche pronqititude de courage. Car comme il prend l'office de Roy et Pasteur envers les débonnaires, qui se rendent dociles et traitables de leur bon gré : aussi à l'opposite il est dit qu'il porte un sceptre de fer, pour briser et menuiser comme pots de terre, tous les hautains et rebelles (Ps. 2, 9). Nous oyons aussi en l'autre Pseaume, qu'il sera Juge des peuples pour remplir la terre de corps morts, et fouler aux pieds toute hautesse qui se dressera contre luy (Ps. 110, 6). On voit bien desja quelques exemples de ceci : mais le plein effect en apparoistra au dernier jour, mesme ce sera le dernier acte du règne de Jésus Christ.

r>. Quant à la Sacrificature, nous avons à noter en bref ([ue la fin et l'usage d'icclle est, que Jésus Christ nous aciiuiere faveur, et nous rende agréables à Dieu par sa saincteté, entant qu'il est Meiliateur pur de toute macule. Mais pource que la malédiction depuis le péché d'Adam a justement préoccupé l'entrée du ciel, et que Dieu, entant qu'il est Juge, nous est contraire: il est re(iuis que le Sacrificateur, pour nous faire ouverture de grâce, et appaiser l'ire de Dieu, intervienne avec satisfaction: dont il a fallu que Jésus Christ, pour s'acquiter de cest office, vinst en avant avec sacrifice. Car mesmes sous la Loy il n'estoit pas licite au Sacrificateur d'en-

trer au sanctUtairc qu'avec présent de sang, à ce que les fidèles cogncussent combien que le Sacrificateur fust estably pour intercéder et obtenir pardon, toutesfois que Dieu ne pouvoit estre appaisé que les pecbez ne fussent purgez. Ce (|ui est déduit par FApostre bien au long en l'Epistre aux Hebrieux, depuis le septième chapitre (juasi jusques en la fin du dixième. La sonune toutesfois revient là, ([ue la dignité sacerdotale n'appartient qu'à Jésus Christ, d'autant que par le sacrifice de sa mort il a effacé l'obligation (jui nous rendoit criminels devant Dieu, et a satisfait pour nos péchez. Or (juclle importance il y a en cela, nous en devons estre advertis par le jurement solennel que Dieu a proféré, disant qu'il ne s'en repentira pas, Tu es Sacriiicateur éternel selon l'ordre de Melchisedech (Ps. MO, 4); car il n'y a doute que Dieu n'ait voulu ratifier ce qu'il cognoissoit estre le principal appuy de nostre salut. Et de fait, comme il a esté dit, nous n'avons nul accez à Dieu, ny noz prières, sinon estant sanctifiez par le Sacrificateur: duquel l'office est de purger noz souilleures et nous impetrer grâce, de latiuelle autrement nous sommes reboutez par l'immondicité et pollution de noz vices. Ainsi nous voyons qu'il convient commencer par la mort de Jésus Christ, pour sentir l'efficace et le profit de sa sacrificature : dont il s'ensuyt qu'il est intercesseur à jamais, et qu'à sa requeste et en faveur de luy nous sommes agréables à Dieu. Laciuelle doctrine non seulement engendre certaine fiance de prier Dieu, mais aussi rend noz consciences paisibles et asseurées, puis que Dieu nous appelle à soy tant humainement, et nous certifie que tout ce qui est consacré par le Médiateur luy est plaisant. Or comme ainsi soit qu'en la Loy Dieu ait voulu qu'on luy offrist hosties de bestes brutes, il y a eu une façon nouvelle et diverse en Jésus

Christ: c'est que luy estant Sacrificateur fust aussi l'oblation. pource (pi'il ne se pouvoit trouver autre satisfaction suffisante pour abolir la coulpe de noz péchez, et ne se pouvoit aussi trouver lioinmc digne pour offrir à Dieu son Fils unique. Davantage, Jésus Christ porte le nom de Sacrificateur, et en a l'effect, non seulement pour nous rendre le Père favorable et propice, entant que par sa mort il l'a reconci lié pour tout jamais: mais aussi pour nous faire ses compagnons en tel honneur. Car combien que nous soyons poilus en nous, estans faits Sacrificateurs en luy (Apoc. 1, G), nous avons liberté de nous offrir à Dieu avec tout ce qu'il nous a donné, et d'entrer franchement au sanctuaire des deux, sachans (jue les sacrifices de prières et louanges provenans de nous, seront agréables et de bonne odeur en sa présence. Mesmes le dire de Jésus Christ, que nous avons allégué auparavant, s'estend jusques icy : assavoir qu'il s'est sanctifié à cause de nous (Jean 17, 19): pource qu' estans arrousez de sa saincteté, entant qu'il nous a dédiez à Dieu son Père, combien que nous soyons autrement puans et infects, toutesfois nous ne laissons pas de plaire comme purs et nets, mesmes comme saincts et sacrez. Et voila pourquoy la i)romesse a esté faite à Daniel, de l'onction du sanctuaire à la venue du Rédempteur (Daniel 9, 24). Or il faut noter la comparaison opposite entre ceste onction nouvelle et celle qui estoit pour lors en ombrage : comme si l'Ange disoit que les figures s'en alloyent cesser, et qu'en la personne de Jésus Christ la Sacrificature auroit sa vérité patente. Et d'autant plus a esté détestable l'invention de ceux qui ne se contentans point de la sacrificature de Jésus Christ, ont bien osé s'ingérer de l'offrir : ce qui se fait tous les jours en la Papauté, où la Messe est tenue pour oblation qui purge les péchez.

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