‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 228 sur 703 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

que l'office de Rédempteur luy a esté enjoint pour nous estrc aussi Sauveur. Cependant la rédemption ne seroit qu'a demi, si elle ne nous conduisoit de jour eu jour continuellement jusques au bout de nostre salut. Parquoy nous ne pouvons pas décliner tant peu (pie ce soit de Jésus Cduist. que nostre salut ne s'esvanouisse, puis qu'il réside entièrement en luy : tellement que tous ceux qui ne s'y reposent et n'y prennent leur contentement, se privent de toute grâce. Parquoy l'advertissement de sainct Bernard est bien digne qu'on y pense : c'est que le nom de Jésus n'est pas seulement clairté : mais aussi viande : pareillement qu'buyle etconfitm'e, sans laquelle toute viande est seiche : que c'est le sel i)our donner goust et saveur à toute doctrine, qui autrement seroit fade. Bref, ([ue c'est miel en la bouche, mélodie aux oreilles, liesse au cœur, médecine à lame : et que tout ce qu'on peut disputer n'est que fadaise, si ce nom n'y resonne : *® mais il est requis de bien considérer comment il nous a acquis salut, afin que non seulement nous soyons persuadez qu'il en est autiieur, mais aussi ([u'ayans endirassé tout ce (jui appartient à bien et fermement appuyer nostre foy, nous rejettions toutes choses ([ui nous pourroyent distraire çà et là : car comme ainsi soit que nul ne puisse descendre en soy, et sonder à bon escient quel il est, qu'il ne sente que Dieu luy est contraire et ennemy, et que par conséquent il n'ait besoin de chercher le moyen et façon de l'appaiser (ce qui ne se peut faire sans satisfaction) : il est question d'estre icy bien arresté en certitude pleine et indubitable. Car l'ire de Dieu tient tousjours les pécheurs saisis, jusques à ce qu'ils soyent absous : pource que luy estant juste Juge, ne peut souffrir que sa Loy soit violée, (pi'il n'en face pvmition, et qu'il ne se venge du mespris de sa majesté.

2. Toutesfois devant que passer outre, nous avons à regarder comment cecy s'accorde, que Dieu lequel nous a provenu de sa miséricorde, nous ait esté ennemy jusques à ce qu'il nous a esté reconcilié par Jésus Clirist. Car comment nous eu.st-il donné en son Fils unique un gage si singulier de son amour, sinon (jue desja auparavant il nous eust porté faveur gratuite ? D'aut<mt donc qu'il y .1 icy quelque apparence de contrariété, je vuideray le scrupule qui y peut estre. Le sainct Esprit use ordinairement en l'Escriture de ceste forme de parler, que Dieu a esté ennemy aux hommes, jusques à ce (pi'ils ont esté remis en grâce par la mort de Christ : (juils ont esté maudits jusques à ce que par son sacrifice leur iniquité a esté effacée. Item, qu'ils ont esté séparez de Dieu, jusques h ce qu'ils ont esté rejoincts à luv au corps de Christ (Rom. o, 10; Gai. 3, 10. 13;' Col. 1,21. 22). Or telles manières de parler sont accommodées

à nostre sens, afin de nous faire tant mieux entendre combien est malheureuse la condition de l'homme hors de Christ. Car s'il n'estoit clairement exprimé, que l'ire et la vengeance de Dieu, et la mort éternelle estoyent sur nous : nous n'entendrions pas suffisamment et comme il faut, condtien nous estions povres et malheureux sans la miséricorde de Dieu, et n'estimerions point le bénéfice qu'il nous a élargi selon sa dignité, eu nous délivrant. Exemple : Quand on diroit ta quelcun ainsi : Si Dieu t'eust hay du temps (|ue tu estois pécheur, et qu'il t'eust rejette comme tu le meritois, il te falloit attendre une damnation horiible : mais d'autant que:par sa miséricorde gratuite il t'a retenu en son amitié, et n'a pas soulTcrt que tu fusses aliéné de luy, il t'a par ce moyen délivré d'un tel danger. Celuy à qui on diroit cela en seroit aucunement touché, et sentiroit eu partie combien il seroit tenu à la bonté de Dieu : mais d'autrcpart, quand on luy parleroit comme fait l'Escriture, en luy disant qu'il estoit aliéné de Dieu par le péché, qu'il estoit héritier de la mort éternelle, sujet à malédiction, exclu de tout espoir de salut, banny de toute grâce de Dieu, serf de Satan, captif et i)risonnier sous le joug de péché, destiné à une horrible ruyne et confusion : mais que Jésus Christ est intervenu, et qu'en recevant sur soy la peine qui estoit apprestée à tous pécheurs par le juste jugement de Dieu, il a effacé et aboiy par sou sang les vices qui estoyent cause de l'inimitié entre Dieu et les hommes, et que par ce payement Dieu a esté satistait, et son ire appaisée : que cela est le fondement sur lequel est appuyé l'amour que Dieu nous porte, que c'est le lien pour entretenir en sa benevolence et en sa grâce : cela ne sera-il point pour l'esmouvoir plus au vif, d'autant qu'en ces mots est exprimée beaucoup mieux la calamité dont Dieu nous a retiré ? En somme, d'autant que nostre esprit ne peut recevoir avec trop grand désir, le salut qui nous est offert en la miséricorde de Dieu, ny avec telle révérence et recognoissance (|u'il appartient, sinon que premièrement il ait esté espovanté d'une frayeur de l'ire de Dieu et de la mort éternelle : la sahicte Escriture nous donne ceste instruction, de cognoistre Dieu aucunement courroucé contre nous quand nous n'avons pas Jésus Christ, et sa main estre armée pour nous abysmer : au contraire, de n'avoir aucun sentiment de sa benevolence et bonté paternelle sinon en Jésus Christ.

3. Or combien que Dieu en usant d'un tel stile, s'accommode à la capacité de nostre rudesse, toutesfois si est-ce la vérité : car luy qui est la justice souveraine, ne peut aimer l'iniquité laquelle il voit en nous tous : nous avons donc matière en nous pour estre hais de Dieu. Pourtant au regard de nostre nature corrompue, et

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