‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 23 sur 703 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

tenient du pouple : qui plus ost. Xenophon philosophe bien estimé, loue et prise la ivsponse d'Apollo, par L-Kpielle il commanda que chacun servis! a Dieu à la iruise et l'antu de ses jieres, et selon l'usage et coutume de sa ville. Or d'où viendra ccste authorité aux hommes mortels, de définir selon leur advis d'une chose qui siu-monte tout le monde ? Ou hieii (jui est-ce qui se pourra reposer sur ce qui aura esté ordonné ou estiibli par les anciens, pour recevoir sans doute ne scrupule le Dieu (jui luy aura esté baillé par les houimes? IMuslost chacun s'arrestera à son jugement que de s'assujettir à l'advis d'autruy. Or d'autant (|ue c'est un lien trop foible et du tout fragile pour nous retenir en la religion, tiue de suivre la coustume d'un pays, ou l'ancienneté, il reste que Dieu parle luymesme du ciel pour testifier «le soy.

13. Voyla comment tant de si belles lampes alumées au bastiment du monde nous esclairent en vain, pour nous faire voir la gloire de Dieu, veu (ju'elles nous environnent tellement de leurs rayons, qu'elles ne nous peuvent conduire jus(iues au droit chemin. Vray est qu'elles font bien sortir (piehjues estincelles, mais le tout s'estoulïe devant que venir en clarté de durée. Pourtiint l'Apostre après avoir dit que le monde est comme une effigie ou spectacle des choses invisibles, adjouste Uuitost après que c'est par foy (pi'on cognoist ([u'il a esté aussi bien compassé et aproprié par la paroUe de Dieu (Heb. 11, 3) : signifiant par ces mots, combien que la majesté invisible de Dieu soit manifestée par tels miroirs, que nous n'avons pas les yeux pour la contempler jusques à ce qu'ils soyent illuminez par la révélation secrète qui nous est donnée d'enhaut. Sainct Paul aussi en disant que ce qui estoit expédient de cognoistre de Dieu, est manifesté en la création du monde (Rom. 1, 19), n'entend pas une espèce de manifestation qui se comprenne par la subtilité des hommes, mais plusto?;t il dit rpi'elle ne va pas plus outre que de les rendre inexcu.sables. Et combien qu'en un passage il dise qu'il ne faille point chercher Dieu fort loin, veu (ju'il habite en nous (Actes 17, "21) : toutesfois ailleurs il s'expose, monstrant dequoy sert un voisinage si prochain. Dieu, dit-il, a laissé les peuples cheminer par cy devant en leurs voyes, et toutesfois ne s'est point laissé sans tesmoignage, leui' donnant

pluye du ciel et années fertiUes, remplissant de nourritiue et joye les cœuisdes hommes (.Vêtes 14, 16). Combien donc (pie Dieu ne soit pas destitué de tesmoins. conviant |)ar ses benelices si doucement les hommes à sa cognoissance, si ne laissent-ils pas pour cela de suivre leurs voyes, c'est à dire erreurs mortels.

14. Or combien (pie la faculté nous défaille de nature pour estre amenez jusijues à une pure et claire cognois.sance de Dieu : toutesfois d'autint que le vice de ceste tardiveté est en nous, toute tergiversation nous est ostée : car nous ne pouvons pas tellement prétendre ignorance, que nostre propre conscience ne nous redargue tant de paresse que d'ingratitude, (^ar ce n'est pas défense de mise ne de recepte, si l'homme estant doué de sens allègue qu'il n'a point d'oreille pour ouyrla vérité: veu que les créatures nuietles ont voix haute et claire pour la raconter: s'il allègue de n'avoir peu voir de ses yeux ce que les créatures qui n'ont point de veue luy auront monstre, s'il s'excuse sur l'indjecillité de son esprit, quand les créatures qui n'ont sens ne raison luy sont maistresses pour l'enseigner. Parquoy en ce que nous sommes crrans et vagabons, nous sommes desnuez de toute excuse, veu que toutes choses nous monstrent le droit chemin. Au reste, combien (pi'il faille imputer au vice des hommes, ce (lu'ils corrompent ainsi tost la semence que Dieu a plantée en leurs cœurs pour se faire cognoistre à eux par l'artifice admirable de nature, tellement que ceste semence ne produit jamais son huit entier et meur : toutesfois ce que nous avons dit est tousjours vray: c'est que nous ne sommes pas suffisamment instruits par le simple tesmoignage et iiud que les créatures rendent à la gloire de Dieu quelque magnifique (pi'il soit. Car si tost (|u'en contemplant le monde nous avons gousté bien maigrement et a la légère (|uelque divinité, nous laissons là le vray Dieu : et au lieu de luy dressons noz songes et phantosmes, et desrobons à la fontaine de sagesse, de justice, bonté et vertu, la louange qui luy est deue, pour la transporter cà et là. Quant à ses œuvres ordinaires, ou nous les obscurcissons, ou nous les renversons par nostre jugement pervers, en sorte qu'elles ne sont point prisées selon (|u'eUes ineritoyent, et (jue l'autheur aussi est fraudé de sa louange.

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