LIVRE I
fïastoan, comme on dit, en allojjant que de tontes les pallies de aaluie on [)eul tirer di\ers noms de Dieu, sans toutcsibis dcschirer ou divise)' son essenee, comme si nous n'estions |)as desja par trop enclins à vanité, sinon ((u'on nous mist devant les yeux une compagnie de dieux bigarrée, pour nous transporter tant ()lus loin en erreur, et avec plus grande im|)etuosité. I^a tiieologie des Kgypliens, ([u'ils ont nununée secrète, monstre ([uc tous ont mis peine et soin poiu' tant faire (|u"il sen)l»last (|u'ils n'estoyent point insensez sans quehiue raison. Et possible qu'en ce qu'ils prétendent, les simples et mal advisez y seroyent abusez de prime l'ace : tant y a que nul homme n'a jamais l'ien controuvé, qui ne l'usl pour corrompre vilainement et i)ervcrtir la religion : mesmc ccste variété si confuse a augmenté l'audace aux Epicuriens et Athées prophanes contenq)teurs de la religion, pour rejetter tout sentiment de Dieu. Car en voyant les plus sages et prudens se dcbatre et estre bandez en opinions contraires, ils n'ont point fait difliculté sons ombre de leurs discors, ou bien de l'opinion frivole et absurde de chacun d'eux, d'inférer et conclurre ([uc les hommes cherchent sans propos et follement beaucoup de tournions, en s'enijuerant de Dieu, (pii n'est point. Ils ont |)ensé que cela leur estoit licite, pource qu'il vaut mieux plat et court nier Dieu, que forger des dieux incertains, et puis après esmouvoir des contentions où il n'y ait nulle issue. Vray est (pie telles gens arguent trop brutalement ou plustost abusent de l'ignorance des hommes, comme d'une brouée pour cacher leur impieté, veu ([u'il n'est point à nous de rien deroguer à Dieu, (pioy ([ue nous en parlions impertinemment. Mais puis que les payens ont confessé qu'il n'y a rien en quoy tant les savans que les idiots soyent plus discordans, de là on l)cut recueillir, que l'entendement humain est plus qu'hebeté et aveugle aux secrets de Dieu, veu que tous s'y abusent si lourdement, et rencontrent si mal. Aucuns louent la response d'un Poète payen nommé Symonides, lequel estant interrogué par le roy Hieron, que c'estoit de Dieu, demanda terme d'un jour pour y penser. Le lendemain estant derechef cniiuis redoubla le terme : et quand il eut ainsi quelque fois prolonge, en la fin il respondit que d'autant jilus qu'il y apjjliquoit son sens, il trouvoit la chose plus obscure. Or prenons le cas (lu'un povre incrédule ait prudemment fait, de suspendre sa sentence d'une chose à luy incogneue, tant y a que de là il appert que si les hommes ne sont enseignez que par nature, ils n'auront rien de certain, de ferme ou liquide : mais seulement qu'ils seront tenus attachez à ce principe confus, d'adorer quelque dieu incogneu.
12. Or il est à noter, que tous ceux qui abastardissent la religion, comme il adviendra à
tous ceux qui suyvent leur fantasie, se séparent du \ray Dieu, et s'en révoltent. Ils protesteront bien de n'avoir point ce vouloir : mais il n'est pas (piestion de juger selon ce (pi'ils proposent, ou (lu'ils se persuailenl, veu que le sainct Esprit prononce que tous sont apostats, d'autant qu'en leur obscurcie et ténèbres ils supposent des diai)les an lieu de Dieu. Pour ceste raison sainct Paul dit, (lue les Ephesiens ont esté sans Dieu, jus(pies à ce qu'ils eussent appris par l'Evangile quel Dieu il falloit adorer (Eph. t, 12). Ce qui ne se doit point restreindre à un seul peuple, v(Mi (pi'en l'autre lieu il afferme, que tous hommes mortels se sont esvanouis en leurs pensées, combien que la majesté du créateur leur fust manifestée en l'édifice du monde (Roni. 1, 21). Pourtant l'Escriture, afin de donner lieu au vray Dieu et unique, insiste fort à condamner tout ce qui a esté renommé de divinité entre les payens : et ne laisse de résidu sinon le Dieu qui estoit adoré en la montagne de Sioii, parceque là il y avoit doctrine spéciale pour tenir les hommes eu pureté (Habac. 2, 18). Certes du temps denostre Seigneur Jésus Christ, il n'y avoit nation en terre, excepté les Juifs, (jui api»rocliast plus de la droite pieté que les Samaritains : nous oyons toutesfois qu'ils sont redarguez par la bouche de Jésus Christ, de ne savoir ce qu'ils adorent (Jean 4, 22) : dont il s'ensuit qu'ils ont esté deceus en erreur. Bref combien que tous n'ayent point esté plongez en des vices si lourds et énormes, et qu'ils ne soyent point tombez en des idolâtries manifestes, il n'y a eu toutesfois nulle religion pure ou approuvée, estans seulement fondez sur le sens commun des hommes. Car combien qu'un petit nombre de gens n'ait point esté si forcené que le vulgaire, si est-ce que le dire de sainct Paul demeure vray, que la sagesse de Dieu ne se comprend point par les plus excellens du monde (1 Cor. 2, 8). Or si les plus subtils et aigus ont ainsi erré en ténèbres, que dira-on du commun peuple, qui est comme la lie ou la fange? Il ne se faut donc esmerveiller si le saint Esprit a rejette tout service de Dieu controuvé à la poste des hommes comme bastars et corrompus, veu (lue toute opinion que les hommes conçoivent de leurs sens quant aux mystères de Dieu, combien (pi'elle n'apporte point tousjours un si grand amas d'erreurs, ne laisse pas pourtant d'en estre mère. Et quand il n'y auroit plus grand mal que cestuy-cy, desja ce n'est point un vice à pardonner, d'adorer à l'aventure un dieu incogneu. Or tous ceux qui ne sont point enseignez par l'Escriture saincte à quel Dieu il faut servir, sont condamnez de telle témérité par Jésus Christ (Jean 4, 22). Et de fait les plus sages gouverneurs qui ont basti les loix et polices, n'ont point passé plus outre que d'avoir quelque religion fondée sur le consen-