‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 241 sur 703 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

à dire qui n'emporte point en soy vray efîect, les mots que nous avons allégué ne souffrent point qu'on amoindrisse t^mt sa vertu. Car si nous sommes reputez justes parla foy laquelle repose en luy, il nous faut aussi chercher en luy mesme la matière do nostre salut, ce qui se proa^e par plusieurs lieux asses evidens : comme de sainct Jean, Non pas que nous l'ayons aimé les premiers, mais il nous a aimez le premier, et a envoyé son Fils propiciation pour noz péchez (1 Jean 4, 10). En ces mots il demonstre clairement que Dieu nous a estahli le moyen de nous reconcilier avec luy en Jésus Chi'ist, afin ([ue rien n'empeschast son amour enveis nous. Et ce nom de Propiciation ou appointement, emporte heaucoup. r.ar Dieu du tem])s qu'il nous aimoit, de l'autre costé nous estoit ennemi d"une façon qui ne se peut exprimer, jusfju'à ce qu'il a esté appaisé en Christ. A quoy se rapportent toutes ces sentences : que Jésus Christ est la purgation de noz péchez. Item, qu'il a pieu à Dieu reconcilier toutes choses à soy par luy, pacifiant tous discors par le sang de sa croix en luy mesme. Item, que Dieu estoit en Christ s'appaisant envers le monde, n'imputant point aux hommes leurs péchez (1 Jean 2, 2; Col. 1, 20 ; 2 Cor. o, 19). Item, rpi'il nous a eu agreahles en son Fils aimé. Item que Jésus Christ a reconcilié les Juifs et les Payens avec Dieu par sa croix (Ephes. i, G; 2, !(!). La raison de ce mystère se peut recueillir du premier cliapitre des Ephesiens : là où sainct Paul après avoir enseigné que nous avons esté eleus en Christ, adjoustc que nous avons ohtenu grâce en luy. Comment Dieu a-il commencé de recevoir en son amour et faveiu" ceux qu'il avoit aimez devant la création du monde, sinon d'autant (|u'il a desployé son amour quand il a esté reconcilié ])ar le sang de son Fils? Car d'autant que Dieu est la f(jntaine de toute justice, il est nécessaire, pendant que nous sommes pécheurs, que nous l'ayons pour ennemi et juge. Parquoy la justice telle que sainct Paul la descrit, luy est commencement de nous aimer : c'est que celuy qui estf)it pur de tous pochez a esté fait péché pour nous, afin que nous soyons justice de Dieu en luy (2 (^or. o, 21). (^ar il signifie que par le sacrifice de Jésus Christ nous avons justice gratuite pour plaire à Dieu, estans autrement aliénez de luy par le poché, et enfans d'ire de nature. Au reste ceste distinction est notée, toutes fois et (juantes que l'P^scriture conjoint la grâce de Jésus Christ avec l'amour de Dieu; dont il s'ensuit que nostre Sauveur nous élargit du sien qu'il a acquis, pource qu'autrement il ne conviendroit pas que ceste louange luy fust attribuée à part, que la grâce est sienne et provenante de luy.

3. Or que Jésus Christ nous ait acquis par son obéissance faveur envers le Père, et mesmes

(pi'il l'ait méritée, il appert et se peut recueillir sans doute de plusieurs tesmoignages de l'Escriture. Car je preu ce poinct pour résolu, que s'il a satisfait pour noz péchez, s'il a soustonu la peine qui nous estoit deue, si par son obéissance il a apjiaisé l'ire de son Père, finalemont si luy estant juste a souffert jiour les pécheurs : il nous a acquis salut par sa justice; ce qui vaut autant que mériter. Or tesmoin sainct Paul, il nous a reconcilié par sa mort (Uom. 5, M). Si la reconciliation n'a point de lieu, sinon qu'il y ait précédé offense, haine et divorce : le sens est tel, que Dieu, (jui injustemcntnous hayssoit et avoit en dcsdain a cause du péché, s'est appointé avec nous par la mort de son Fils,- pour nous estre propice. Il faut bien aussi noter la comparaison que met sainct Paul : c'est que connue nous avons esté faits pécheurs par la transgression d'un homme, aussi nous sommes restituez en justice par l'obéissance d'un homme (Rom. S, 19). Car le sens est tel, que tout ainsi qut; nous avons esté séparez de Dieu par la couli)e d'Adam, et destinez à perdition : aussi par l'obéissance de Jésus Christ nous avons esté remis et receus en amour comme justes. Comme aussi il dit, que le don est pour effacer plusieurs délits, afin de nous justifier (Rom. o, 16).

4. Or quand nous disons que la grâce nous a esté acquise par le mérite de Jésus Christ, nous entendons que nous avons esté purgez par son sang, et que sa mort a esté satisfaction pour effacer les péchez. Comme dit sainct Jean, que son sang nous purge : et le Sauveur mesme, Voyci mon sang qui est espandu pour la remission de péchez (1 Jean 1, 7; Luc 22, 20). Si la vertu et effect du sang espandu, est que noz péchez ne nous soyent poiut imputez, il s'ensuit ([u'il a esté satisfait par ce pris pour recompense au jugement de Dieu. A quoy s'accorde le dire de Jean Ra])tiste, Voyci l'Agneau de Dieu, (jui oste le i)eclié du monde (Jean 1,29). Car il oppose Jésus Christ h tous les sacrifices de la Loy : enseignant que tout ce que ces figures-là ont monstre, est acconq)li en luy. Or nous savons ce (lue Moyse réitère .souvent : c'est que l'ini- (juité sera rachetée, le péché effacé et remis par les offrandes, liref les figures anciennes nous deelairent tresbien quelle est la vertu et efficace de la mort de Jésus Christ. Et l'Apostre en l'epistre aux Ilebrieux expli(|ue i)roprement le tout, en usant de ce principe, que le pardon ne se fait point sans effusion de sang (Ilebr. 9, 22) : dont il conclud que Jésus Christ est apparu avec son sacrifice pour abolir le péché. Item, (lu'il a esté olïert pour abolir les péchez de plusieurs. Or il avoit dit un peu auparavant, qu'il n'est point entré au sanctuaire avec sang de boucs ou de veaux, mais par son propre sang, pour trouver rédemption éternelle (Heb. 9, 12). Davantage, quand il argue en la façon qui s'ensuit, Si le

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