LIVRE II
sang d'une génisse sanctifie selon la pureté de la chair, par plus forte raison les consciences sont nettoyées des œu\Tes mortes par le sang de Christ (Hebr. 9, 13. 14). Il appert clairement que ceux qui n'attribuent point au sacrifice de Jésus Christ, la vertu d'eiïacer les péchez, d'appaiser Dieu, et de luy satisfaire, amoindrissent par trop la grâce, qui a esté figurée par les ombres de la Loy. Voyla pourquoy l'Apostre adjouste, que Jésus Christ est Médiateur du nouveau Testament, afin que sa mort intervenante pour recompenser et abolir les péchez qui demeuroyent sous la Loy, les fidèles qui sont appeliez reçoyvent la promesse de fheritage éternel (Heb. 9, 15). La similitude aussi que met sainct Paul est bien à noter : assavoir qu'il a esté fait malédiction pour nous (Gai. 3, 13). Car c'eust esté chose superflue, voire absurde, que Jésus Christ eust esté chargé de malédiction, sinon pour payer ce dont nous estions redevables, et par ce moyen nous acquérir justice : ce qu'emporte le tesmoignage d'Isaie, que le chastiement de nostre paix a esté mis sur luy, et que nous sommes gairis par ses playes (Is. o3, 5). Car s'il n'avoit satisfait pour nos péchez, il ne seroit pas dit qu'il nous a appointé avec Dieu, se chargeant de la punition à laquelle nous estions obligez. A quoy respond ce qui s'ensuyt au Prophète, Je l'ay frappé pour rinicjuité de mon peuple : adjoustant l'interprétation de sainct Pierre qui oste toute difficulté, c'est qu'il a porté nos péchez sur le bois (1 Pierre 2, 24). Car il monstre que le fardeau de damnation a esté mis sur Jésus Clirist, pour nous en alléger.
5. Les Apostres aussi prononcent asses ouvertement, que Jésus Christ a payé le pris et rançon pour nous racheter de l'obligation de mort, comme quand sainct Paul dit, que nous sommes justifiez par la grâce d'iceluy, par la rédemption qu'il a faite : d'autant que Dieu l'a ordonné en appointement par la foy qui est en son sang (Rom. 3, 24). Par ces mots l'Apostre magnifie la grâce de Dieu, en ce qu'il nous a donné le pris de rédemption en la mort de son Fils : puis il nous exhorte d'avoir nostre refuge au sang espandu, afin qu'estans justifiez par ce moyen nous puissions consister devant le Jugement de Dieu. Cela mesme est confermé par le dire de sainct Pierre: c'est que nous sommes rachetez non point d'or ne d'argent, mais du sang pretieux de f Agneau sans macule (1 Pierre 1, 18. 19). Car telle comparaison, où il oppose l'un à l'autre, ne conviendroit pas, si ce pris du sang innocent n'eust emporté satisfaction pour les péchez. Pour laquelle raison sainct Paul dit, que nous avons esté rachetez pretieusement (1 Cor. 6, 20). Et sans cela ce (|u'il dit ailleurs ne cousisteroit pas : c'est qu'il y a un seul médiateur, lequel s'est donné pour plege et rançon (1 Tim. 2, 5). Car en ce faisant, il faut qu'il ait soustenu la
peine que nous avions méritée. Parquoy le mesme Apostre, voulant définir que c'est de la rédemption au sang de Christ, l'appelle Remission des péchez (Col. 1, 14) : comme s'il disoit que nous sommes justifiez ou absous devant Dieu, d'autant que ce sang-la respond en satisfaction. A quoy est conforme l'autre passage : c'est que l'obligation qui nous estoit contraire, a esté elîacée en la croix (Col. 2, 14). Car cela emporte (|u'il y a eu payement et recompense pour nous délivrer de damnation. Nous devons bien aussi poiser ces mots de sainct Paul, c'est (jue si nous sommes justifiez par les œuvres de la Loy, Jésus Christ seroit mort en vain (Gai. 2, 21). Car il signifie que nous devons cercher en Jésus Christ ce que la Loy nous apporteroit si elle estoit deument accomplie : ou bien que nous obtenons par la grâce de Christ ce que Dieu a promis à nos œuvres en la Loy : assavoir, Qui fera ces choses, il vivra en icelles (Lev. 18, 5) : ce qu'il confermé aussi bien au sermon qu'il fit en Antioche, selon qu'il est recité par sainct Luc : où il dit, qu'en croyant en Jésus Christ nous sommes justifiez de toutes les choses dont nous ne pouvons estre justifiez en la Loy de Moyse (Act. 13, 38). Car si f observation de la Loy est tenue pour justice, on ne peut nier que quand Jésus Christ, ayant pris ceste charge à soy, nous reconcilie par ce moyen à Dieu son Père, comme si nous estions parfaits observateurs de la Loy, il ne nous mérite faveur. Ce qu'il dit en l'Epistre aux Galates tend à un mesme but: c'est que Dieu envoyant son Fils l'a assujetti à la Loi, afin qu'il rachetast ceux qui estoyent sous la Loi (Gai. 4, 4. 5). Car de quoy serviroit cette sujection s'il ne nous eust acquis justice, s'obhgeant à faire et accomplir ce que nous ne pouvions : et à payer, d'autant que nous n'avions de quoi? Voyla dont vient l'imputation de justice sans œuvres, dont il est si souvent parlé : c'est que Dieu nous alloue en acquit la justice qui se trouve en nostre Seigneur Jésus (Rom. 4, 5). Et de fait sa chair n'est point appellée Viande pour autre raison, que d'autant que nous trouvons en icelle substance dévie (Jean 6,5o).Or ceste vertu ne procède d'ailleurs que de ce qu'il a esté crucifié pour le pris et recompense de tout ce que nous devions, comme sainct Paul dit, qu'il s'est offert en sacrifice de bonne odeiu*. Item, qu'il a souffert pour nos péchez, et estressuscité pour nostre justice (Ephes. o, 2; Rom. 4, 25). De quoy nous avons à conclurre, que non seulement Jésus Christ noas a esté donné pour salut, mais qu'en faveur de luy le Père nous est propice. Car il n'y a doute que ce que Dieu prononce sous figure par Isaie, ne soit entièrement accompli en ce rédempteur: Je le feray pour l'amour de moy, et pour l'amour de David mon servitem' (Is. 37, 35). De quoy sainct Jean nous est fidèle