‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 248 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

surmontant toutes nos forces, et hors de nostre faculté, d'accomplir la Loy comme il est requis : si nous ne rej^ardons qu'à nous et ne reputons (]ue ce que nous avons mérité, et de quelle condition nous sommes dignes, qu'il ne nous reste une seule goutte d'espérance : mais comme povres gens rejettez de Dieu, sommes accablez en damnation. Tiercement, nous avons declairé qu'il n'y a (ju'un seul moyen de nous délivrer d'une calamité si misérable, et nous en faire sortir : assavoir quand Jésus Christ apparoist Rédempteur, par la main duquel le Père céleste ayant pitié de nous, selon sa miséricorde infinie nous a voulu secourir, voire si nous embrassons d'une ferme foy ceste miséricorde, et reposons on icelle d'une constance d'espoir pour y persévérer : Maintenant il reste de bien considérer quelle doit estre ceste foy, par laquelle tous ceux qui sont adoptez de Dieu pour enfans, entrent en possession du royaume de Dieu, pource qu'une opinion telle (jucUe, ou mesme persuasion quelle qu'elle soit, ne sulTiroit point à faire une chose si grande. Et d'autant nous faut-il soigneusement appliquer nostre estude. à nous enquérir de la nature et droicte propriété de la foy, quand nous voyons que la pluspart du monde est comme hébétée en cest endroit. Car en oyant ce nom, ils ne conçoyvent qu'une volonté de s'accorder à l'histoire de l'Evangile : mesme quand on dispute de la foy aux escoles de Théologie, en disant cruement que Dieu en est l'object, ils esgarent çà et Là les povres âmes en spéculations volages : au lieu de les adresser à un certain but. Car puis que Dieu liabite en une lumière inaccessible, il est requis que Christ vienne au devant de nous, pour nous y guider. Dont aussi il s'appelle La clarté du monde : et en un autre lieu, La voye, la vérité et la vie : pource que nul ne vient au Père, qui est la fontaine de vie, sinon par luy : d'autant que luy seul cognoist le Père, et que son offflce est de le monstrer k ses fidèles (1 Tim. 6, IG: Jean 8, 12: 14, 6; Luc 10, 22). Suyvant ceste raison, sainct Paul proteste (1 Cor. 2, 2) qu'il n'a rien estimé digne d'estre cogneu, que Jésus Christ : et aux Actes il ne se glorifie que d'avoir cogneu la foy en Jésus Christ : et en un autre lieu, il recite le propos qui luy a esté adressé : Je t'envoyeray entre les peuples, à ce qu'ils recoyvent remission de leurs péchez, et qu'ils soyent participans de l'héritage des Saincts par la foy qui est en moy (Act. 26, 17. 18). Item, ailleurs il dit, que la gloire de Dieu nous est visible en la face de Christ: et que c'est ce miroir-là auquel toute cognoissance nous est donnée (2 Cor. 4, 6). Vray est que la foy regarde en un seul Dieu : mais il nous y faut adjouster le second poinct, c'est de croire en Jésus Christ, lequel il a envoyé : pource que Dieu nous seroit caché bien loing, si le Fils ne

nous esclaroit de ses rayons. Et à ceste fin aussi le Pero a mis en luy tous ses biens, pour se manifester en la personne d'iceluy, et par telle communication exprimei- la vi'aye image de sa gloire. Car comme il a esté dit qu'il nous faut estre tirez par l'Esprit pour estre incitez à chercher le Seigneur Jésus : aussi d'autre part il nous convient estre advertis de ne chercher le Père ailleurs qu'en ceste image. Dequoy sainct Augustin parle tresprudemment, disant que pour bien dresser nostre foy, il nous faut savoir où nous devons aller, et par où. Puis incontinent il conclud que le chemin pour nous garder de tous erreurs, est de cognoistre celuy qui est Dieu et homme. ^ Car nous tendons à Dieu, et par l'humanité de Jésus Christ nous y sommes conduits. Au reste, sainct Paul faisant mention de la foy que nous avons en Dieu, ne prétend pas de renverser ce que tant souvent il réitère de la foy, laquelle a toute sa fermeté en Jésus Christ : et sainct Pierre conjoint tresbien les deux, en disant que par Christ nous croyons en Dieu(l Pierre 1, 21).

2. Ce mal donc, comme d'autres infinis, doit estre imputé aux théologiens Sorboniques, lesquels ont couvert tant qu'ils ont peu Jésus Christ comme d'un voile : comme ainsi soit que si nous ne regardons droit à luy, nous ne pouvons que vaguer par beaucoup de labyrinthes. Or outre ce que par leur définition pleine de ténèbres ils amoindrissent la vertu de la foy et quasi l'anéantissent, ils ont basti une fantasie de foy, qu'ils appellent Implicite, ou Enveloppée : duquel nom intitulans la plus lourde ignorance qui se puisse trouver, ils trompent le povre populaire, et le ruinent. Mesmes (pour parler plus ouvertement et à la vérité) ceste fantasie non seulement ensevelit la vraye foy, mais la destruit du tout. Est-ce là croire, de ne rien entendre, moyennant qu'on sumette son sens à l'Eglise ? Certes la foy ne gist point en ignorance, mais en cognoissance : et icelle non seulement de Dieu, mais aussi de sa volonté. Car nous n'obtenons point salut à cause que nous soyons prests de recevoir pour vray tout ce que l'Eglise aura déterminé, ou pource que nous luy remettions la charge d'enquérir et cognoistre : mais en tant que nous cognoissons Dieu nous estre Père bien vueillant, pour la reconciliation qui a esté faicte en Christ : et pource que nous recevons Christ, comme à nous donné en justice, sanctification et vie. C'est par ceste cognoissance, et non point en sumettant nostre esprit aux choses incogneues, que nous obtenons entrée au royaume céleste. Car l'Apostre en disant qu'on croit de cœur à justice, et qu'on fait confession de bouche à salut (Rom. 10, 10), n'entend point qu'il suffise si quelcun croit implicitement ce (lu'il n'entend pas : mais il requiert une pure et claire cognoissance de la

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