CHAPITRE II
bonté de Dieu, en laquelle consiste nostre justice.
3. Bien est vray (juo je ne nie pas que, comme nous sommes enveloppez d'ignorance, beaucoup de choses ne nous soyent cachées, et seront jusques à ce qu'ayans despouillé ce corps mortel, nous soyons plus ap[irochez de Dieu : esquelles choses je ciiniesse (|u"il n'est rien plus expédient que de suspendre nostre jugement, et cependant arrester nostre vouloir de ilemeurer en unité avec l'Eglise; mais c'est une moquerie d'attribuer sous ceste couverture le tillre de foy à une pure ignorance. Car la l'oy gist en la cognoissance de Dieu et de Christ (Jean 17, 3) : non pas en la révérence de l'Eglise. Et de fait, nous voyons (juel abysme ils ont ouvert par une telle implication, ipi'ils ap[telient, ou envelopi>ement : c'est que les ignorans re- (joyvent tout ce qui leur est présenté sous le tillre de l'Eglise, voire sans aucune discrétion : mesmes les plus lourds erreurs qu'on leur puisse bailler. Laquelle facilité tant inconsidérée, combien qu'elle face trébucher l'homme en ruine, est neantnmins excusée par eux, d'autant qu'elle ne croit rien avec détermination, mais sous ceste condition adjointe, Si la foy de l'Eglise est telle. En ceste manière ils feignent qu'on tient la vérité en erreur, la lumière en aveuglement, et la science en ignorance. Or afin de ne nous arrester longuement à réfuter ces folie.*;, nous admonnestons seulement les lecteurs de les comparer avec nostre doctrine, car la clairté mesme de la vérité donnera assez d'argumens pour les confondre. Car il n'est pas question entre eux de savoir si la foy est enveloppée en beaucoup de ténèbres d'ignorance : mais ils déterminent que ceux qui s'aijstiennent en ne sachant rien, et mesmes se flattent en leur bestise, croyent deuernent et comme il est requis : moyennant qu'ils s'accordent à l'authorité et jugement de l'Eglise sans rien savoir; comme si l'Escriture n'enseignoit point par tout, que l'intelligence est conjointe avec la foy.
4. Or nous confessons bien que la foy, cejjcndant (jue nous sommes pèlerins au monde, est tousjours enveloppée : non seulement pourcc que beaucoup de choses nous sont encores incogneues, mais pource (|u'estans enveloppez de beaucoup de nuées d'erreurs, nous ne comprenons pas tout ce qui seroit à souhaitter. Car la sagesse souveraine des plus parfaits est de profiter et de tirer plus outre, se rendans dociles et débonnaires. Et pourtant sainct Paul exhorte les fidèles, s'ils sont differens l'un d'avec l'autre en quebiue chose, d'attendre plus anqjle révélation (Phil. 3, la). Et l'expérience nous enseigne, que nous ne comprenons pas ce qui seroit a désirer, jusques à ce ([ue nous soyons (lespouillez de nostre chair. Journellement aussi
en lisant l'Escriture, nous rencontrons beaucoup de passages obsciu's. (pii nous arguent et convein(pient d'ignorance : et par ceste bride Dieu nous retient en modestie, c'est d'assigner à chacun certaine mesure et portion de foy, à ce que le plus grand docteur et le plus habile soit prest d'estre enseigné. Nous avons plusieurs beaux et notables exenqiles de telle foy implicite aux disciples de nostre Seigneur Jésus, devant qu'ils fassent pleinement iHuminez. Nous voyons combien il leur a esté dil'licile de gouster les premiers rudimens : comment ils ont hésité et fait scruiiule en choses bien petites : et encores qu'ils pendissent assiduellement de la bouche de leur maistre, combien peu ils ont esté avancez. Qui plus est, estans venus au sepulchre. la résurrection, de laquelle ils avoyent ouy tant parler, leur est comme songe. Puis que Jésus Christ leur avoit desja rendu tesmoignage (ju'ils croyoyent, il n'est pas licite de dire qu'ils fussent du tout vuides de foy : mesmes s'ils n'eussent esté persuadez que Jésus Christ devoit ressusciter, toute affection de le su>"\'re eust esté abbatue en eux : comme aussi les femmes n'ont pas esté induites de superstition, pour oindre de leurs onguens aromatiques un corps mort, auquel il n'y eust nul espérance de vie : mais combien qu'elles adjoustassent foy aux parolles du Fils de Dieu, lequel elles savoyent estre véritable : toutesfois la rudesse qui occupoit encores leurs esprits, a tenu leur foy entoi'tillée en ténèbres, tellement qu'ils se sont trouvez esperdus. Et pour ceste cause il est liit, (|u'ayans apperceu à l'œil la vérité des parolles de nostre Seigneur Jésus, finalement ils ont creu : non pas que lors ils ayent commencé de croire, mais pource que la semence de foy laquelle estoit comme morte en leurs cœurs, a resprins vigueur pour fructifier. Il y a eu donques vraye foy en eux, mais enveloppée : pource qu'ils avoyent receu en telle révérence (ju'il appartient le Fils de Dieu, pour leur docteur unique. Pour le second, estans enseignez de luy ils le tenoyent pour autheur de leur salut. Finalement ils croyoyent qu'il estoit venu du ciel, pour assembler en l'héritage immortel par la grâce de Dieu son Père, ceux qui luy seroyent vrais disciples. Mais de cecy il n'en faut point chercher meilleure preuve ni plus familière, que ce que chacun sent tousjours en soy quelque incrédulité meslée parmi la foy.
o. Send)lablement nous pouvons appeler Foy ce qui, à proprement parler, n'est qu'une préparation à icelle. Les Evangelistes recitent que plusieurs ont creu. lesquels seulement ont esté ravis par les miracles de Jésus Christ, pour l'avoir en admiration, sans passer plus outre que de le tenir pour le Rédempteur qui avoit esté promis: cond)ien qu'ils n'eussent cogneula doctrine de l'Evangile que bien peu, et quasi