LIVRE iir
seroit pas convenable qu'Elisée luy ordonnant ce qu'il avoit à faire en choses petites et légères, eust oublié le principal. Combien donc que la cognoissance de Jésus Christ ait esté obscure entre eux, il n'y a nul propos de la l'aire du tout nulle : mesme d'autant qu'ils s'exerçoyent aux sacrifices de la Loy, lesquels devoyent estre discernez d'avec les cérémonies des Payens par leur fin, c'est à dire par Jésus Christ.
33. Or ceste simple déclaration que nous avons en la paroUe de Dieu, devoit bien suffire à engendrer la foy en nous, n'estoit que noslre aveuglement et obstination y donnast empeschement. Mais comme nostre esprit est enclin a vanité, il ne peut jamais adhérer à la vérité de Dieu : et comme il est liebeté il ne peut voir la lumière d'iceluy. Pourtant la Parolle nue ne profite de rien sans illumination du sainct Esprit. Dont il appert que la foy est par dessus toute mtelligence humaine. Et encore ne suffit-il point que l'entendement soit illuminé par l'Esprit de Dieu, sinon que le cœur soit confermé par sa vertu. En la(juelle chose les théologiens Sorboniques faillent trop lourdement, qui pensent que la foy soit un simple consentement à la parolle de Dieu, lequel consiste en intelligence, laissans derrière la fiance et certitude du cœur. C'est donc un singulier don de Dieu que la foy, en deux manières. Premièrement entant que l'entendement de l'homme est illuminé pour entendre la vérité de Dieu : puis après (pie le cœur est en icelle fortifié. Car le sainct Esprit ne commence pas seulement la foy, mais l'augmente par degrez, jusques a ce qu'il nous ait mené jusques au royaume des cieux. Voila pourquoy sainct Paul admonneste Timotliée, de garder le depost excellent cpi'il avoit receu par le sainct Esprit qui habite en nous {i Tim. 1, 14). Si (luelcun allègue au contraire, que l'Esprit nous est donné par la prédication de foy (Gai. 3, "2) : ceste objection se peut soudre aisément. S'il n'y avoit (ju'un seul don de l'Esprit, ce seroit mal parlé de dire que l'Esprit procède de la foy, veu qu'il est autheur d'icelle et cause : mais d'autant que sainct Paul traite là des dons que Dieu confère a son Eglise, pour la mener par divers accroissemens a sa perfection, il ne se faut esbahir s'il les attribue a la foy, laquelle nous prépare et dispose a les recevoir. Il est bien vray que c'est une opinion fort estrange au monde, quand on dit que nul ne peut croire en Christ, sinon celuy auquel il est donné particulièrement : mais c'est en partie a cause que les hommes ne considèrent point comment, ne combien est haute et difficile a comprendre la sapience céleste, ne quelle est leur rudesse et imbécillité à comprendre les mystères de Dieu : en partie aussi, pource qu'ils n'ont point esgard à ceste fermeté de cœur, qui est la principale partie de la foy.