CHAPITRE II
pour appeler si fort une chose pleine d'horriltles troubles, fasclieries et périls, sans qu'il y eust aucun espoir île innfitfi' rien, (domine aussi nous ne pourrons pas (irsjtouiller pleinement lie foy le sainct Patriarche Isaac, en ce (ju'estiint admonesté de Dieu que le droit de [trinin^'eniture es- Uiit translaté à son lils puisné, il n'a pas laissé toutesl'ois d'estre [tins enclin a son lils aisné Esau. Certes tels exemples nous monstrent qu'il y a souvent des erreurs meslez parmy la Iny : toulesfois en telle surle, qu'elle ohlienl tousjours le degré souverain, quand elle est \ raye et droite. Car comme l'erreur particulier de Mebecca n'a pas rendu l'ellect de la bénédiction inutile ou nul. aussi na-il point aneanty la loy hKiuelle dominoiten son cœur généralement, et laquelle a esté conunencement et cause d'un tel acte. Toutesl'ois Hebecca a monstre condiien l'entendement humain est sujet à glisser et se destourner du lion chemin, si tost (pi'il se donne congé tiint peu (pie ce soit de rien attenter de son mouvement propre. Or combien que le deliiut et imbécillité qui est en la foynel'esteind pas du tout, si est-ce que nous en sommes advertis, combien nous (levons escouter Dieu soigneusement, pour estre comme attachez à sa bouche. Ceiiendant ce (lue nous avons dit est contenue, c'est que la foy, si elle n'est appuyée .«ur la Parolle, s'escoule bientost : connue les esprits de Sara, d'Isaac et Hebecca, s'estans esgarez en leurs destours, se fussent incontinent esvanouis, s'ils n'eussent esté retenus dune bride secrette en l'obéissance de la Parolle.
'M. Davantage, ce n'est pas sans cause (jue nous encloons toutes promesses en Christ, veu que l'Apostre enclost tout l'Evangile en la cognoissance d'iceluy : et en un autre passage il enseigne que tant f|u'il y a de promesses de Dieu, elles sont en hiy Ouy et Amen : c'est à dire ratifiées (Hom. i, 17: -2 Cor. 2, 2: 1, 20). De la*|uelle chose la raison est évidente. Car quelque bien que promette le Seigneur, en cela il testifie sa benevolence : tellement (|u'il n'y a nulles promesses «le luy, (|ui ne soyent tesmoi- ^•nages de sa dilection. Et à cela ne contrevient point (jue les iniques, d'autant plus qu'ils reçoyvent de bénéfices de sa main, se rendent coulpables de plus grief jugement. Car d'autant qu'ils ne pensent et ne recognoissent que les biens (luils ont leur viennent de la main de Dieu, ou bien s'ils le recognoissent. ne reputent point sa bonté en leurs cœurs : par cela ils ne (leuvent non plus comprendre sa bonté que les besles brutes. les(iuelles selon la qualité de leur nature, reçoyvent mesme fniit de sa largesse, sans toutesfois en rien recognoistre. Pareillement ne répugne point à nostre dire, qu'en rejetU'int les promesses qui leur sont adressées, ils amassent sur leurs testes par telle occasion plus grieve vengeance. Car combien que lors
finalement se declaire l'efficace des promesses quand elles sont receues de nous, toutesfois leur \orité et inoprieté n'est jamais esteiiito par nostre inlidelite ou ingratitude. Pourtant puis qu'ainsi est, que le Seigneur par ses promesses invite et convie les hommes non seulement à recevoir les fruits de sa bcnignité, mais aussi à les reputer et estimer, pareillement il leur declaire sa dilection. Pourtiuit il faut revenir à ce Itojiu't. que toute promesse est tesmoignage de I amoui' de Dieu envers nous. Or il est indubitable, que nul n'est aymé de Dieu hors de Christ: veu (ju'il est le Fils bien-aymé au<piel repose l'alleclion du Père (Matth. :{, 17; 17, o), et de luy sespand sur nous: comme sainct Paul enseigne, que nous avons esté rendus agréables en ce bien-aymé. Il faut donc (]uc par son moyen ceste amitié parvienne jusques à nous. Pour laquelle raison l'Apostre l'appelle Nostre paix : et eu un auti'c [)assage le ]»ro[)ose comme lien, par leiiuel la volonté du Perc est conjointe à nous (Ephes. 1, (5: '2, 14: Rom. 8, :}): De la s'ensuit (pie nous devons tousjours regarder en luy, quand quelque promesse nous est oiïerte : et (pie sainct Paul ne dit point mal, enseignant que toutes les promesses de Dieu sont en luy confermées et accomplies (Rom. 15. 8). Il semble bien ((u'aucuns exemples répugnent à cecy. Car il n'est pas vray semblable que Naainan Sirien, quand il s'enquist du Prophète comment il serviroit deuement à Dieu, fust enseigné touchant le Médiateur {'2 Rois o. 17— l'J). 11 est aussi difficile à croire (pie Corneille, homme Payen et Romain, entendit ce qui n'estoit pas cognu ;i tous les Juifs, voire obscurément : et toutesfois ses aumosnes ont esté agréables à Dieu (Act. 10. :U), comme le sacrifice de Naaman approuvé : ce (jue l'un ne l'autre n'ont peu obtenir (pie par foy. 11 y a semblable raison à l'Eunuque auquel Philippe fut adressé : car esUiiit lioiiime de pays lointain, jamais n'eust entrepris un voyage si pénible et de si grand coust pour adorer en Jérusalem, s'il n'eust eu (juclque foy en son c(eur (Act. 8, 2'. 'U). Nous voyons neantmoins comme estant interrogué par Philippe touchant le Médiateur, il confesse son ignorance. Or je confesse bien que leur foy a esté envelop[)ée en partie, non seulement quant a la personne de Jésus (>hrist, mais aussi quant a .sa vertu, et l'office qui luy a esté enjoint de Dieu son Père. Cependant c'est chose certaine (juils ont esté embus de quelques principes, les(piels leur donnoyent quelque petit goust de Jésus (Hirist. Ce qui ne doit estre trouvé nouveau. Car rEunuque ne fust jamais venu d'un pais si lointain pour adorer un Diei incognu en Jérusalem. Et Corneille s'estant addonné à la religion des Juifs, n'eust pas là vescu sans s'accoustumer aux ludimens de la pure doctrine de la Loy. Quant est de Naaman, il ne