CHAPITRE H
ausquels elle est annoncée, mais c'est sans efficace entre les aveugles. Or nous sommes tous aveujrles naturelle nient en cesl endroit : pourtant elle ne peut entrer en nostre esprit, sinon (juc lEsiirit lie Dieu, qui est le Maistre interieiir, luy <lunne accès par son illumination.
'.\iK (juand il nous a par cydovanl l'allu traitter de la corruption île noslre nature, imus avons monstre plus au lonjj; combien les hommes sont insuffisans d"eu\-niesmes à croire : paniuoy je nennuiray jioint les lecteurs réitérant ce qui a esté dit. Qu'il nous suflise quand sainct Paul nomme Esprit de foy (2 Cor. 4, l.'ii. (ju'il entend la foy mesme laquelle nous est donnée, et que nous n'avons point naturellement. Parquoy il prie Dieu, qu'il accomplisse son bon plaisir aux Thessaloniciens. et l'anivre de leur foy en vertu (:2 Thess. 1, 11). Or en nommant la foy OEuvre de Dieu, et l'intitulant de ce mot de Bon plaisir ou faveur gratuite, il declaire qu'elle n'est point du propre mouvement de l'homme. Qui plus est, ne se contentant point de cela, il adjouste que c'est un chef d'œu\Te ou Dieu desploye sa vertu. Aux Corinthiens quand il dit ('2 Cor. 2, 4) que la foy ne dépend point de la sagesse des hommes, mais est fondée en la vertu de l'Esprit: combien qu'il parle des miracles extérieurs, toutesfois pource (jue les reprouvez n'en savent faire leur protit, et n'y voyent goutte, il comprend aussi ce cachet intérieur qui seelle la vérité de Dieu en noz cœurs, comme il en fait mention ailleurs. Dieu aussi pour magnifier tant plus et esclaircir sa libéralité en ce don tant excellent, ne l'eslargit pas indifféremment à tous, mais le distribue d'im jjrivilege singulier a ceux que bon luy semble. Laipielle chose nous avons cy dessus prouvé par bons tesmoignages. Et sainct Augustin, qnï en est fidèle expositeur, parle ainsi, Nostre Sauveur, pour monstrer que Croire est de don, non point de mérite : Nul, dit-il, ne vient à moy, si mon Père ne l'y attire, et s'il ne luy a esté donné de mon Père (Jean 6, 44). C'est merveille que deux oyent : l'un mesprise, et l'autre monte. Que celuy qui mesprise, s'impute la faute : que celuy qui monte, n'usurpe point l'honneur a soy. En un autre lieu, Pourquoy est-il donné à l'un, non à l'autre ? Je n'ay point honte de dire que c'est un secret profond de la croix, un secret des jugemens de Dieu que je ne cognoy point, et dont il ne nous est pas licite de nous enquérir : et de là procède tout ce que nous pouvons. Je voy bien ce que je peux : dont c'est que je le peux, je ne le voy point, sinon que je voy bien que c'est de Dieu. Mais pouniuoy appelle-il l'un et non pas l'autre? Cela est trop haut pour moy : c'est un abysme, c'est une profondité de la croix. Je me peux escrier en admiration, je ne le peux monstrer par dispute. La somme revient là, que Jésus Christ en nous illuminant en la foy, nous ente en son
corps pour nous faire participans de tous ses biens.
36. Il reste en après, que ce (pie l'entemlement a receu soit planté dedans le cœur. Car si la parolle de Dieu voltige seulement au cerveau, elle n'est point encore receue par foy. Mais lors sa \Tave réception est, (piand elle a prins racine au proloiid du ctjpur, pour estre une forteresse invincible à soustenir et repousser tous assauts des tentations. Or s'il est vray que la vraye intelligence de noslre esprit soit illumination de l'Esprit de Dieu, sa vertu apparoist beaucoup plus évidemment en une telle confirmation du cœur : assavoir, d'autant (pi'il y a plus de deifiance au cœur que d'aveuglement en l'esprit: et qu'il est plus difficile de donner asseurance au c(Hnr. que d'instruire l'entendement. Panpioy le sainct Esprit sert comme d'une seau, pour sceller en noz cœurs les mesmes promesses lesquelles il a premièrement iinpiiinées en nostre entendement : et comme d'un arre, pour les confirmer et ratifier. Apres que vous avez creu, dit l'Apostre : vous avez esté seelh'z par l'Esprit de promesse, qui e.stl'arre de nostre héritage (Ephes. 1 , 13. 14). Voyez-vous comment il monstre que les cœurs des fidèles sont marquez du sainct Esprit, comme d'une seau : et qu'il l'appelle Esprit de promesse, à cause qu'il nous rend l'Evangile indubitable ? Semblablement aux Corinthiens: Dieu, dit-il, qui nous a oints, et nous a marquez et donné l'arre de son Esprit en noz cœurs. Item en un autre lieu, parlant de la confiance et hardiesse de nostre espérance, met pour fondement d'icelle l'arre de son Esprit (2 Cor. 1, 21 s.: o, o).
37. Cependant je n'ay pas oublié ce que j'ay dit cy dessus, et dont la mémoire nous est refraichie sans fin et sans cesse par expérience: c'est que la foy est agitée de beaucoup de doutes, solicitudes et destresses, en sorte que les âmes des fidèles ne sont guère s en repos : pour le moins elles ne se peuvent pas tousjours asseurer paisiblement. Mais quelques rudes assauts et violence qu'elles ayent à soustenir, elles en viennent tousjours a bout et en repoussant les tentations demeurent en leur forteresse. Ceste seule asseurance suffit pour nourrir et garder la fov, quand nous sommes bien résolus de ce qui est dit au Pseaume, Le Seigneur est nostre protection et nostre aide au besoin: ainsi nous ne serons point estonnez, encore (|ue la terre tremblast, et que les mont.agnes trébuchassent au profond de la mer (Ps. 46, 2. 3). Et ailleurs il nous est monstre combien ce repos est amiable, quand David dit (ju'il s'est couché et a dormy paisiblement et s'est levé, d'autant qu'il estoit en la garde de Dieu (Ps. 3, 6). Non pas qu'il ait tousjours d'un train égal jouy de telle joye et seureté, qu'il ne sentist nul trouble: mais entant qu'il goustoit la grâce de Dieu selon
la mesure de sa foy, il se glorifie qu'il mesprlscra hardiment tout ce qui peut tourmenter son esprit. Parquoy l'Escriture nous voulant exhorter à la f( )y, nous commande de nous reposer. Comme en Isaie, Vostre force sera en espoir et silence. ItemauPseaume, Tay-toy, et attend le Soi^ineur. A quoy respond le dire de l'Apustre, Il est besoin de patience (Is. 30, 15; Ps. 37, 7 ; Hehr. 10, 36), etc.
38. De là peut-on juger coml)ien la docti'iue des théologiens Sophistes est pernicieuse: c'est que nous ne pouvons rien arrester en nous de la grâce de Dieu, sinon par conjecture morale, selon qu'un chacun se repute n'estre indigne d'icelle. Certes s'il faut estimer par les œuvres quelle alïection a Dieu envers nous, je confesse que nous ne le pouvons jias comprendre, voire par la moindre conjecture du monde: mais d'autant que la foy doit respon(Jre à la simple et gratuite promesse de Dieu, il ne reste ])lus de lieu à aucune doute. Car de quelle fiance serons-nous armez contre le diable si nous pensons seulement sous ceste condition Dieu nous estre propice, si nous méritons ([u'il nous le soit? Mais d'autant que nous avons destiné à ceste matière son tivaité à part, nous ne la poursuyvrons rlavantage pour le présent: veu principalement que c'est une chose manifeste, qu'il n'y a rien plus contraire h la foy, que conjecture ou autre sentiment prochain à doute et ambiguïté. Pour confermer cest erreur', ils ont tousjours en la bouche un passage de l'Ecclesiasle, lequel ils corrompent meschamment: assavoir, que nul ne sait s'il est digne de haine ou d'amoiu" (Eccles. 9, 1). Encore que je laisse à dire que ceste sentence a esté mal rendue en la translation conmiune: toutesfois les petis enfans peuvent ^ oir ce que Salomon a voulu dire : c'est que si quelcun veut estimer par les choses présentes, lesquels sont aimez, et lesquels sont hais de Dieu, qu'il travaillera en vain: veu (pie prospérité et adversité sont comnumes tant au juste qu'à l'inique : tant à celuy ([ui sert à Dieu, qu'à celuy qui n'en tient conte. Dont il s'ensuit que Dieu ne testitie point lousjours son amour envers ceux qu'il fait fructifier temporellement: et aussi ne declairc sa haine envers ceux qu'il afflige. Laquelle chose il dit pour redarguer la vanité de l'entendement humain: veu (pi'il est si hebeté à considérer les choses tant nécessaires. Comme un peu devant il avoit dit, qu'on ne peut pas discerner en quoy diffère l'ame de l'homme d'une ame brutale: pourcc qu'il semljle advis que l'une et l'autre meurt d'une mesme mort (Eccles 3. 19). Si (juelcun vouloit de cela inférer, la sentence que nous tenons de l'immortalité des âmes n'estre fondée que sur conjecture, ne le jugerions-nous pas à bon droit estre enragé ? Ceux-cy donc sont-ils de sain entendement , en arguant ipi'il n'y a nulle certi-
tude de la grâce de Dieu entre les hommes, d'autant (ju'elle ne se peut comprendre par le regard charnel des choses présentes?
39. Mais ils allèguent que cela est une présomption téméraire, de s'attribuer une cognoissance indubitable de la volonté divine. Ce que je leur concederoye, si nous entreprenions de vouloir assujettir à la petitesse de nostre entendement le conseil incompréhensible de Dieu. Mais quand nous disons simplement avec sainct Paul, que nous avons receu un Esprit qui n'est point de ce monde, ains procédant de Dieu, par lecfuel nous cognoissons les biens que Dieu nous a donnez (1 Cor. i, 12), qu'est-ce qu'ils peuvent nun-murer à rencontre, qu'ils ne fticent injure à l'Esprit de Dieu? Or si c'est un sacrilège liorrilile, de souspeconner ou de mensonge, ou d'incertitude, ou d'ambiguïté, aucune révélation venant de luy, qu'est-ce que nous faillons atîermans la certitude de ce qu'il nous a révélé ? Mais ils prétendent derechef, que c'est témérairement fait à nous de nous oser ainsi glorifier de l'Esprit de Christ. En quoy ils demonstrent grandement leur bestise. Qui penseroit qu'il y eust une telle ignorance en ceux qui se veulent faire Docteurs de tout le monde, de faillir si lourdement aux premiers elemens de la Chrestienté? Certes ce me seroit une chose incredible, sinon que leurs escritures en fissent foy. Sainct Paul dénonce qu'il n'y a point d'autres enfans de Dieu, sinon ceux qui sont menez par l'Esprit d'iceluy (Rom. 8, 14 s.) : ceux-cy veulent que les enfans de Dieu soyent conduits par leurs propres esprits, estant vuides de celuy de Dieu. Sainct Paul enseigne (jue nous ne pouvons appeller Dieu, nostre Père, sinon que l'Esprit imprime ceste appellation en nous, lequel seul l)eut rendre tesinoignage à nostre ame, que nous sommes enfans de Dieu (Rom. 8, 16): ceuxcy combien (ju'ils ne nous défendent point l'invocation de Dieu, neantmoins nous ravissent l'Esprit, par la conduite dmjuel il le falloit invoquer. Sainct Paul nie que celuy qui n'est mené ]iar l'Esprit de (vlirist, soit serviteur d'iceluy: Rom. 8, 9) ceux-cy forgent une Chrestienté, laquelle n'ait que taire de f Esprit de Christ. Sainct Paul ne nous fait nulle espérance de la résurrection bien-heureuse, sinon que nous sentions le sainct Esprit résidant en nous (Rom. 8, 11): ceux-cy imaginent une espérance vuyde d'un tel sentiment. Us respondront possible, qu'ils ne nient |ioint (pie le sainct Esprit ne nous soit nécessaire, mais (lue par humilité et modestie nous devons penser que nous ne l'avons point. Si ainsi est, qu'est ce donc que veut l'Apostre, quand il commande aux Corinthiens de s'examiner et esprouver s'ils ont Jésus Christ habitant eneux, a(Jjoustantque quicon(iue n'a ceste cognoissance est reprouvé ("2 Cor. 13, 5. 6)? Or nous cognoissons par l'Esprit qu'il nous a donné,