‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 268 sur 703 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

qu'il demeure en nous, ainsi que dit sainct Jean (1 Jean 3, ai). Et qu' est-ce que nous taisons autre chose, que revoiiuer les iirnuiesses de Jesus-Christ eu doute, tiuaudnous voulons estre serviteurs de Dieu sans son Esprit, veu ([u'il a dénoncé qu'il respaminiit sur tous les siens (Is. 4't, 3)? Qu*^ faisons nous autre chose (jue desroher au sainct Esprit sa >,doire en séparant de luy la toy, qui est œuvre proprement venant de luy^ Veu que ces choses sont les premières leçons que nous devons apprendre en noslre religion, c'est un grand aveuglement, de noter les Chrestiens d'arrogance, quand ils se glorifient de la présence du sainct Esprit, sans laquelle il n'y a nulle Ghrestienté. (am'Ics ils demonstrent par leur exemple combien est vray ce que dit le Seigneur ; que son Esprit est incognu au monde: ol (ju'il n'y a (jue ceu\-la dedans lesijuels il habite, qui le cognoissent (Jean 14, 17).

'lO. Et afin de renverser de toutes pais les fondemens de la foy, il les assaillent encore d'un autre costé : c'est combien que nous puissions assoir jugement de la grâce de Dieu, selon la justice en U^iuelle nous consistons présentement, toulesfois ([ue la certitude de noslre persévérance demeure en suspens. Mais il nous resteroit une belle confiance de salut, si nous ne pouvions autre chose (jue reputer par conjecture, qu'ils appellent Morale, que nous sommes a présent en la grâce de Dieu, ne sachans ce qui doit demain advenir. L'Aposire parle bien autrement, disant (lu'il est certain que ny Anges, ne puissances, ne principautez, ne mort, ne vie. ne les choses presenles. ne les l'ulures ne nous pourront séparer de la dilection de la- (|uelle Dieu nous embrasse en Jésus Christ (Hom. 8, 38. 39). Ils s'etîorcent d'eschajjper par une solutio.i frivole, disant que l'Apostre avoit cela de révélation sjieciale : mais ils sont de trop près tenus, pour pouvoir si facilement eschapper : car la il traite quels biens proviennent de la tby généralement a tous fidèles, non point ce qu'il experimentoit particulièrement en soy. Voire mais luy-mesme, disenl-ils, t.-ische de nous faire craindre, en nous lemonsUant nostre imbécillité et inconstance, quand il dit que celuy qui est debout se doit garder qu'il ne tombe (l Cor. 1<», 1:2). Il est bien vray : toutesfois il ne nous baille point une crainte pour nous estonner, îains seulement pour nous afijirendre de nous humilier sous la main puissante de Dieu, connue sainct Pierre le declaire (1 Pierre o, 6). Davantage, quelle resverie est-ce de linuter la certitude de foy à un petit de temps, à laquelle il convient i)roprement d'outrei»asser la vie présente, pour s'estendre à l'inunortalité future ? Pourtant quand les fidèles recognoissent cela venir de la grâce de Dieu, qu'estans illuminez île sou Esprit ils jouyssent par foy de la contemplation de la vie

future : tant s'en faut que telle gloire doive estre accusée d'arrogance : (jue si quelcun a honte de confesser cela, il lienionstre une extrême ingratilude, pluslost (pie modestie ou humilité : d'autant qu'il su|>prime et obscurcit la bonté de Dieu, hupielle il devoit niagnitier.

41. Pource (pi'a mon advis la nature de la foy ne se pouvoit mieux ne jjIus clairement exprimer que par la substance des promesses, où elle a son propre fondemeiu pour s'appuyer, sans kMjuel elle Irebuscberoil incontinent, ou plustost s'esvanouiroit : voila pourcjuoy j'ay tiré des promesses la defiiiilion ([ue j'ay nuse, la- (luelle toutesfois ne discorde point d'avec la desciiption (ju'en fait l'Apostr-e selon l'argument qu'il traite. Il dit que la foy est mi soustenement des choses ([u'on espère, et une demonstrance des choses (pii n'apparoissenl point (Hebr. 11, 1). Car par le mot d'ilypostase, il entend la fermeté sur laf|nelie les amcs fidèles s'appuyent. Conune s'il disoil (jue la foy est une possession certaine et infallible des choses que Dieu nous a promises. Sinon que quelcun aimast mieux prendre le mot d'Ilypostase pour confiance, ce (jui ne me desplait pas, combien que j'aime mieux me tenir a la première exposition la(pielle est plus receue. Derechef, pour signifier que jus(ju'au dernier jour, auquel les livres seront ouverts (Dan. 7, 10), les choses apj)artenantes h nostre salut sont trop hautes pour estre comprises de nostre sens, ou voues de noz yeux, ou touchées de nos mains : et par ainsi que nous ne les possédons autrement, qu'en surmontant la capacité de noz enlendemens, et eslevanl nostre regard par dessus tout ce qui se voit au monde, bref, en nous surmontant nous mesme : pour ceste cause il adjouste, que telle certitude de posséder, est des choses qui sont situées en espérance : et pourtant ne s'apperçoivent point. Car l'évidence, comme dit sainct Paul, est diverse d'espoir : et nous n'espérons pas les choses (pie nous \ oyons (Rom. 8, 24). En la nonmiant Monstre ou Piobation (les choses non apiiaientes, ou comme sainct Augustin souvent rinterjH'ete, Tesmoignage i)ar le(|uel nous sonunes conveincus : il parle tout ainsi comme s'il disoit, que c'est une évidence de ce (pii n'apparoist, une vision de ce qui ne se voit j)oint, une perspicuité des choses obscures, une présence des choses absentes, une demonslrance des choses cachées. - Car les mystères de Dieu, et principalement ceux qui appartiennent à nostre salut, ne se peuvent contem[)ler en leur nature : mais nous les regardons seulement en la parolle de Dieu, de laquelle la vérité nous doit estre tell'tment persuadée, que nous tenions pour un fait accomply tout ce qu'elle dit. Comment donc se lèvera un c(mrage a recognoistre et gouster une telle bonté de Dieu, qu'il ne soit pareillement

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