‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 28 sur 703 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

commence à venir en estre. Et n'est pas question iey de caviller, combien (lue l'Eglise prenne sa source et ori<;i:ine de la parolle de Dieu, toulesfois qu'on sera tousjours en doute quelle doctrine sera reeeue comme Propheti(iue et Apostoii(iue, jusqucs à ce que i'arrest de l'Eglise y soit enlrevenu. Car si l'Eglise Clirestienne a esté de tout temps fondée sur la prédication des Apostres et les livres des Prophètes, il faut bien que l'approbation de telle doctrine ait précédé l'Eglise laquelle elle a dressée, connue le fondement va devant l'eilitice. C'est donques une resverie trop vaine, d'attribuer à l'Eglise puissance de juger l'Escriture, tellement qu'on se tienne à ce que les hommes auront ordonné, pour savoir que c'est de la paroUe de Dieu ou non. Parquoy l'Eglise en recevant l'Escriture saincte et la signant par son sulTrage, ne la rend pas authentique, comme si auparavant elle eust esté douteuse ou en dilTerent : mais pource (lu'elle la cognoist estre la pure vérité de son Dieu, elle la révère et honnore comme elle y est tenue par le devoir de pieté. Quant à ce que ces canailles demandent dont et comment nous serons persuadez que l'Escriture est procedée de Dieu, si nous n'avons refuge au décret de l'Eglise : c'est autant comme si aucun s'enqueroit dont nous apprendrons à discerner la clarté des ténèbres, le blanc du noir, le doux de l'amer. Car l'Escriture a de quoy se faire cognoistre, voire d'un sentiment aussi notoire et infaillible comme ont les choses blanches et noires de monstrer leur couleur, et les choses douces et ameres de monstrer leur saveur.

:i. Je say bien (ju'on a accoustumé d'alléguer le dire de S. Augustin, qu'il ne croiroit pas en l'Evangile, si l'authorité de l'Eglise ne l'y esmouvoit : '" mais par le fil du texte il est aisé d'appercevoir combien telle application est sotte et per^•erse. Ce sainct docteur avoit a combattre contre les Manichéens, lesquels vouloyent que sans contredit on adjoustast foy à tous leurs j songes: pource qu'ils protestoyent d'avoir la vérité, sans toutesfois en rien monstrer. Au reste, d'autant que pour eslever et establir leur maistre Manichée ils pretendoycnt ce nom d'Evangile, sainct Augustin leur demande, si d'aventure ils avoyent affaire à un honune qui ne creut pas rnesme a l'Evangile, conuuent ils s'y porteroyent, et de quelle façon de persuader ils useroyent pour l'attirer en accord. " Puis adjouste, (Juaut à moy, je ne croiroye point à l'Evangile sans estre incité par l'authorité de l'Eglise : en quoy il signifie que du temps qu'il estoit encores payen et estrangé de la foy, il n'eust peu estre amené à ceste raison d'embrasser l'Evangile pour certaine vérité de Dieu, sinon qu'il eust esté vaincu par l'anthorité de l'Eglise, que c'estoit une doctrine a laquelle on

ne pouvoit faillir d'adjouster foy. Or ce n'est point de merveilles si quelcun n'ayant point encores cogneu Jésus Christ, a regard aux hommes pour s'y amuser. Sainct Augustin doiupies natlerme pas que la foy des enfans de Dieu soit fondée en l'authorité de l'Eglise, et n'entend pas que la certitude de l'Evangile en dépende: mais seulement il veut dire que les incrédules ne se pourront asseurer pour estre gaignez à Jésus Christ, si le consentement de l'Eglise ne les y pousse : ce qu'il conforme un peu auparavant, parlant ainsi, Quand j'auray loué ce que je croy, et me seray moqué de ce que vous croyez, Manichées : que penses-tu que nous devions juger ou faire, sinon de laisser ceux qui nous convient à cognoistre choses certaines, et puis commandent qu'on acquiesce à ce qui est incertain ? et pluslost que nous suivions ceux qui nous exhortent à croire devant toutes choses ce que ne pouvons encores comprendre, à fin qu'estans fortifiez par foy, nous entendions à la fin ce qu'aurons creu (Col. 1)? Et ce non point par le moyen des hommes : mais entant (pie Dieu confermera et illuminera noz aines au dedans. Voila les propres mots de sainct Augustin, dont il appert clairement, que jamais il ne pensa à vouloir assubjettir nostre foy à l'appétit des hommes, la destournant du seul fondement qu'elle a en l'Escriture : mais seulement a voulu monstrer, que ceux qui ne sont encores illuminez de l'Esprit de Dieu, sont induits par la révérence de l'Eglise à quelque docilité, pour souffrir qu'on leur annonce Jésus Christ par l'Evangile : et ainsi que l'authorité de l'Eglise est comme une entrée pour amener les iguorans ou les préparer à la foy de l'Evangile. Ce que nous confessons estre vray. Et de fait nous voyons que sainct Augustin requiert bien une autre fermeté en la foy, que celle qu'on prendroit de la détermination des hommes. Je ne nie pas au reste, qu'il n'objecte souvent l'authorité de l'Eglise aux Main'chéens, '^ voulant ajiprouver la\eritéde l'Escriture, kuiut-Ue iceux rejettoyent: à quoy tend le reproche qu'il fait à Fauste, un de leur secte, h savoir qu'il ne s'assujettit point a la vérité Evangelique tant bien fondée et establie, tant renonunée, et acertenée, et reeeue par continuelle succession depuis le temps des Apostres, mais il ne prétend nulle part en façon (jue ce soit, que la révérence que nous portons à l'Escriture dépende du vouloir ou jugement des hommes: seulement il allègue le jugement universel de l'Eglise, pour monstrer l'authorité qu'a tousjours eu la paroUe de Dieu. Si quelcun en désire plus ample déclaration, qu'il lise le traité qu'il a fait De l'utilité de croire: où il trouvera qu'il ne nous conunande pas d'estre crédules, ou aisez à recevoir ce qui nous est enseigné des hommes, sinon pour nous donner quelque entrée à venir plus loin, et

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