‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 29 sur 703 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

nous eiKiuerir plus à j)lein : comme Iiiy-mosmc en parle. Au reste, il ne veut pas qu'on se tienne à l'opinion qu'on aura conceue: mais qu'on soit appuyé sur une certaine et ferme cognoissauce de la vérité.

4. Nous avons à retenir ce que j'ay «lit iiagueres, que jamais nous n'aurons ferme foy à la doctrine, jusques à ce qu'il nous soit persuaiié sans doute <iue Dieu en est Fautheur. Parquoy la souveraine preuve de l'Escriture se tire communément de la personne de Dieu (]ui [larle en icelle. Les Prophètes et Apostres ne se vantent point de leur subtilité et haut savoir, et tout ce (pii ac(piiert crédit aux honuncs, et n'insistent point aux raisons naturelles: mais pour assuhjeltir tous les honuncs et les rendre dociles, ils mettent en avant le nom sacré de Dieu. Il reste maintenant de voir conunent on discernera, non point d'opinion apparente, mais à la vérité, que le nom de Dieu n'est point prétendu à la volée ny en fallace. Or si nous voulons bien pourvoir aux consciences, à ce qu'elles ne soyent point tracassées sans cesse de doutes et legeretez, qu'elles ne chancellent point n'hésitent point à tous scrupules, il est requis que la persuasion que nous avons dite soit prinse plus haut que de raisons humaines, oujugemens, ou conjectures: assavoir du tesmoignage secret du sainct Esprit. Il est bien vray que quand je voudroye debatre ceste cause par raisons et argumens, je pourroye produire en avant plusieurs choses pour approuver que s'il y a un Dieu au ciel, c'est de luy que la Loy et les Prophéties sont sorties. Mesmes quand tous les plus savans et les plus habiles du monde se leveroycnt alencontre, et appli(iueroyent tous leurs sens pour se faire valoir à l'opposite, toutesfois sinon qu'ils fussent endurcis à une impudence désespérée, on leur arrachera ceste confession, qu'on voit par signes manifestes que c'est Dieu qui parle par l'Escriture : et par conséquent que la doctrine qui y est contenue, est céleste. Et tantost après nous verrons que les livres de l'Escriture saincte surmontent de beaucoup en excellence tous autres escrits : mesmes si nous y apportons des yeux purs et nets, et des sens e ntiers, incontinent la majesté de Dieu viendra au devant, laquelle donnera toute audace de contredire, nous contraignant d'obéir à soy. Ncantmoins ceux qui veulent et s'elîorcent de maintenir la foy de l'Escriture par disputes, pervertissent l'ordre. Il est \Tay qu'il y aura tousjours assez de quoy rembarrer les ennemis; et de moy, combien que je ne soyc pas doué de grâce ou faconde si exquise qu'on pourroit demander, toutesfois si j'avoye à desmesler ceste querelle avec les plus Ans comtenipteurs de Dieu qu'on pourroit trouver, et qui appetent d'estre veus bons ca,villateurs et fort plaisanteurs en renver-

sant l'Escriture, j'espère qu'il ne me seroit pa.s dillicile de rabatre tout leur caquet : et si c'estoit un labeur utile de réfuter toutes les faussetez et malices, je n'auroycpas grand' peine à monstrer que toutes leurs vanteries ({u'Us ameinent en cachette ne sont que fumées. Mais encores que nous ayons maintenu la sacrée paroUe de Dieu conti'e toutes detractions et murmures des mesclians, ce n'est pas à dire que par cela nous imprimions au cœur une telle certitude de foy ; connue la pieté requiert: pource que les gens profanes pensent que la religion consiste en opinion seulement, afin de ne rien croire follement et à la légère, ils veulent et demandent qu'on leur prouve par raison que Moyse et les^ Prophètes ont esté inspirez de Dieu à parler. A quoy je respon que le tesmoignage du sainct Esprit est plus excellent que toute raison : car coudjien (pie Dieu seul soit tesmoing suffisant de soy en sa paroUe, toutesfois ceste paroUe n'obtiendra point foy aux cœurs des hommes si elle n'y est scellée par le tesmoignage intérieur de l'Esprit. Parquoy il est nécessaire que le mesmc Esprit qui a parlé par la bouche des Prophètes, entre en noz cœurs, et les touche au vif pour les persuader que les Prophètes ont fidèlement mis en avant ce qui leur estoit commandé d'enhaut. Et ceste liaison est fort bien exprimée par Isaie, quand il dit. Mon esprit qui est en toy, et mes parolles que j'ay mises en ta bouche et en la bouche de ta semence, ne defaudront à jamais (Is. o9, 21). Il y a de bonnes gens, lesquels voyans les incrédules et ennemis de Dieu gergonner contre la Parolle, sont faschez qu'ils n'ayent bonne preuve en main sur le champ pour leur clorre la bouche : mais ils errent en ne considérant point expressément que l'Esprit est nommé seau et arre pour confermer nostre foy, d'autant que noz esprits ne font que flotter en doutes et scrupules, jusqu'à ce qu'ils soyent illuminez.

5. Ainsi que ce poinct nous soit résolu, qu'il n'y a que celuy que le sainct Esprit aura enseigné, qui se repose en l'Escriture en droite fermeté: et combien qu'elle porte avec soy sa créance pour estre receue sans contredit, et n'estrc submise a preuves ou argumens : toutesfois que c'est par le tesmoignage de l'Escriture qu'elle obtient la certitude qu'elle mérite. Car ja soit qu'en sa propre majesté elle ait assez dequoy estre révérée : neantmoins elle commence lors à nous vrayement toucher, quand elle est scellée en noz cœurs par le sainct Esprit. Estans donc illuminez par la vertu d'iceluy, desja nous ne croyons pas ou à nostre jugement, ou à celuy des autres, que l'Escriture est de Dieu: mais par dessus tout jugement humain nous arrcstons indubitablement qu'elle nous a esté donnée de la propre bouche de Dieu, par le ministère des hommes : comme si nous contemplions à

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