‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 303 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

besoin de chastiment, ce bon Père aymant nostre profit, nous visite tous sans exception par ses verges. Or c'est merveille comment ils s'arrestent ainsi au seul exemple de David, et ne s'esmeuvent de tant d'exemples lesquels nous demonstrentla remission des péchez gratuite. On lit que le Publicain est descendu du Temple justifié : nulle peine ne s'ensuit. Sainct Pierre a obtenu pardon de son péché (Luc 18, i4; 22, 61). Nous lisons ses larmes, dit sainct Ambroise : de satisiïiction nous n'en lisons point. Il fut dit au Paralytique, Leve-toy, tes péchez te sont remis (Matth. 9, 2), et ne luy fut imposée nulle peine. Toutes les absolutions desquelles il est fait mention en l'Escriture, nous sontdescrites gratuites. De ceste nmltitude d'exemples se devoit plustost prendre la reigle, que de cestuy-là seul, qui contient je ne say quoy de spécial.

36. Daniel en son exhortation, par laquelle il conseilloit à Nabuchadnezer de racheter ses péchez par justice, et ses iniquitez par pitié des povres (Dan. 4, 27) : n'a pas voulu entendre que justice et miséricorde fussent propiciation de Dieu et rédemption de peines : car il n'y a jamais eu autre rançon que le sang de Christ. Mais en parlant de racheter, il le rapporte aux hommes plustost qu'à Dieu : comme s'il eust dit, 0 Roy, tu as exercé une domination injuste et outrageuse : tu as opprimé les foibles, pillé les povres, mal et iniquement traité ton peuple. Pour les injustes rapines, oppressions et violences que tu leur as faites, ren lem' maintenant miséricorde et justice. Pareillement Salomon, quand il dit que la multitude des péchez est couverte par charité (Prov. 10, 12) : il n'entend pas envers Dieu, mais entre les hommes; car la sentence entière est comme il s'ensuit : Haine esmeut contention, mais charité couvre toutes iniquitez. En quoy Salomon, selon sa manière accoustumée, par comparaison des contraires, compare les maux qui s'engendrent de haines avec les fruicts de charité : et est le sens tel : Ceux qui s'entre-hayssent, se mordent, reprennent et injurient l'un l'autre, tournent tout à vice et reproche. Ceux qui s'entre-aymeut dissimulent entre eux, tolèrent et pardonnent beaucoup de choses : non pas que l'un approuve les vices de l'autre, mais pourtant qu'il les endure, et y remédie plustost par advertissemens, qu'il ne les irrite par accusations. Et ne faut douter que ce lieu n'ait esté allégué en mesme sens de sainct Pierre (1 Pierre 4, 8) ; si nous ne luy voulons imputer (ju'il ait corronqju et mal tiré l'Escriture. Quand Salomon dit que par miséricorde et beneficeuces les péchez nous sont remis (Prov. 16, 6), il n'entend point qu'ils soyent recompensez devant Dieu, à ce que luy estant satisfait et contenté, nous remette les peines qu'il nous eust autrement envoyées : mais selon la manière commune de l'Escriture, il signifie que

tous ceux le trouveront propice, qui delaissans leur vie mauvaise se convertiront à luy en saincteté et bonnes œuvr^es, comme s'il disoit que l'ire de Dieu cesse et est appaisée, quand nous cessons de mal faire. Cependant il n'enseigne point pour quelle cause Dieu nous pardonne : mais seulement descrit la manière de nous bien et deuement convertir : comme souvent les Prophètes dénoncent que c'est en vain que les hypoci'iles apportent à Dieu leurs fanfares et pompes de cérémonies au lieu de pénitence, veu qu'il ne prend plaisir qu'à intégrité, pitié, droiture, et choses semblables. Comme aussi l'autheur de l'Epistre aux Hebrieux recommandant humanité et beneficence, dit que Dieu se délecte de tels sacrifices (Hebr. 13, 16). Et de fait, nostre Seigneur Jésus, quand après s'estre moqué de ce que les Pharisiens appliquoyent tout leur soin à nettoyer leurs escuelles, il leur commande s'ils appetent pm'eté, de faire aumosnes (Matth. 23, 25; Luc 11, 39—41) : par cela ne les exhorte point à satisfaire, mais seulement les advertit quelle pureté est approuvée de Dieu. De laquelle locution il a esté traité autrepart.

37. Touchant du lieu de sainct Luc, ceux qui auront leu de sain jugement la parabole qui est la proposée de nostre Seigneur, ils ne nous en feront nul combat. Le Pharisien pensoit en soymesme, que la femme pécheresse n'estoit point cogneue de nostre Seigneur, puis qu'il l'avoit si faciïement admise à soy. Car il estimoit qu'il ne l'eust jamais receue, s'il l'eust cogneue pécheresse, comme elle estoit. Et de cela il inferoit qu'il n'estoit pas Prophète, puis qu'il se pouvoit ainsi abuser. Nostre Seigneur pour monstrer qu'elle n'estoit plus pécheresse, depuis que ses péchez luy avoyent esté remis, luy proposa ceste similitude : Un usurier avoit deux detteurs, dont l'un luy devoit cinquante francs, l'autre cinq cens: il remist la dette à tous deux : lequel luy devoit savoir plus de gré ? Le Pharisien respond, Celuy certes auquel la plus grande dette a esté quittée. Nostre Seigneur réplique. De cela considère que beaucoup de péchez ont esté remis à ceste femme, veu qu'elle a beaucoup aimé (Luc 7, 36 — 47). Par lesquelles parolles, comme on voit clairement, il ne fait pas la dilection d'icelle femme cause de la remission de ses péchez, mais probation seulement : car efies sont prises de la similitude du detteur, auquel avoyent esté quittez cinq cens francs. Or il ne dit pas qu'ils luy eussent esté quittez pource qu'il eust bien aymé : mais il dit qu'il doit bien aymer, pourtant qu'ils luy ont esté quittez. Et faut appliquer ces parolles à la similitude en ceste manière. Tu estimes ceste femme icy pécheresse : mais tu la devois recognoistre pour autre, puis que ses péchez luy ont esté pardonnez. Or la remission de ses péchez te devoit estre manifestée par sa dilection, de laquelle elle rend grâces pour le

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