‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 305 sur 703 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Des siipplemens que les Papistes adjoustent aux satisfactions assavoir des indulgences et du purgatoire.

1. C'est de ceste source de satistaetion, que les indulgences sont venues. Car ils babillent que quand la faculté de satisfaire nous défaut, c'est un moyen d'y suppléer : et se desbordent en telle rage, qu'ils enseignent que le Pape en faisant voiler ses bulles çà et là, dispense les mérites de Jésus Christ et des Martyrs. Or combien qu'ils soyent plustost dignes d'estre mis entre les mains des médecins, que d'estre conveincus par argumens, mesmes qu'il n'est ja grand besoin de s'amuser à la réfutation de tels erreurs, lesquels ayans esté dés long temps esbranlez, commencent d'eux-mesmes à déchoir et défaillir, toutesfois pource qu'encores une brieve réfutation sera utile pour le regard d'aucuns simples et ignorans, je ne veux pas du tout m'en abstenir. Et de fait, ce que les indulgences se sont si longuement maintenues et conservées, mesme en si grande licence et enormité, nous donne à cognoistre en quelles ténèbres et erreurs les hommes ont esté ensevelis par quelques années. Ils se voyoyent apertement moquer et tromper du Pape et de ses porteurs de P«ogatons : ils voyoyent marchandise estre faite du salut de leurs âmes : que l'achet de Paradis estoit taxé à certains deniers : que rien ne se donnoit gratuitement : que sous ceste couleur on tiroit de leurs bourses les oblations qui estoyent après vilainement despendues en paillardises^ maquerelages et gourmandises : que les plus grans recommandeurs d'indulgences en estoyent pour leur endroit les plus grans contempteurs : que ce monstre de plus en plus croissoit tous les jours, et furieusement s'eslevoit sans fin : qu'on apportoit de jour en jour plomb nouveau pour tirer nouvel argent : neantmoins ils recevoyent les indulgences en grand honneur, ils les adoroyent et achetoyent. Et ceux qui voyoyent plus clair que les autres, pensoyent encore que c'estoyent fraudes salutaires, desquehes ils pouvoyent estre trompez avec quelque fruit. En la fin, quand le monde s'est maintenant permis d'estre un peu plus sage, les indulgences se refroidissent et se gèlent, jusqu'à ce qu'elles s'esvanouissent du tout.

2. Mais pourtant que plusieurs qui cognoissent les trafflques, tromperies, larrecins, rapacitez les(iuelles ont excercé jusques icy les facteurs et trafflqueurs des indulgences, ne

voyent point la source de l'impiété qui y est^ il est expédient de monstrer icy non seulement quelles sont les indulgences, comme ils en usent : mais du tout que c'est, à les prendre en leur propre et meilleure nature, sans quelque qualité ou vice accidentai. Ils appellent le tbresor de l'Eglise les mérites de Jésus Clirist, des Apostres et des Martyrs. De ce thresor ils disent que le Pape a la garde essentielle, comme en la racine, entant qu'il en est le dispensateur pour en eslargir par soy-mesme ce qui luy plaist, et déléguer aux autres la jm'isdiction d'en départir. El de là viennent les indulgences qu'il donne, maintenant plenieres, maintenant pour certains ans. Item, celles que donnent les Cardinaux pour cent jours, et les Eveques pour quarante. Or tout cela, pour en dire au vray ce qui en est, n'est sinon une pollution du sang de Christ, et une fausseté du diable, pour destourner le peuple Clii'estien de la grâce de Dieu, et de la vie qui est Christ, et pour le desvoyer du chemin de salut. Car comment pouvoit estre le sang de Christ plus vilainement pollué et deshonnoré, qu'en niant qu'il suffise à la remission des péchez, reconciliation et satisfaction, sinon que le défaut d'iceluy soit suppléé d'autrepart ? La Loy et tous les Prophètes, dit sainct Pierre, portent tesmoignage à Christ, qu'en luy doit estre receue la remission des péchez (Act. 10, 43); les indulgences ottroyent la remission des péchez par sainct Pierre, sainct Paul, et autres Martyrs. Le sang de Christ nous purge des péchez, dit sainct Jean (1 Jean 1, 7); les indulgences font du sang des Martyrs ablution des péchez. Christ, dit sainct Paul, qui n'avoit cogneu nul péché, a esté fait péché pour nous : c'est à dire satisfaction de péché, afin qu'en luy nous fussions faits justice de Dieu (2 Cor. 5, 21); les indulgences colloquent la satisfaction de péché au sang des Martyrs. Sainct Paul crioit, testifiant aux Corinthiens qu'un seul Christ estoit crucifié et mort pour eux (1 Cor. 1, 13); les indulgences déterminent sainct Paul et les autres estre morts pour nous. Et en un autre passage il dit que Christ s'est acquis son Eglise par son sang (Act. 20, 28). Les indulgences mettent un autre prix de l'acquisition au sang des Martyrs. Christ, dit l'Apostre, a éternellement parfait par une oblation ceux qu'il a sanctifiez (Hebr. 10,

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