‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 306 sur 703 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

14) : les indulfienccs cnntretliscnt. allLM-inans (lue la saïu'tilicalion do Christ, (lui autreinoiit no suffisoit point, est iiarfaito au sang des Martyrs. Sainct Joan «lit (iiio tous les saincts ont lavé leurs rohhos au sanjj; île l'Agneau (Apoo. 7, ['i)\ les indulgences nous enseignent de laver nos rolibes au sang des saincts.

:{. Léon ovesque do Rome prononce contre tels blasjilienies une belle sentence et digne de mémoire, en son Epistre aux evcsques de Palostini' (Epist. SI) : Coniliion, dit-il. (pio la mort do plusieurs saincts ait esté proliruso devant Dieu, toutesfois il n'y a nul duquel la mort ait esté la reconciliation du monde. Les justes ont receu couronne pour eux, et non pas donné aux autres : et de leur souffrance nous avons exemples de patience, et non pas le don de justice : car chacun d'eux a soulTort pour soy, et nul n'a i>ayé la dette des autres, sinon le Seigneur Jésus, auquel nous sommes tous morts, crucifiez et ensevelis (Epist. 95). Il répète encore les mesmes parolles en im autre lieu. Voulons-nous rien plus clair pour conveincre d'erreur ceste mescliante doctrine des indulgences? Conil)ien que nous avons aussi le tesmoignage de sainct Augustin, aussi exprès qu'on sauroit demander. Combien, dit-il que nous mourrions pour nos frères, toutesfois le sang de nul martyr n'est espandu en la remission des pochez, comme Jésus Christ l'a espandu pour nous. Car en cela il ne nous a point donné cxcniplo qu'il nous taille ensu\Tre : mais nous a donné une grâce, de laquelle il le nous faut remercier. ^^ Item en un autre passage, Comme le Fils de Dieu a e.sté fait homme pour nous faire onfans do Dieu avec soy : ainsi luy seul a souslcnu la peine pour nous, sans avoir commis aucun démérite, afin (jne par luy nous receussions sans aucun bon mérite la grâce qui ne nous estoit pdint lieue. ^3 Certainement combien que toute leur doctrine soit cousue et tissue d'horribles lilaspbemos et sacrilèges, toutesfois ce blasphème est outrageux par dessus tous les autres. Qu'ils recognoissent si ce ne sont pas icy leurs conclusions : Que les martyrs par leur mort ont plus doservy de Dieu qu'il ne leur estoit besoin: et qu'ils ont eu telle abon<lance de mérite, qu'il en peut redondor une partie aux autres : et pourtant afin qu'un tel bien ne soit vain et perdu, fpio leur sang est mis avec celuy de (>hrist, et que de tous ensemble est fait et accumulé le tbro<or de l'Eglise pour la remission et satisfaction des péchez : et qu'il faut ainsi prendre ce que dit sainct Paul, Je supplée en mon corps ce qui ddaut aux liassions de Christ pour son con>s. qui est l'Eiilise (Col. 1, 24). Qu'est cela autre chose, sinon laisser le nom à Christ : au reste, le faire un petit sainct vulgaire, qui ne se puisse à grand' peine cognoistre en la nmltitude des autres ? Mais il convenoit qu'il fust luy seul

prosché, doinunstré, nommé, regardé, quand il est question d'obtenir la remission des péchez, pnrgation et satisfaction. Considérons toutesfois leurs argumens : Afin, disent-ils, (jue le sang des martyrs n'ait pas esté inutilement espandu, qu'il soit conununi(iué au bien commun de l'Eglise. ConmuMit * X'a-ce pas esté assez grande utilité il'aNoir glorifié Dieu par leur mort? d'avoir signé sa vérité par leur sang? d'avoir testifié par le contomnomont de costo vie présente (ju'ils en chorchoyoïU une nieilloure? d'avoir par leur constance conformé la foy de l'Eglise, et estonné l'obstination des ennemis? Mais certes c'est ce (juo je vay dire : Us ne recognoissent nul profit, si Christ seul est Propiciateur, s'il est luy seul mort pour nos péchez, s'il a esté seul offert pour nostro rédemption. Si sainct Pierre et sainct Paul, disent-ils, fussent morts en leurs licls, ils n'eussent pas laissé d'obtenir la couronne de victoire. Puis donc qu'ils ont bataillé jusqu'au sang, il ne conviendroit point a la justice de Dieu de laisser cela sans utilité, connue stérile. Voire, comme si Dieu ne savoit pas le moyen d'augmenter la gloire en ses serviteurs, selon la mesure de ses dons. Et le profit qui revient en commun à l'Eglise est assez grand, quand par le triomphe dos saincts elle est enfiambée à un mosme zèle, pour s'esvertuer

connue eux.

4. Or combien malicieusement corrompentils le lieu de sainct Paul, où il a dit qu'il suppleoit en son corps ce (pii dofailloit dos passions de Christ (Col. 1, 24)? Car il ne rapporte point ce défaut ne supplément à la vertu de la rodomption, purgation, ou satisfaction, mais aux ai'fiictions'.les(iuelles il convient que les membres de Christ, c'est assavoir les fidèles, soyent exercez tant qu'ils seront en ceste chair. Il dit donc cela rester aux passions de Christ: qu'en ayant une fois souffert en soy-mesme, il souffre tous les jours en ses membres. Car Christ nous fait tant d'honneur, qu'il estime et appelle noz afflictions siennes. Et ce que sainct Paul adjouste, qu'il soulfroit pour l'Eglise : il n'entend pas pour la l'odomption, reconciliation ou satisfaction de l'Eglise : mais pour l'odilication ou accroissement d'icelle : comme il dit en un autre passage qu'il soustiont tout pour les osleus, afin quMls parviennent au salut (lui est en Christ (2 Tim. 2, 10). Et comme il est escritaux Corinthiens, qiie pour leur consolation et salut il enduroit' volontiers les tribulations qu'il .lortoit (2 Cor. 1, ti). Et de fait, il adjouste incontinent après un'mot par le(|uel il s'explique bien, disant qu'il est ordonné ministre de l'Eglise, non point pour faire la rédemption, mais pour preschcr l'Evangile selon la dispensation qui luy estoit conmiise. Si quelcun demande un autre expositeur, qu'il oye sainct Augustin : Les passions de Christ sont en luy seul, comme au chef : en luy

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