LIVRE III
d'une chose où il n'y a nulle importance. Car voicy le seul fondement où il s'appuye : c'est (ju'on ne doit pas inespriser ce qui a esté receu de long- temps, et est communément accoustumé. Au reste, encore que j'accorde ((ue les Docteurs anciens ayent estimé qu'on ne deust pas rejelter les suiïrages pour les morts, si devons-nous tenir la reigle laquelle ne peut faillir: c'est (ju'il n'est licite de rien mettre en avant en noz prières, ({ue nous ayons forgé de nousmesmes: mais plustost devons assujettir noz désirs et requestes à Dieu, pource que l'authorité luy appartient de nous dire ce (jue nous luy devons demander. Or puis (|u'il n'y a pas une seule syllabe en toute la Loy et l'Evangile qui nous donne congé de prier pour les morts, je dy que d'attenter plus (pi'il ne nous a permis, c'est profaner son nom. 'Mais encore afm ([ue noz adversaires ne se glorifient d'avoir l'Eglise ancienne pour compagne en cest erreur: je dy qu'il y a grande dilference. Anciennement on faisoit mémoire des trespassez, afin qu'il ne sernblast advis qu'on les eust oublié du tout. Mais les Pères anciens ont confessé qu'ils ne savoyent rien de Testât d'iceux. Certes tant s'en faut qu'ils affermassent rien de Purgatoire, (lu'ils n'en parloyent qu'en doute. Ces nouveaux prophètes veulent qu'on tienne leur songe pour article de foy, duquel ii ne soit licite de s'enquérir. Les anciens Pères ont fait quelque men-
tion des morts en leurs prières sobrement et peu souvent, et comme par forme d'acquit: les Papistes sont tousjours après, preferans ceste superstition à toutes œuvres de charité. Mesme il ne me seroit pas difficile d'amener quelques tesmoignages des Anciens, qui renversent toutes les prières qui se faisoyent adonc pour les trespassez: comme quand sainct Augustin dit, que tous attendent la résurrection de la chair et la vie éternelle : mais que du repos qui vient après la mort, ceux qui en sont dignes en jouissent. *^ Et pourtant, que tous fidèles ont un tel repos (|ue les Prophètes, Apostres et Martyrs, si tost qu'ils sont décédez. Si leur condition est telle, je vous prie, qu'est-ce que noz prières leur apporteront davantage? Je laisse à parler de tant de lourdes superstitions dont ils ont ensorcelle les simples gens : et toutesfois il y auroit matière asses ample de les pourmener en ceste campagne, veu qu'ils n'ont nulle couleur pour s'excuser, qu'ils ne soyent conveincus d'estre les plus vilains trompeurs qui furent jamais. Je laisse aussi les vilaines trafiques et marchandises qu'ils ont fait des âmes à leur plaisir, pendant que le monde a esté hebeté. Car ce ne seroit jamais fait, si je vouloye déduire ce propos au long. Et d'autre part les fidèles ont asses en ce que j'ay dit, pour se résoudre en leurs consciences.