CHAPITRE V
saires articles de la foy, neanlmoins s'abusent en d'aucunes choses, en meslant les songes humains parniy la vérité de Dieu. Il faut donc que telle manière de yens lacent la perte de leur ouvrage : c'est à dire, que ce qu'ils ont adjousté du leur parniy la parolle de Dieu, périsse et soit mis sous le pied. Cependant leur personne sera sauvée: c'est à. dire, non point {|U0 leur erreur et ignorance soit approuvée de Dieu, mais que noshe Seigneur par la grâce de son Esprit les en ret're et délivre. Parquoy tous ceux qui ont contaminé la sacrée pureté des Escrilures par ceste fiente et ordure de Purgatoire, il faut qu'ils laissent périr leur ouvrage.
10. Noz adversaires répliqueront (jue ceste opinion a esté tenue de toute ancienneté en l'Eglise : mais sainct Paul sous ceste objection, comprenant son temps mesme en ceste sentence, où il dénonce que tous ceux qui auront adjousté quelque chose en l'édifice de l'Eglise qui ne sera point correspondant au fondement, auront travaillé en vain, et auront perdu leur [leine. Pourtant quand noz adversaires m'allégueront que ceste coustume a esté receue en l'Eglise desja devant treze cens ans, de prier pour les trespassez: je leur demanderay d'autre costé, selon quelle parolle de Dieu, et par (juelle révélation, et suyvant quel exemple cela a esté lait. Car non seulement ils n'ont nuls lesmoignages de l'Escriture: mais il n'y a là nul exemple de fidèle, qui s'accorde à une telle façon de faire. L'Escriture raconte souvcntesfois et liien au long, comment les fidèles ont plouré la mort de leurs parens, et comment ils les ont ensevelis : mais qu'ils ayent prié pour eux, il n'en est nouvelles. Or d'autant que c'estoit une chose de plus grande conséquence que le pleur, ne la sépulture, elle meritoit bien d'estre plustost mentionnée. Et de fait les anciens Pères de l'Eglise Chrestienne, qui ont prié pour les morts, voyoyent bien qu'ils n'avoyent nul commandement de Dieu de ce faire, ny exenqile légitime. Comment donc, dira quelcun, l'osoyentiis entreprendre? Je dy qu'ils ont esté hommes en cest endroit: et pourtant qu'il ne faut point tirer en imitation ce qu'ils ont fait. Car comme ainsi soit que les fidèles ne doyvent rien attenter qu'en certitude de conscience, comme dit sainct Paul (Rom. li, 23): telle certitude est principalement requise en oraison. On répliquera, qu'il est vray semblable (lu'ils ayent esté induits à cela par quelque raison. Je respon, ipie ça esté une alVection humaine qui les a ineuz, d'autant qu'ils cherchoyent allégement de leur douleur: et il leur sembloit advis que c'estoit chose inhumaine, de ne monsirer aucun signe d'amour envers leurs amis trespassez. Nous expérimentons tous comment noslre nature est encline à ceste alïection-là. La coustume aussi a esté comme un fallot pour allu-
mer le feu en beaucoup de gens. Nous savo)is que c'a esté une façon commune à toutes gens et en tous aages, de faire obsèques aux trespassez, et purger les âmes, comme ils cuydoyent. Et pour ce faire avoyent un jour solennel chacun an. Or combien que Satan ait abusé les povres gens par telles illusions, si estce (pi'il a prins occasion de sa tromperie de ce principe qui est vray, que la mort n'abolit point du tout l'homme: mais qu'elle est un passage de ceste vie caduque a une autre. Et n'y a doute que telle superstition mesme ne rende les Payens conveincus devant le siège judicial de Dieu, en ce qu'ils n'ont eu nul soin de la vie à venir, laquelle ils ont fait profession de croire. Or les Chrestiens, afin de ne sembler pires que les gens profanes, ont eu honte de ne faire aussi bien les services aux trespassez. Voila dont est venue ceste folle diligence et inconsidérée: c'est qu'ils ont craint de s'exposer en grand' opprobre, s'ils n'usoyent de beaucoup de cérémonies et pompes, et s'ils ne faisoyent offertes pour soulager les âmes de leurs parens et amis. Ce qui estoit ainsi procédé d'une singerie perverse, s'est si bien augmenté peu à peu, que la principale saincteté des Papistes est d'avoir les morts pour recommandez, et leur subvenir. Mais l'Escriture nous donne bien une meilleure consolation, en prononçant que ceux qui sont morts en noslre Seigneur sont bien heureux: adjouslant la raison, qu'ils se reposent de toutes leurs peines (Apoc. 14, 13). Or ce n'est pas bien fait de tellement lascher la bride à nostre aifection, que nous introduisions en l'Eglise une façon perverse de prier Dieu. Certes quiconque sera de moyen esprit et prudence, jugera aisément que les Anciens, en traitant de ceste matière, se sont conformez par trop à l'opinion et sottise du vulgaire. Je confesse, selon que les esprits estaas préoccupez d'une creduliié volage sont souvent aveuglez, que mesmes les Docteurs ont esté embrouillez de la fantasie commune: mais cependant on voit par leurs livres que ce n'est pas sans scrupule qu'ils parlent de prier pour les trespassez, comme gens mal asseniez et qui sont comme en branle. Sainct Augustin au li\Te de ses Confessions récite, que yioni(iue sa merc pria fort à son trespas qu'on fist mémoire d'elle à la communion de l'autel ; mais je dy que c'est un souhait de vieille, lequel son fils estant esmeu d'humanité n'a pas bien compassé à la rei( le de l'Escriture, en le voulant faire trouver bon. Le ixTQ qu'il a composé tout exprès de cest argument, et qu'il a intitulé, du soin pour les morts, est enveloppé en tant de doutes, qu'il doit suffire pour refroidir ceux qui y auroyent dévotion. Pour le moins en voyant qu'il ne s'aide que de conjectures bien légères et foibles, on verra qu'on ne se doit point fort empescher