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CHAPITRE VI

Je me coutenteray, dy-je, de monstrer brièvement uiie reigle générale, à laquelle il puisse référer toutes ses actions. Nous aurons possililc (|uel(iue fois l'oppurtunile df faire telles déductions qu'il y en a aux sermons des anciens Docteurs : l'œuvre que nous avons en liiain, re(iuiert i|ue nous conq)renions une siniiiie doctrine, en la plus grande brièveté qu'il sera possible. Or comme les Philosophes ont (pielques fins d'honnesloté et droiture, dont ils déduisent les oftices particuliers et tous actes de vertu : aussi l'Escriiure en cest endroit a sa manière de faire, huiuelle est beaucouji meilleure et plus certiiiue que celle des Philosophes. 11 y a seulement ceste dilTerence, qu'iceux, selon qu'ils estoyent pleins d'ambition, ont affecté une apparence la plus notîible (ju'ils pouvoyent. pour donner lustre à l'ordre et disposition dont ils usoyent afin de monstrer leur subtilité. Au contraire, le sainct Esftrit. pource qu'il enseignoit sans affectation et sans pompe, n"a jias tousjours observé ne si eslroitement, certain ordre et méthode : neantmoins puis qu'il en use aucunesfois, il nous signifie (}ue nous ne le devons mespriser.

2. Or cest ordre de l'Escriture duquel nous parlons, consiste en deux parties. L'une est d'imprimer en noz cu'urs l'auKJur de justice, auiiuel nous ne sonmies nullemeiit enclins de nature. L'autre, de nous doimer certaine reigle, laquelle ne nous laisse point errer (;à et là, ny esgarer en instituant nostre vie. Quant est du premier poinct, l'Escriture a beaucoup de tresbonnes raisons pour encliner nostre cœur à aimer le bien : desquehes nous en avons note plusieurs en divers lieux, et en toucherons encores d'aucunes icy. Par quel fondement pouvoit elle mieux commencer, qu'en admonnestiuit qu'il nous faut estre sanctifiez, d'autant que nostre Dieu est .sainct (Lev. 19, 1. 2 ; 1 Pierre 1, 16) ? adjoustant la raison, que connue ainsi soit que nous fussions espars comme brebis esgarées et dispersées par le labyrinthe de ce monde, il nous a recueillis pour nous assembler avec soy. Quand nous oyons qu'il est fait mention de la conjonction de Dieu avec nous, il nous doit souvenir que le lien d'icelle est saincteté. Non pas que par le mérite de nostre saincteté nous venions a la conqjagnie de nostre Dieu, veu ipi'il nous faut premièrement que d'estresaincts, adhérer à luy, alin qu'il esiiande de sa saincteté sur nous, pDur nous faire suyvre là où il nous appelle : mais à cause que cela appartient à sa gloire, ([u'il n'ait nulle accoinlance avec ini(|uité et immondicité, il nous luy faut ressembler, puis que nous sommes siens. Pourtant l'Escriture nous enseigne ceste estre la fin de nostre vocation, à laquelle nous avons tousjours à regarder, si nous voulons respondre à nostre Dieu. Car quel mestier estoit-il que nous fus-

sions délivrez de l'ordm'e et pollution en laquelle nous estions plongez, si nous voulons toute nostre vie nous veautrer en icelle ? Davantage elle nous admoneste que si nous voulons estre en la conqiagnie du peuple de Dieu, il nous faut liabiter en .Jérusalem sa saincte cité (Ps. -l'i, 3). Laquelle coiiunc il l'a consacrée et dédiée à son honneur, aussi il n'est licite qu'elle soit contaminée et polluée par des habitans immondes et {)rofanes. Dont viennent ces sentences, que celuy qui cheminera sans macule, et s'applitiuera à bien vivre, habitera au tabernacle du Seigneur : pource qu'il n'est point convenable ([ue le sanctuaire au(iuel il habite, soit infecté d'ordures comme une estable (Ps. 15, 2: Is. :îo, 8, et autrejjarti.

3. Davantiige, pour nous plus esmouvoir, elle nous remonstre que comme Dieu s'est reconcilié à nous en son Christ : aussi il nous a constitué en luy comme im exenq)le et patron auquel il nous faut conformer (Uoui. G, 18). Que ceux qui estiment qu'il n'y a que les Philosoplies qui ayenl bien et deuement traité la doctrine morale, me monslrent une aussi bonne traditive en leurs livres, que celle que je vien de reciter. Quand ils nous veulent de tout leur pouvoir exhorter à vertu, ils n'ameinent autre chose, sinon que nous vivions comme il est convenable à nature. L'Escriture nous mené bien en une meilleure fontaine d'exhortation, ([uand non seulement elle nous commande de rapporter toute nostre vie à Dieu, qui en est l'autheur: mais après nous avoir advertis que nous avons dégénéré de la vraye origine de nostre création, elle adjouste ([ue Christ nous reconciliant à Dieu son Père, nous est donné comme un exemple d'innocence, duquel l'image doit estre représenté en nostre vie. Que saui'oiton dire plus véhément, et de plus grande efficace? Et mesme (ju'est-ce qu'on reipierroit davantage ? Car si Dieu nous adoi)te pour ses eiifans a ceste condition, que l'image de Christ apparoisse en nostre vie : si nous ne nous addonnons à justice et saincteté. non seulement nous abantlonnons nostre Ci-ealeur par une desloyauté trop lasche, mais aussi nous le renonçons pour Sauveur. Consequemment l'Escriture prend matière de nous exhorter, de tous les bénéfices de Dieu, et toutes les parties de nostre salut : comme quand elle dit. Puisque Dieu s'est donné a nous pour Perc, nous sommes a redarguer d'une lasche ingratitude, si nous ne nous portons comme ses enfans (Mal.'l, 6; Ephes. o, 1: 1 Jean 3, 1), Puis (juc Christ nous a purifiez par le lavement de son sang, et nous a communiijué ceste purification par le Baptesme, il n'y a ordre que nous nous souillions en nouvelle ordure (Ephes. o, 26; Hebr. lU, 10: 1 Cor. 6, 11. lo; 1 Pierre 1, 15. 19). Puis qu'il nous a associez et entez en son corps, il nous

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