‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 345 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

purifiez, entant que leurs macules sont efïacées par la rémission que Dieu leur lait, tellement qu'une telle justice se peut en un mot ajipeller Rémission des péchez.

22. L'un et l'autre est tresbien declairé par ces i>arolles de sainct Paul que j'ay amenées cy dessus, où il dit (|ue Dieu estoit en Christ, se reconciliant le monde, n'imputant point aux hommes leurs fautes: et nous a commis ta parolle de reconciliation. Apres il adjouste la somme de son ambassade: c'est que celuy qui estoit pur et net de péché, a esté fait péché pour nous (2 Cor. 5, 19 ss.): c'est à dire sacrifice sur lequel tous nos péchez ont esté transferez, afin que nous fussions justes en luy devant Dieu. Il nomme indilleremment Justice et Reconciliation en ce passade : tellement que nous entendons l'un estre contenu sous l'autre. La manière d'obtenir ceste justice est aussi explitpiée, «piand il dit qu'elle gist en ce que Dieu ne nous impute point nos péchez. Pourtant que nul ne demande plus comment c'est que Dieu nous justifie, quanti sainct Paul dit expressément que c'est entant qu'il nous reconcilie à soy, ne nous imputant point nos péchez. Comme aussi en l'epistre aux Romains, il prouve que justice est imputée à l'homme sans les œuvres, par le tesmoignage de David: pource qu'il prononce l'homme bien-heureux duquel les iniquitez sont remises, duquel les péchez sont cachez, et auquel les fautes ne sont point imputées (Rom. 4, 6). Il n'y a point de doute que David n'ait signifié justice par le nom de Béatitude. Puis (lu'il afferme qu'elle consiste en remission des péchez, il n'est ja mestier(pie nous la définissions autrement. Pourtant Zacharic père de Jean Baptiste constitue la cognoissance de salut en la remission des péchez (Luc 1, 77). Suyvant laquelle reigle sainct Paul conelud la prédication qu'il fit aux Antiochiens, de la somme de leur salut, en ceste manière : Par Jésus Christ la remission des péchez vous est annoncée : et de toutes les choses dont vous ne pouviez estre justifiez parla loy de Moyse, quiconque croit en luy est justifié (Act. 13, 38). H conjoint tellement la justice avec la remission des péchez, qu'il monstre que c'est une mesme chose. C'est donc à bon droit qu'il argue tousjours la justice que nous obtenons par la bonté de Dieu, estre gratuite. Et ne doit ceste forme de parler sembler nouvelle quand nous disons que les fidèles sont justes devant Dieu , non point par leurs œuvres, mais par acception gratuite : veu que l'Escriture en use tant souvent, et que les anciens Docteurs mesmes parlent (pielque fois ainsi: comme sainct Augustin, quand il dit que la justice des saincts durant ceste vie consiste plus en la remission des péchez qu'en perfection de vertu, *^ à quoy respondent ces belles sentences de sainct Bernard, que la justice de Dieu est de ne point pécher :lajusticederhommeestrindulgence et par-

don qu'il obtient deDieu."Item,que Christ nous est justice, nous faisant absoudre : et qu'il n'y a autresjustes,sinon ceux qui sont receuz à merci.*" 23. De cela aussi il s'ensuit bien que c'est par le seul moyen de la justice de Christ que nous sommes justifiez devant Dieu: ce qui vaut autant comme qui diroit, l'homme n'estre pas juste de soy-mesme : mais pource que la justice de Christ luy est communiquée par imputation : ce qui est une chose digne d'estre diligemment observée. Car ainsi s'esvanouist ceste fantasie, de dire (|ue l'homme soit justifié par foy, entant que par iceUe il reçoit l'Esprit de Dieu, duquel il est rendu juste. Cecy est fort contraire à la doctrine cy-dessus mise: car il n'y a nulle doute que celuy qui doit chercher justice hors de soymesme, ne soit desnué de la sienne propre. Or cela est clairement monstre de l'Apostre, quand il dit que celuy qui estoit innocent a soustenu nos forfaits, estant présenté en sacrifice pour nous afin que fussions en luy justes devant Dieu (2 Cor. o, 21). Nous voyons qu'il met nostre justice en Christ, non pas en nous : que la justice ne nous appartient d'autre droit, sinon en ce que nous sonmies participans de Christ: car en le possédant, nous possédons avec luy toutes ses richesses. Et ne répugne rien à cela ce qu'il dit en un autre lieu : que le péché a esté condamné de péché en la chair de Christ, afin que la justice de Dieu fust accomplie en nous (Rom. 8,3. 4). Où il ne signifie autre accomplissement que celuy que nous obtenons par imputation. Car le Seigneur Jésus nous communique en telle sorte sa justice, que par une vertu inénarrable elle est transférée en nous, entant qu'il appartient au jugement de Dieu. Qu'il n'ait voulu autre chose dire, il appert de la sentence qu'il avoit mise un peu auparavant : c'est que comme par la désobéissance d'un nous sommes constituez pécheurs, aussi par l'obéissance d'un nous sommes justifiez (Rom. 5, 19). Qu'est-ce autre chose, de coUoquer nostre justice en l'obéissance de Christ, sinon atîermer que nous sommes justes parce que l'obéissance de Christ nous est allouée, etreceue en payement comme si eUe estoit nostre? Pourtant il me semble que sainct Arnbroise a tresbien pris l'exemple d'icellc justice en la bénédiction de Jacob : *^ c'est que comme Jacob, n'ayant point mérité de soy-mesme la primogeniture, estant caché sous la personne de son frère : et vestu de sa robbe, laquelle rendoit bonne odeur, s'est insinué à son père pour recevoir la bénédiction en la personne d'autruy : ainsi qu'il nous faut cacher sous la robbe de Christ nostre frère premier nay, pour avoir tesmoignage de justice devant la face de nostre Père céleste. Et certes c'est la pure vérité. Car pour comparoistre devant Dieu en salut, il faut que nous sentions bon de sa bonne odeur, et que nos vices soyent enseveliz de sa perfection.

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